Le Ramadan ou le premier mois du reste de ma vie

بسم الله الرحمن الرحيم

Le Ramadan est un mois béni qui regorge de bénédictions. Chaque moment est une chance supplémentaire de se rapprocher d’Allah,  de se réformer et même d’entreprendre de nouvelles habitudes saines et fructueuses. Notre vie doit être un long  cheminement vers Allah, avec des hauts, des bas, des remises en question et la recherche sincère de l’agrément divin. Le Ramadan est une clé essentielle de ce cheminement. Elle ouvre des portes de notre cœur et notre foi auparavant fermées ou mêmes ignorées. Pendant le Ramadan nos limites se trouvent repoussées et on prend réellement conscience de ce que l’on peut faire par amour, crainte et espoir en notre Créateur. Les bienfaits du Ramadan sont nombreux et nous les connaissons bien. Cela étant dit, force est de constater que chaque Ramadan n’est pas forcément l’équivalent d’un autre. Les circonstances et le contexte de chaque Ramadan leur donne une saveur particulière. si bien qu’on soit parfois  capable de se rappeler d’un ou deux Ramadan  comme des exceptions parmi les expériences qu’on a pu en faire. Le Ramadan est  dans un mois particulier ;  pourtant, il s’inscrit dans notre vie de tous les jours. Les études, le travail, tout suit son cours. En tant qu’étudiant il est souvent difficile de concilier le scolaire et le religieux et celà l’est davantage durant ce mois béni.

Voilà d’où nous vient l’idée de raconter l’histoire d’un étudiant musulman qui fait de son mieux pour vivre le ramadan le plus fructueux et productif.


PARTIE 1

« Mon regard fixé sur la pleine lune du mois de Sha’ban, la nostalgie du mois béni qui vient de s’écouler me prend déjà d’assaut. Je me rappelle de ses nuits, où mon regard se perdait face à l’obscurité du ciel qui laissait place à la douce lumière de l’aube apparent. Ce spectacle me laissait plein de gratitudes et émerveillements face aux prouesses du Créateur. C’est alors que j’ai ressenti la nécessité de poser sur feuille mon expérience de ce Ramadan passé dans le but d’en tirer les leçons nécessaires pour m’améliorer.

Mes souvenirs me ramènent au premier jour de Ramadan. Le adhan de maghreb retentit, la table est dressée, la chorba réchauffée, la datte avalée. La prière faite en groupe a une saveur particulière. Avec du recul, maintenant que nous sommes revenus à nos habitudes, je trouve ça regrettable que cette pratique de prier en groupe ne se fasse pas plus souvent.

Je devrais peut-être essayer de raviver cette habitude au sein de ma propre famille. Comme avant chaque ramadan, j’ai essayé de me préparer de la manière la plus minutieuse qu’il soit. J’ai donc établi une liste d’objectifs et de choses que j’aimerais apprendre et faire durant le mois qui approchait. Avec du recul, c’est certainement ces objectifs qui se sont dressés comme des lignes directrices m’aidant à naviguer durant le Ramadan. Je gardais le cap car j’avais réussi à m’imposer des objectifs concrets et surtout RÉALISABLES.

Réalisables, mais tout en étant quelque peu stimulants. Le but était d’établir des objectifs qui me pousseraient à être le plus productif possible et arriver à redoubler d’efforts pour trouver l’équilibre parfait entre le temps dédié à ma scolarité et celui que je voulais pouvoir arriver à consacrer à ma pratique religieuse. Cela n’était pas chose aisé. J’ai longtemps traîné avec moi l’idée que les deux étaient presque incompatibles : que l’un empiète sur l’autre, que si j’en favorise un cela sera forcément au dépens de l’autre. J’ai toujours été cet étudiant comme un autre, qui survivait entre deux inspirations d’air, noyé sous le travail.

Cette année, j’avais décidé de tout mettre en œuvre pour passer le meilleur Ramadan qu’il soit tout en gardant le contrôle de ma scolarité. J’étais prêt à remettre en question tout ça. Cette année serait l’année du changement, l’année du renouveau. Sur cette lancée bercée d’optimisme et d’envie, une des premières choses dont j’ai pris conscience fut que le temps est une denrée rare. Quand il est question de rareté des ressources alors c’est une histoire d’optimisation sous contrainte (les cours de micro sont ici mis à usage bien utile). Le temps est la ressource, les contraintes elles ici sont multiples et diffèrent selon les individus : études, travail, famille…  Tout est une question d’arbitrage !

