بسم الله الرحمن الرحيم
Cette section de la gazette est une discussion qui invite à la réflexion. Cet article a été écrit en collaboration avec plusieurs personnes qui ont accepté de partager leurs expériences.
Nous voici à un stade avancé du Ramadan, et c’est le moment de la mise au point. Nous essayons tous de faire le meilleur Ramadan possible. Pourtant dans cette course vers Allah SWT, il est possible que certaines années soient plus dures à tenir mentalement que d’autres. Nous devons nous efforcer durant ce mois sacré à tenir bon et ne rien lâcher. On attend ce mois avec impatience, mais lorsque nous y sommes, nous faisons face à un combat intérieur : Jihad Nafs. Le jeûne, la prière, la lecture du Coran ou encore les invocations nourrissent notre âme et renforcent notre foi. Si vous vous retrouvez dans certains récits, sachez que de nombreuses personnes sont passées par là, et que vous n’êtes pas seuls.
Ainsi, a travers cet article nous allons partager plusieurs «pires» ou «meilleurs» Ramadans de frères et soeurs pour essayer de lever ce tabou. Il n’est jamais trop tard pour faire de ce Ramadan le meilleur que vous ayez fait. Ce mois n’est pas fini et il ne faut pas sous-estimer l’importance des 10 derniers jours et de la Nuit du Destin.

Dieu parle de la Nuit du Destin dans le Coran, sourate 97 :
Nous l’avons certes, fait descendre (le Coran) pendant la nuit d’Al-Qadr.
Et qui te dira ce qu’est la nuit d’Al-Qadr ?
La nuit d’Al-Qadr est meilleure que mille mois.
Durant celle-ci descendent les Anges ainsi que l’Esprit, par permission de leur Seigneur pour tout ordre.
Elle est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube. »
إِنَّآ أَنزَلۡنَٰهُ فِى لَيۡلَةِ ٱلۡقَدۡرِ
وَمَآ أَدۡرَىٰكَ مَا لَيۡلَةُ ٱلۡقَدۡرِ
لَيۡلَةُ ٱلۡقَدۡرِ خَيۡرٌ مِّنۡ أَلۡفِ شَهۡرٍ
تَنَزَّلُ ٱلۡمَلَٰٓئِكَةُ وَٱلرُّوحُ فِيهَا بِإِذۡنِ رَبِّهِم مِّن كُلِّ أَمۡرٍ
سَلَٰمٌ هِىَ حَتَّىٰ مَطۡلَعِ ٱلۡفَجۡرِ
Selon Aboû Hurayra (sd), le Prophète a dit :
إن هذا الشهر قد حضركم وفيه ليلة خير من ألف شهر من حرمها فقد حرم الخير كله ولا يحرم خيرها إلا محروم
« Il y a une nuit qui vaut mieux que mille mois, quiconque est privé de ses bienfaits, sera démuni » (Ahmed et Nasa’i)
من قام ليلة القدر إيمانا واحتسابًا غفر له ما تقدم من ذنبه
« Quiconque se lève la nuit du Destin avec foi et en aspirant à la récompense, il se verra pardonné ses péchés passés. »
FAIRE LE MEILLEUR RAMADAN POSSIBLE
1er témoignage
« L’année de mon pire ou meilleur Ramadan (vous me direz quoi en conclure), était l’année de mon Hajj. Je vivais une L2 extrêmement difficile, je priais que difficilement et mon cœur était dur. Je ne ressentais plus rien et je vivais une dépression. J’avais besoin de me raccrocher à la religion mais je n’avais plus la force. J’ai supplié mes parents d’aller au Hajj. Arrivée à Médine, j’étais contente mais je sentais que je n’arrivais pas à vraiment être connectée spirituellement. Ce sentiment était pesant et limite j’avais besoin de pleurer pour lâcher prise.

Une fois à la Mecque, j’ai été frappée par la grandeur et la générosité d’Allah SWT. J’ai tellement pleuré, au point où les gens se sont inquiétés pour moi. Je sentais l’amour d’Allah SWT à un moment où j’avais besoin de lui. Cette expérience m’a bouleversée.
