L’aspiration vers le Kaizen

بِسْمِ ٱللَّٰهِ ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. 

Kaizen (Japonais) : Composée de deux mots « Kai » et « Zen » signifiant respectivement « changement » et « meilleur » . Ce mot indique une constante amélioration.

Coran 49 : 13 

يَٰٓأَيُّهَا ٱلنَّاسُ إِنَّا خَلَقْنَٰكُم مِّن ذَكَرٍ وَأُنثَىٰ وَجَعَلْنَٰكُمْ شُعُوبًا وَقَبَآئِلَ لِتَعَارَفُوٓا۟ إِنَّ أَكْرَمَكُمْ عِندَ ٱللَّهِ أَتْقَىٰكُمْإِنَّ ٱللَّهَ عَلِيمٌ خَبِيرٌ


 Ô hommes! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux. Dieu est certes Omniscient et Grand- Connaisseur

Les premiers contacts entre le Japon et l’Islam remontent au XIVe siècle, lorsque des commerçants arabes et chinois ont établi des échanges commerciaux avec le Japon. Cependant, ces échanges étaient sporadiques et n’ont donc pas laissé une empreinte significative sur la société japonaise à cette époque. Ce n’est qu’à la fin des années 1870 qu’on voit apparaître la première biographie du Prophète traduite en japonais sur l’Islam.

Puis, en 1900, des réfugiés Tartares (peuple turco-mongols) musulmans, fuyant la révolution Russe, ont également contribué à l’histoire de l’Islam au Japon en construisant le premier établissement scolaire pour les musulmans de Tokyo en 1928 nommé le Mekteb Islamye.

Ils construisirent également la mosquée Tokyo Camii adjacente à cette école, qui a été démolie en 1986 en raison de la détérioration de sa structure.

Peu après, durant la Seconde Guerre mondiale, l’intérêt pour l’Islam s’est accru, avec plus de 100 publications de livres et d’articles sur la religion au Japon. À cette époque, les rapports indiquent qu’en 1941, il n’y avait que 600 musulmans au Japon, parmi lesquels seulement 2 ou 3 étaient japonais

Ensuite, dans les années 1960, une nouvelle vague d’immigration pakistanaise,  bengalis, a contribué à augmenter le nombre de musulmans pour y travailler et s’y installer. Ces événements ont marqué les premiers pas de l’Islam dans le pays du Soleil Levant, contribuant à sa diversité culturelle et religieuse.

Aujourd’hui, le Japon, également appelé pays du Soleil Levant, connaît depuis une vingtaine d’années une hausse considérable des conversions à l’islam. On recense d’ailleurs aujourd’hui plus de 250 000 musulmans et plus de 150 mosquées dans l’archipel. 

Pourtant, il n’est pas possible, malgré cette croissance exponentielle, de conjecturer quant au développement de l’Islam au sein de la communauté japonaise. En effet, les raisons des adhésions à l’Islam sont très variées, pouvant aller de la simple curiosité jusqu’à une profonde remise en question. Cela ne diffère cependant pas des motivations habituelles que l’on a l’habitude d’entendre. Cet article a ainsi pour but d’expliquer pourquoi le Japon se singularise face à ce questionnement. Comment expliquer les nouvelles conversions ? Quels sont les obstacles que rencontrent les japonais musulmans ? Quels sont les défis pour l’avenir ? 

L’individualisme Japonais : un frein spirituel

  1. Le rapport au travail

Les japonais sont mondialement reconnus pour leur productivité et leur rapport au travail. En 2016, 22% des japonais travaillent plus de 50 heures par semaine et ne prennent en moyenne que 9 jours de congés par an. Néanmoins, cette chasse à la compétitivité exacerbée les pousse à un certain degré d’individualisme et de libéralisme. En conséquence, le Japon présente le taux le plus élevé de personnes en situation d’isolement social. On note plus de 1 millions de japonais vivant reclus dans leur chambres depuis plus de six mois, appelés les hikikomori. De plus, près de 15 % des hommes parlent à une personne ou moins en l’espace de 15 jours.

Dans les sociétés japonaises, demander de l’aide aux autres est un comportement considéré comme étant gênant. Par ailleurs, le diagnostic des troubles mentaux est encore un sujet tabou et l’acceptation du suicide a atteint le niveau “d’expérience esthétique“ au sens culturel et social. On note près de 21 000 suicides lors de l’année 2021 et près de 37% d’hommes et 29.9 % de femmes seraient en dépression. Un sondage international sur le comportement des jeunes effectué par le bureau du cabinet en 2018 auprès de personnes âgées de 13 à 29 ans dans sept pays a révélé un lien fort entre le taux de suicide et l’isolement social au Japon.

On leur a notamment demandé : À qui demandez-vous conseil lorsqu’un problème vous tracasse ? La réponse la plus commune est « Je n’ai personne à qui demander conseil » ( Le Japon en première place avec près de 20%). Cela met bien en évidence l’important niveau de solitude ressenti, et de mal-être de la population.

2. Le déclin démographique 

Il est important de savoir que le Japon connaît une crise démographique importante. On note 771 000 naissances contre 1,5 millions de morts en 2022, soit deux fois plus de morts que de naissances. De plus, d’après une étude du Nihon Keizai Shimbun, un quotidien économique, la population japonaise devrait passer de 126 millions d’habitants à 87 millions d’habitants dans moins de 50 ans. Voyant la vie de famille comme une entrave à leur carrière professionnelle, les jeunes japonais rechignent à l’idée de se marier jeune et d’avoir des enfants et fonder une famille. 