J’ai souvent lu les récits passés de personnes qui accomplissaient tellement de choses, ne serait-ce que les compagnons du prophète (ﷺ) et les générations qui suivirent. Ces récits de grande productivité m’inspiraient  énormément et suscitaient une grande admiration. Celà étant dit, j’ai toujours eu l’impression que c’était presque impossible d’en faire autant. Je me suis souvent senti submergé par tout ce que je voulais réaliser et poursuivre. Pour chaque chose que je faisais, j’avais le sentiment que je pouvais mieux le faire mais que, dans ma course contre le temps, mon chronomètre ne me le permettait plus. Le temps est encore plus précieux au Ramadan et je ne pouvais laisser place à une quelconque désorganisation. Je devais me réformer. Je repense à ces premiers jours du mois de Ramadan, quand je me rendais à l’université. Ces longues minutes que je pensais autrefois perdues devenaient si précieuses. Ces moments passés dans les transports étaient de simples parenthèses dans mes journées bien remplies (spécifiquement quand je sortais de statistiques à 20h30 ou plus 20h42). Désormais mes trajets sont rythmés de dhikr, de lecture de coran. 

Une fois arrivé dans mon box réservé, je commençais par dire “a’oudhou billahi mina shaytani-rajim, bismillahi rahman-ir-rahim » et je me lançais dans mes révisions en essayant d’être le plus productif possible. Je faisais quelques pauses en passant au local voir quelques frères. En ne faisant pas  attention au temps, les 15 minutes deviennent vite de longues heures.

Je plaçais stratégiquement mes pauses aux alentours des horaires de prière, j’organise même mes journées en fonction de ceux-là. Celà me permettait de ne pas me montrer négligent en ce qui concerne les obligations envers mon Seigneur. Cela passait avant tout. Et le fait de prioriser ma relation avec Allah avant toute chose m’aidait énormément à évacuer le stress et l’anxiété à l’approche. Je faisais de mon mieux pour maintenir mes obligations auprès d’Allah qui possède des droits sur moi ; je faisais de mon mieux dans mes révisions et je plaçais ma confiance en Allah en me rappelant que le Prophète (ﷺ) a dit :

« celui dont la principale préoccupation est ce bas monde, Allâh mettra ses affaires en désordre, et il ne verra que pauvreté devant lui . Et il n’aura de ce monde que ce qu’Allâh lui aura prédestiné. Quant à celui dont l’intention est dirigée vers l’au-delà, Allâh mettra de l’ordre dans ses affaires et remplira son cœur de contentement et ce bas-monde viendra à lui contraint et forcé ». 

PARTIE 2

« As-Salamu ‘alaykoum wa rahmatullah wa barakatuh la famille », j’étais de retour chez moi. Dès lors je m’empressais d’aller aider mes parents en ayant l’intention de plaire à Allah. J’ai pris conscience que le temps passé avec ses proches, à les aider, à les faire sourire ou même de les écouter n’était pas une contrainte dans le temps imparti à mes activités mais une réelle source de baraka. Je pouvais ressentir leur satisfaction alors que j’essayais de passer du temps à leurs côtés.  C’est l’heure du ftour ! Avant de débuter, je prenais soin de remercier ma mère pour le repas car le Prophète (ﷺ) a dit :

 “Le fait de mentionner les bienfaits d’Allah est un remerciement et délaisser cela est mécréance. Celui qui remercie pas pour la petite chose ne remercie pas pour la grande chose. Celui qui ne remercie pas les gens ne remercie pas Allah. Le groupe est bénédiction tandis que la division est un châtiment”.

Je méditais sur le rizq (subsistance,bienfait) d’Allah en regardant le repas qui m’était écrit pour chaque soir. Après le repas j’essayais de ne pas perdre mon temps et j’aidais ma famille à ranger avant d’aller prier l’isha à la mosquée et ensuite tarawih. Une habitude qui m’a beaucoup aidé à garder le cap dans mes révisions durant ce mois était de faire un point tous les soirs sur mon avancement sans culpabilité à outrance dans les cas où je n’avais pas fait suffisamment. Chaque matin, mettre à jour mon planning de révision était essentiel. Ce qui est important est de toujours avoir une idée précise de là où on en est pour ne pas se sentir dépassé. Je me rappelle des premiers jours où j’ai décidé de regarder quelles étaient mes forces face au travail et de les exploiter au maximum pour ne pas finir frustré par mes manquements.