A mon retour, pendant le confinement, j’ai vécu un Ramadan difficile. L’expérience du Hajj était une chance que je mesurais et qui m’a permis d’aller mieux. Il fallait quand même garder en tête que ce Ramadan était ma chance de me remettre sur le « droit chemin ». Je visais le minimum : faire toutes mes prières à temps et lire un peu le Coran. J’étais tellement dans le mal et dans un état de dépression, que déjà j’étais contente de réaliser ces petits objectifs. Se lever du lit et prier. Pendant ce confinement, j’ai pris le temps de me recentrer sur moi et de ne pas me comparer aux autres, ne pas me sentir jugée.
Depuis, j’ai comme projet de m’améliorer, mais avec la fac on se trouve beaucoup d’excuses. Je n’ai pas de raison de ne pas faire de mon mieux et il y a des outils qui existent. Cependant, c’est difficile de suivre un planner par exemple et de changer d’un coup. D’ailleurs, je ne juge jamais personne, mais je suis extrêmement difficile avec moi-même. Je suis honteuse par rapport à mes pratiques mais toujours bienveillante envers les autres. »
Ce premier témoignage met en avant plusieurs thématiques : la santé mentale, l’université, et la baisse de foi. Nombreux sont les étudiants en détresse psychologique à cause des cours. Dans le volet de l’Islam et la santé mentale, nous allons rapidement aborder certaines affirmations afin de nous recentrer sur l’essentiel. Ce sujet ne sera pas traité en profondeur, mais je vous invite fortement à vous pencher dessus si vous avez un peu de temps libre.
Chaque année lorsque le Ramadan arrive, nous sommes tous à des étapes et situations différentes de notre vie. Comme c’est le cas dans ce témoignage, il est possible de traverser un épisode dépressif et extrêmement difficile, ce qui clash avec ce mois d’apaisement et de joie. Alors ce Ramadan devient un combat afin de ne pas laisser tomber et est d’une importance capitale pour le croyant. Nous attendons les bienfaits de ce Ramadan avec désespoir. Il devient alors vital de ne pas se comparer aux autres. Même si votre objectif est de prier correctement et que vous n’avez pas la force de réaliser d’autres actes d’adoration régulièrement, le principal est de faire un pas vers Allah SWT et de donner la meilleure version de vous-même à chaque moment. Si votre maximum est jugé insuffisant par votre famille ou vos amis, seul Dieu sait ce que vous vivez.
Anas ibn Mâlik et Abû Hurayrah (qu’Allah les agrée) rapportent que Le Prophète (sur lui la paix et le salut) relate que son Seigneur, à Lui la Puissance et la Grandeur, a dit :
« Lorsque le serviteur se rapproche de Moi d’un empan, Je Me rapproche de lui d’une coudée. Lorsqu’il se rapproche de Moi d’une coudée, Je Me rapproche de lui d’une brasse, et lorsqu’il vient vers Moi en marchant, Je Me hâte vers lui »
Il est normal de ressentir des émotions négatives, nous ne sommes pas au Paradis et les épreuves sont là pour tester notre foi. Le plus important est de ne pas lâcher psychologiquement son Ramadan, même si les premières semaines ne se passent pas comme vous le souhaitez.
Al-Isra’ 17:25
رَّبُّكُمۡ أَعۡلَمُ بِمَا فِى نُفُوسِكُمْۚ إِن تَكُونُواْ صَٰلِحِينَ فَإِنَّهُۥ كَانَ لِلۡأَوَّٰبِينَ غَفُورًا
Votre Seigneur connaît mieux ce qu’il y a dans vos âmes. Si vous êtes bons, Il est certes Pardonneur pour ceux qui Lui reviennent se repentant
Un moyen important pour lutter contre la dépression est l’invocation, également appelée dou’a. L’invocation permet d’entrer en communication avec Allah SWT, de Lui demander ce dont on a besoin, de se confier à Lui et même de se plaindre de sa situation.
Les prophètes, paix et salutation sur eux, vécurent des épreuves extrêmement difficiles et il est même écrit dans le Coran l’état de détresse dans lesquels ils se retrouvaient. Tous sans exception, se réfugiaient auprès d’Allah SWT.
Allah SWT ne nous fait aucun reproche de nous sentir triste. Ainsi Il n’a pas émis de désapprobation lorsque son prophète Ya’qoub PSL est devenu aveugle à force de pleurer. En effet, il a beaucoup souffert de la disparition de son fils Yoūssouf PSL, comme on le lit dans la 12ème sourate.