J’ai commencé par me poser les questions suivantes :      

  1. Ai-je plus de facilité à travailler efficacement chez moi ou à la fac ? 
  2. Suis-je une personne qui travaille mieux en soirée ou en journée ? 
  3. Est-ce que mon travail est plus efficace quand je travaille seul ou en groupe ? 

Pour ma part, j’ai vite réalisé que les premières heures de la journée étaient bien meilleures pour une bonne mémorisation et un travail de qualité. En effet, Sakhr ibn Wada’ah Al-Ghâmidî (qu’Allah l’agrée) relate que le Messager d’Allah (sur lui la paix et le salut) a dit :

« Ô Allah ! Bénis le début des journées de ma communauté ! »

En fonction de mes réponses à ces questions, je profitais des mes avantages comparatifs et je ne calquais pas mon planning sur celui d’autres personnes dont j’admirais la productivité. La clé ici était d’adapter mon programme à ma méthode d’apprentissage et de me focaliser sur mes forces. Une fois cela étant fait, la théorie pouvait laisser place à la pratique.

Ce passage est toujours compliqué et la moindre faille, le moindre retard peut laisser place au doute et à la frustration de ne pas avoir été capable de suivre SON propre programme qu’on à SOI-MÊME mis en place. Dans ces moments-là, il est primordial de ne pas se laisser emporter par la vague de panique et de frustration, car la tasse est salée et se laisser emporter, c’est courir le risque que le courant ne nous mène encore plus loin, trop loin. Je me suis vite rendu compte que cette leçon durement apprise valait aussi pour mes objectifs spirituels et religieux.

Je repense à ces soirées où le cœur lourd je réalisais le retard que j’avais pris que ce soit dans mon programme de lecture du Qur’an ou dans les autres actes de ‘ibada que je voulais réaliser chaque jour. La frustration de voir le retard s’accumuler peut être amère mais j’ai vite réalisé qu’il valait mieux  rebondir et ne pas désespérer. Le maître mot est de rebondir et ne tomber ni dans la frustration, ni dans le laissé aller.  Essayer sincèrement de faire de son mieux et de son mieux à soi, à sa vitesse et à son niveau en méditant la récompense que l’on aura bi idnillah auprès d’Allah. Les paroles du Messager d’Allah (ﷺ) me viennent en tête :

« Faites de bonnes œuvres avec sérieux, sincérité et modération ! Et sachez que vos actes ne vous feront pas entrer au Paradis, et que l’acte le plus aimé auprès d’Allah est le plus constant, cela même s’il est petit ».

Dès lors, j’essayais de faire mon maximum pendant ce mois béni pour instaurer des nouvelles habitudes durablement pour se  rapprocher d’Allah avec sincérité et de ne jamais désespérer de Sa miséricorde. 


En parlant de bonnes nouvelles habitudes à instaurer, j’ai fait la rencontre durant ce Ramadan d’un bonheur sans pareil. Un bonheur que je retrouvais seul sur mon tapis lorsque je priais la nuit. Qiyam-al-layl/Tahajjud était une chose que je voulais instaurer depuis longtemps dans mon quotidien mais sans succès auparavant jusqu’à ce que le Ramadan toque à ma porte.

Il devint plus facile de commencer à me lever plus tôt pour prier. J’ai donc saisi l’occasion pour commencer. J’ai toujours lu les récits des nuits de prières du prophète paix et bénéfices  mais aussi de ses compagnons qui prenaient le plus grand des plaisirs à se retrouver devant Allah tous les soirs. Le calme de la prière nocturne ne se compare à aucun autre. Mon cœur n’était pas distrait par les préoccupations habituelles. Le silence régnait, seul mon cœur parlait à Allah. C’est pendant ces heures de la nuit, où les gens dorment, où tout semble avoir cessé que mon âme est la plus vivante. Le temps semble m’échapper dans la journée, chaque prière étant précédée et suivie de quelque chose mais lorsque je me lève pour prier la nuit, rien n’a d’importance, rien ne me préoccupe, le temps semble retrouvé.

J’ai réalisé que comme mon corps a besoin de sommeil, mon âme a besoin d’adoration et c’est durant ces dernières heures de la nuit que le recueillement est le plus propice et le plus facile, le cœur y est attentif. Je ne pouvais me mentir à moi-même, mon cœur recherchait le Créateur, sans le savoir j’avais besoin de ces quelques prières. Le prophète (paix et bénédiction sur lui) a dit :

« Notre Seigneur descend chaque nuit au ciel le plus bas, lorsqu’il ne reste qu’un tiers de la nuit. Il dit alors « Qui m’invoque, que Je lui réponde. Qui me demande, que Je lui donne. Qui implore mon pardon, que Je lui pardonne. »

Je profitais aussi de ces moments pour invoquer Allah, pour me repentir. Je multipliais les du’as et je me rappelle d’une parole de l’imam Ash-Shafi’i (qu’Allah l’agrée) : “la du’a faite au moment de la prière de la nuit est comme une flèche que ne rate pas sa cible”.

C’est dans l’obscurité de la nuit que mon cœur rayonnait,
c’était en sacrifiant un peu de sommeil que mon âme était reposée.
Ce qui me réjouissait était d’avoir cette adoration, ce rendez-vous chaque soir où j’étais le seul convié. Ces prières et ces efforts étaient seulement connus d’Allah et cela donnait encore plus de beauté à cet acte noble. 

Les dix dernières nuits de ce mois béni approchaient à grands pas. J’essayais d’être le plus prêt possible pour les accueillir et pour tirer le maximum de celles-ci. Chaque nuit du Ramadan est une chance de se rapprocher d’Allah, d’élever mon statut auprès de mon Créateur, de se faire pardonner et de bénéficier de Sa Miséricorde. Les efforts doivent donc être constants. Une de ces nuits peut être Laylat-ul-Qadr – la nuit du destin – meilleure que mille mois.

C’est le rêve de tout croyant de pouvoir profiter le plus possible de cette nuit qui peut tout changer. Pas besoin d’être sans faute, d’être parfait dans ses adorations, un cœur pur et sincère à la recherche de la miséricorde et de l’agrément divin suffit amplement. Il ne s’agit pas tant, ou seulement, d’attendre cette nuit bénie, mais de s’y préparer activement, et de se disposer intérieurement afin de pouvoir bénéficier des mystères et des grâces incommensurables qu’elle porte en elle. 

L’arrivée de ces dix dernières nuits signifiait pour moi vivre la plus grande partie de la nuit. Quittant mon lit ouaté, il m’arrivait de méditer sur l’amour de Dieu, cet amour qui s’entraînait à quitter ce confort pour me renouer au Seigneur des Mondes. La quiétude de ces nuits s’accompagne aussi de grande fatigue. Je me replonge dans la  sixième de ces nuits  bénies où le sommeil ne pouvait s’emparer de moi, où mes jambes tramblotaient, ne voulant plus se dresser sur mon tapis, les bâillements incessants, et l’envie de sommeiller  sur mon tapis de prière ne me quittait pas. Je me ressaisissais en pensant à l’opportunité que représentait  cette nuit,  je ne cessais de  me répéter qu’il fallait que j’oeuvre davantage car c’est peut être cette nuit qui  me fera office de “billet d’entrée au paradis” . Pourquoi ne pourrais- je donc  pas être capable de faire plus d’efforts pour avoir accès à ce bonheur éternel ? J’étais apte à rester éveillé  pour faire  un devoir en  sciences politiques ou pour réviser un examen de macroéconomie, par moment à ne dormir tout au plus trois heures par nuit. Je devais utiliser cette persévérance dont je pouvais faire preuve dans mes études dans  ma pratique religieuse durant ces nuits! Réciter et méditer sur sourate Al-Qadr chaque nuit me permettait de me souvenir de la promesse qu’Allah nous a faite “une nuit meilleure que mille mois d’adoration”. Il m’arrivait aussi d’écrire sur mon tableau des mots qui m’encouragent à faire de mon mieux tels que “ça n’arrive qu’une fois dans l’année”.


La plus grande satisfaction à la sortie du mois de Ramadan n’est pas de se dire j’ai lu tant ou j’ai prié tant (même si ça l’est un peu aussi) mais de se sentir plus proche d’Allah, de se sentir plus sincère, plus dévoué et obéissant à l’ordre divin. Tout simplement plus conscient des bienfaits d’Allah envers Sa Création et de notre but ultime : plaire à Allah. Il est rare de sortir du mois de Ramadan avec de mauvaises nouvelles . Le plus souvent, ce sont les anciens péchés qui reviennent au galop. Le réel enjeu est de ne pas cesser les efforts mais essayer de remplacer les mauvaises habitudes par les bonnes acquises pendant le mois passé. S’efforcer coûte que coûte de préserver, ferme, le lien établi avec Allah.

Anonyme


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