Ce sont au contraire ses fils qui se sont emportés et lui ont dit :
Yusuf 12:85
قَالُواْ تَٱللَّهِ تَفۡتَؤُاْ تَذۡكُرُ يُوسُفَ حَتَّىٰ تَكُونَ حَرَضًا أَوۡ تَكُونَ مِنَ ٱلۡهَٰلِكِينَ
Ils dirent: «Par Allah! Tu ne cesseras pas d’évoquer Joseph, jusqu’à ce que tu t’épuises ou que tu sois parmi les morts
Or Allah n’a jamais critiqué Ya’qoub pour sa tristesse mais a été doux avec lui, pour finalement le guérir et lui faire retrouver son fils.
Demandez de l’aide au Très-Haut. Demandez de l’aide à votre entourage. Prenez un rendez-vous chez des spécialistes et soyez proactifs dans votre guérison. Il n’est pas interdit dans notre religion de consulter des médecins et des psychologues.
À cause de l’université, cet état dépressif peut être provoqué par le manque de sommeil, le manque d’activité, une mauvaise alimentation ou encore le stress et la pression des cours. Une fois dans ce cercle vicieux, il est difficile de se rendre compte que des changements mineurs dans notre quotidien peuvent sauver notre Ramadan, voire notre vie.
2ème témoignage
« Mon pire Ramadan ? C’est simple ! C’est celui que je passe avec ma famille. J’aime ma famille plus que tout, mais le Ramadan à la maison est un cauchemar. Il faut que je me prépare psychologiquement chaque année à : rentrer du travail ou de l’école, me poser si possible 5 minutes, aider ma mère à préparer le repas, le Maghreb arrive quand on y est encore, on coupe le jeûne en panique parce que on ne pouvait pas s’y mettre plus tôt. Une fois à table, je mange rapidement puis je vais m’atteler à la corvée de la vaisselle. Mes frères et mon père vont à la mosquée et puis une fois que je finis mes tâches, je prie rapidement et je vais dormir. Je n’arrive à rien faire. Je suis constamment épuisée. J’aimerais faire du dhikr, apprendre du Coran, avancer dans mes objectifs, mais 5/7 jours je suis frustrée de passer ma vie à la cuisine.
Mon meilleur Ramadan était celui loin de ma famille, en école. Je faisais tout à mon rythme. J’allais à tous les tarawih. J’ai même clôturé la lecture du Coran et j’étais extrêmement fière de moi. Faire tout à ma manière et réfléchir au sens profond des choses. Maintenant, je comprends que je détestais le Ramadan à cause des corvées à la maison. Mais j’ai réellement pu découvrir une autre facette quand on est seul. C’est le meilleur mois. »
Ce témoignage ne parlera pas forcément à tout le monde, mais j’espère que vous ferez preuve d’empathie et d’ouverture d’esprit. N’oublions pas que nos mères et nos sœurs doivent aussi passer un bon Ramadan. Qu’on adore la cuisine ou non, le plus important est de multiplier les actes d’adoration auprès d’Allah SWT. Si nos proches arrivent à gérer des tâches quotidiennes en même temps, c’est une bonne nouvelle. Dans le cas contraire, essayons de décharger nos proches de certaines tâches. J’ai personnellement été touchée par ce témoignage, puisque cette personne en est venue à redouter le Ramadan, l’assimilant à un « mois de vaisselle ».
« Le Prophète, Paix et Bénédictions de Dieu sur lui, avait l’habitude de servir sa famille et quand l’heure de la prière venait, il sortait pour la prière »
Hadith, Al Boukhari, qu’Allah lui fasse Miséricorde, Sahih
C’est-à-dire qu’il (PSL) aidait ses proches dans les tâches domestiques. Cela fait partie des [nobles] caractères des Prophètes et des Envoyés (sur eux la paix) de se montrer modeste et humble dans leurs actions, mais aussi de s’éloigner du confort, du bien-être et du fait de vivre dans l’aisance. Par conséquent, si une personne veut alléger le travail de son épouse ou de ses proches et participer aux tâches ménagères, elle sera récompensée. Essayons de rendre ce mois agréable dans notre foyer et de multiplier nos bonnes actions par la même occasion.
3ème témoignage
« Mon pire Ramadan était celui du confinement. Pendant cette période, je devais revenir vivre chez mes parents et c’était la première fois que je vivais avec un proche qui était malade. Je suis passée d’un cadre serein en école avec mes potes, à vivre avec ce proche qui était constamment sur mon dos et qui devenait violent à cause de la maladie. Tout mon environnement devenait violent. Ce Ramadan-là, j’ai jeûné et multiplié les adorations. Comme il n’y avait pas de tarawih, je faisais tout chez moi mécaniquement.
J’étais rentrée dans une routine. Je faisais la prière pour faire la prière. Je faisais du Dhikr pour faire du dhikr. Mes prières n’avaient pas de saveurs et je ne faisais que pleurer. C’étaient mes sessions pleurnichages. J’avais l’impression que la foi ne m’apportait rien, je continuais à respecter le Ramadan dans les règles mais ma foi était morte. Je me demandais si ça valait le coup de continuer d’y croire.
Mes parents ne sont pas pratiquants donc je n’avais pas de repère, j’étais toute seule. Je me penchais sur les histoires des prophètes, mais à la place d’en tirer des enseignements, je cherchais les incohérences. Ma relation avec la religion n’était vraiment pas saine, mais je continuais parce que j’avais espoir que ça change ma vie. Je refusais de croire aussi que j’étais comme mes parents. Si j’abandonnais tout, qu’est ce qui me différencierait de mon père qui est posé devant la télé et qui se remplit la panse ? Je savais au fond de moi que c’était une phase et que je devais m’accrocher. Je suivais des Ramadan planner. Sincèrement, je ne sais pas pour quel genre de personne ces planners sont faits, mais c’était surtout pas pour moi. J’ai tenu une semaine, à cocher des cases et à apprendre des choses sans intentions derrières. C’était vraiment toxique ! Une nuit j’ai fait une invocation pendant le fajr et j’avais pleuré comme je n’avais jamais pleuré de ma vie. Comme je savais que j’allais aller à Dauphine, j’ai prié pour qu’Allah SWT m’accorde un bon entourage »
Nous nous rappelons tous d’un Ramadan marquant, et malheureusement parfois ce n’est pas un bon souvenir. Il est possible que certains aient vécu des «pires » Ramadans. Dans notre quête de spiritualité, il est également très probable qu’on vive des moments de baisse de foi ou de doute. Les épreuves que nous rencontrons quotidiennement deviennent difficiles à gérer, et nous pouvons passer à côté d’un mois meilleur que mille autres.
Face à ces difficultés, il est important de puiser au fond de soi pour sortir de ces moments de détresse spirituelle, lutter contre les suggestions négatives de son égo et multiplier les adorations. Or, il est également possible que notre foi soit faible et que nous nous écartons, malgré nos efforts, de notre Seigneur.
Le Ramadan est le mois sacré qui permet de nous remettre en question et qui nous ouvre des portes afin de nous améliorer. Par moment, nous nous retrouvons dans une compétition malsaine avec tous les planners et vidéos routines sur les réseaux sociaux. Pour caricaturer, nous avons comme but de cocher des cases de To-Do list, ce qui peut finir par nous perdre si nous ne travaillons pas nos intentions.
Nous devons renforcer notre relation avec notre Seigneur, en nous désintéressant complètement du regard des autres. Nous n’arrêtons pas de boire et de manger pour être bien vu en société, mais pour renforcer notre foi, réfléchir sur le sens du Coran et corriger le plus possible nos habitudes.

C’est à ces moments-là que la Ummah rentre en jeu. L’objectif de la Ummah est de promouvoir le bien-être de tous les membres de la communauté musulmane. Nous nous soutenons financièrement les uns les autres grâce à la Zakat, nous nous encourageons à vivre sans commettre de péchés et en prenant soin de notre prochain. Nous faisons partie d’une unité et nous devons réaliser son importance.
Tous les musulmans du monde vivent le Ramadan pendant la même période et cela est censé nous rassembler davantage.
Sans jugement, prétentions, et avec bienveillance, notre objectif est de repêcher des ami.e.s dans le besoin d’écoute et leur donner un coup de pouce. Vivre des difficultés dans sa spiritualité est devenu d’une certaine manière tabou aujourd’hui. Si nous écartons cette peur d’être jugé comme une mauvaise personne, s’ouvrir à un frère ou une sœur pour se remettre sur le droit chemin peut-être parfois indispensable, sans non plus étaler nos péchés.
Que ce soit au niveau de la prière ou de l’entourage, il est rare de trouver une communauté pareille. Nous nous élevons spirituellement et intellectuellement, mais surtout nous mettons en place des moments d’échange pour nous entraider dans notre spiritualité. Que ce soient les tables rondes ou bien les groupes d’apprentissage et de lecture du Coran, nous sommes la communauté que certains ont rêvé de rencontrer.
« Il ne faut pas voir la religion comme une variable binaire. Rien n’est tout blanc ou noir, on n’est pas des anges. »
Les épreuves qu’on traverse sont un moyen de nous rapprocher de Dieu : on commet des erreurs et on se remet en question pour pouvoir avancer un peu plus et nous corriger. C’est normal de douter de tout et même de l’existence de Dieu. Si c’était aussi évident, tout le monde y croirait. Cependant, le but est de se dire qu’on y croit et qu’on y a cru toute notre vie jusqu’à la récompense après la mort.
À la suite des témoignages, nous nous sommes rendus compte d’un thème qui revenait souvent : la prière. Une formulation a notamment été discutée et fait débat : « les gens qui prient naturellement ».
- Voici certains points de vue :
« Dans notre contexte c’est difficile. Pour moi, quelqu’un qui prie naturellement est une personne qui a la prière ancrée dans sa routine, où son emploi du temps est cadré autour de la prière. Dans les pays musulmans par exemple, j’ai l’impression que les gens ont plus tendance à prier parce que c’est la norme. »
« Pour moi, prier n’est pas naturel. C’est pas dans notre code génétique pour qu’on prie naturellement mais ça peut être un automatisme qui se travaille. En réalité, même les personnes qui se sont entraînées à prier avant même de comprendre son sens se posent la question à un moment donné et doivent fournir un effort pour pouvoir continuer la prière. Il y a la quête de sens derrière. En grandissant, il faut trouver le sens de ses actes et y réfléchir, donc ce n’est surtout pas un acte naturel. »
« Il faut voir la prière comme une nourriture de l’esprit. C’est naturel dans le sens où si tu ne nourris pas ton esprit tu vas être en manque à un moment donné. C’est comme expliquer aux enfants qu’ils ne peuvent pas se nourrir que de bonbons, ils ont besoin de nutriments variés. De plus, il y a un retour au spirituel ces dernières années, parce que les gens comprennent qu’on a besoin de méditation et de spiritualité. Dans des livres de développement personnel on retrouve ce besoin là alors que nous depuis des millénaires, on fait la prière et du dhikr pour nous alimenter l’esprit. On a un besoin naturel de spiritualité et la prière y répond. J’ai trois repas dans la journée : si je ne les mange pas, je faiblis. Pour l’esprit, c’est pareil avec les 5 prières. »
Voir la prière comme un besoin peut réellement aider ceux qui ont du mal à la respecter. Parfois voir ça comme une obligation peut nous faire croire que c’est une contrainte, et donc inconsciemment la fuir. Or, la prière est une obligation car nous en avons besoin. Nous avons besoin de retourner auprès d’Allah SWT, nous recueillir et reprendre des forces. Avec cette vision, il est plus simple de se rattacher à l’essentiel et de prier.
Si vous avez toujours du mal au début, c’est normal. Commencez par des petits objectifs. Fixez-vous d’abord une prière par jour minimum à ne pas louper. Une fois que vous aurez réussi à prier cette prière, rajoutez-en une autre, jusqu’à progressivement prier vos cinq prières par jour. Finalement, apprenez à les prier à l’heure. Notre religion est un chemin de longue haleine, mais où on croit que la mort peut nous cueillir à n’importe quel moment. Dieu connaît vos intentions et vous connaît mieux que vous-même.
(Al Baqara) 2-4
وَٱلَّذِينَ يُؤۡمِنُونَ بِمَآ أُنزِلَ إِلَيۡكَ وَمَآ أُنزِلَ مِن قَبۡلِكَ وَبِٱلۡأٓخِرَةِ هُمۡ يُوقِنُونَ
Ceux qui croient à ce qui t’a été descendu (révélé) et à ce qui a été descendu avant toi et qui croient fermement à la vie future
Très souvent, dans un élan de perfectionnisme, on veut tout avoir tout de suite. Sans travail ni patience, on veut un Ramadan parfait alors que ça se travaille toute l’année. On veut tout réussir parfaitement, alors que même la prière qui est un fondement de notre religion n’est pas simple à intégrer. Si vous rencontrez des difficultés, vos frustrations et vos sentiments sont valides, et vous êtes en train de créer votre propre cheminement. Si nous réussissons à rester unis et à nous entraider afin de ne pas lâcher à la moindre difficulté, nous aurons réussi à nous élever spirituellement ensemble. Ces apprentissages ont pour but de nous rapprocher d’Allah SWT, mais aussi d’impacter significativement notre comportement et notre vie de tous les jours.
Nous pouvons essayer d’être plus à l’écoute et attentifs auprès de nos amis musulmans. Nous ne savons jamais réellement comment une personne ressent les choses, ou les événements qu’elle vit. Rappelons-nous simplement de réaliser ces actes d’adoration avec une forte intention de nous rapprocher de Dieu et de méditer sur le sens des choses. De plus, la course aux planners et aux bonnes actions ne doit pas nous égarer. Nous ne faisons pas cela pour plaire en société mais pour soigner notre relation avec le Très Haut. Que vous ayez des difficultés ou que vous soyez un peu perdu dans votre religion, n’ayez pas peur d’en parler à des personnes de confiance, afin de vous aider à sortir de cette zone d’ombre. Nous pouvons ensemble créer de fortes dynamique et nous surpasser.
« تَرَى الْمُؤْمِنِينَ فِي تَرَاحُمِهِمْ وَتَوَادِّهِمْ وَتَعَاطُفِهِمْ كَمَثَلِ الْجَسَدِ إِذَا اشْتَكَى عُضْوًا تَدَاعَى لَهُ سَائِرُ جَسَدِهِ بِالسَّهَرِ وَالْحُمَّى ».
« Vous verrez les Musulmans à travers leur bonté, leur affection et leur attachement réciproque, constituer comme un seul corps, quand l’un des membres souffre, il transmet sa fièvre et son insomnie à tout son corps. »
[Hadith – Sahih al-Bukhari 6011]
Le mois du Ramadan est un mois sacré, où il est utile de rappeler que c’est le mois du Coran. Tous les miracles peuvent arriver. Le plus dur est d’être déconnecté spirituellement, mais à force d’efforts et persévérance nous pouvons tous dépasser ce combat spirituel. C’est certes un combat constant, mais il en vaut la peine. On avance avec des imperfections.
À titre de comparaison, on ne peut pas dire à un fumeur d’arrêter de fumer du jour au lendemain. Il prend conscience que c’est néfaste, puis il s’entraîne à arrêter progressivement avec beaucoup de volonté et de l’aide si besoin. Pour revenir à notre sujet, il est plus difficile de revenir sur le chemin de la foi sans travailler son intention. En réalisant également un travail sur son ego et sa foi, on a tendance à moins revenir vers nos mauvaises habitudes. On a le devoir de corriger notre comportement et de soigner notre foi, mais vaut mieux corriger nos comportements petit à petit et créer des habitudes que de tout changer d’un coup et tout lâcher après.
Témoignage : le mot de la fin
« En général, il y a toujours des gens qui pensent qu’il n’est pas utile de faire la prière seulement pendant le Ramadan si on ne l’a pas faite pendant l’année. Ou bien de mieux vous habiller ou d’arrêter une habitude uniquement pendant ce mois. Je vous encourage vivement à ne pas écouter ces gens. C’est un petit message d’encouragement pour ne pas se sentir jugé. J’invite les gens à se lancer pendant le Ramadan avec la meilleure intention possible, on ne sait jamais. Peut-être que vous aurez envie de continuer ce bon comportement, vous aurez un déclic pour le reste de l’année. Tous les efforts comptent et ne vous fiez pas à ce que les autres disent. Concentrez-vous sur vous-même mais surtout entourez-vous de personnes positives et encourageantes, qui n’essaient pas de vous critiquer ou de vous rabaisser à chaque fois. Les rappels bienveillants sont toujours les bienvenus, mais il ne faut pas non plus tomber dans le jugement constant. »
Anonyme

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