En parallèle, la vision familiale est fortement ancrée chez les immigrés japonais et notamment chez les musulmans japonais convertis et la nouvelle génération de jeunes musulmans japonais d’origine pakistanaise, bengali ou encore indonésienne. Il y a donc un fort taux de natalité de nouveaux musulmans. De plus, il est intéressant de relever que de plus en plus de musulmans se marient à des japonaises non musulmanes qui finissent par se convertir.

Entre perdition et sagesse : la place de la religion au Japon 

Mêlant des pratiques polythéistes et animistes (conception générale qui attribue aux êtres de l’univers, aux choses, une âme analogue à l’âme humaine) où la force vitale est l’élément central, habitant toutes les choses de l’univers, le Shintoïsme et le Bouddhisme sont les religions principales du Japon. On compte plus de 90 millions de shintoïstes et 89 millions de bouddhistes.

Néanmoins, le rapport des Japonais vis-à-vis de la religion reste de manière générale plutôt neutre et surtout fondé sur l’ignorance. Le syncrétisme, c’est -à -dire la combinaison des doctrines normalement incompatibles, permet aux individus d’avoir une certaine liberté quant à leurs pratiques, leurs rites et leurs croyances. Le Japonais lambda est amené à pratiquer plusieurs religions au cours de sa vie et ce,  parfois simultanément. En cela, il y a une sorte de flexibilité amenant une instabilité et une perte d’identité dans la vie quotidienne.

Cependant, chaque individu est amené à se poser des questions sur le sens de sa vie, sa foi, ses convictions profondes… Quelle voie devrais-je choisir ? Quel chemin prendre ? Face à la finalité de la vie, à la mort, qui peut me sauver, me guider ? Dieu ? 

En parallèle, la pratique du shintoïsme et du bouddhisme n’apportent que très peu de solution aux problèmes liés à la santé mentale et à l’individualisme japonais. D’ailleurs, un ministère de la solitude a été nommé au Japon afin d’endiguer la flambée du nombre de suicide et de dépression au Japon.

  

Cependant, cela reste tout de même assez inefficace pour plusieurs raisons. D’abord, ce ministère entre directement en concurrence avec certains praticiens particuliers. Très souvent sans diplôme, ils profitent du désespoir de certaines familles pour leur proposer des tarifs exorbitants pour aider un certain membre de la famille vivant comme un hikikomori (japonais vivant coupé du monde, le plus souvent dans leur chambre pendant plusieurs mois voire plusieurs années). 

Souvent, ils proposent une réinsertion adaptée pour ces japonais exclus de la société. Malheureusement, ces solutions sont souvent très peu efficaces à long terme. Ensuite, il est important de se rappeler du contexte sociétale. En effet, les japonais estiment encore qu’admettre sa dépression est un échec et avouer sa faiblesse mentale est encore tabou. Il n’y a donc aucune raison de chercher une solution car ils seront, dans tous les cas, jugés et critiqués.

Les multitudes de voies menant vers l’Islam

« Ce dont les Japonais ont besoin, c’est savoir pardonner. Il ne faut pas leur expliquer l’Islam comme un Tout, mais plutôt comment l’Islam insiste sur le pardon et la Miséricorde »

Dr Qayyim Naoki Yamamoto (Japonais converti depuis plus de 13 ans, spécialiste dans le patrimoine spirituel Ottoman et la culture japonaise)

Une multitude de raisons peuvent expliquer la croissance des musulmans au Japon.  Que ce soit virtuellement, à la suite d’un voyage ou d’une rencontre, les voies menant vers Dieu sont multiples et toutes uniques. Il y autant de chemins vers Dieu que d’être humains, et l’étude des conversions au Japon en est une illustration. 

  1. Les réseaux sociaux : influence et information

Les Japonais, comme aujourd’hui le reste du monde, utilisent très régulièrement les réseaux sociaux. Il représente ainsi une part aujourd’hui non négligeable de source d’information et d’influence. 

Ainsi, avec les réseaux sociaux et internet, il devient maintenant tout à fait possible de découvrir et se renseigner sur des pratiques pourtant lointaines de notre milieu. En effet, influencés par le milieu culturel dans lequel ils vivent, les japonais vont tout d’abord chercher leur apaisement dans l’étude du Shintoïsme et du Bouddhisme. Cependant, grâce à des influenceurs, des conférences en ligne, des témoignages ect, l’enseignement de l’islam s’étend également à travers ces nouveaux modes de communication. 

Ainsi, certains en viennent à arriver sur le chemin de l’Islam. On pourrait par exemple ici citer le nom de deux jeunes japonais, partageant leur cheminement spirituel sur instagram : 

Un célèbre instagrameur au nom de @samuraize.1. Il explique avoir trouvé notamment trouvé un sens à sa vie lors de la lecture du verset où Allah swt dit “Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent.”

 

On peut également citer @superkokeji et @saki.safwa qui ont accepté l’Islam grâce aux enseignements prophétiques renvoyant à la fraternité et la miséricorde. 

A travers ces exemples, on voit que très vite, certains trouvent un réconfort lors de la lecture de versets du Coran, certaines traditions prophétiques, hadiths, sagesse spirituelle… Tout cela pouvant progressivement amener quelqu’un à se convertir. 

2.  Le voyage: première porte vers l’Islam

« Une destination n’est jamais un lieu, mais une nouvelle façon de voir les choses »

Henry Miller

Dans la majorité des pays développés, les étudiants sont amenés à effectuer un voyage à l’étranger lors de leur cursus universitaire. En particulier au Japon lorsque les étudiants décident d’entreprendre un voyage dans un pays musulman, ils constatent de manière unanime une hospitalité particulière, un accueil chaleureux, et une vie en société dans laquelle les individus s’entraident tous les uns les autres. 

Ces voyages se font souvent dans les pays musulmans qui entourent le Japon du fait de son emplacement géographique. On peut citer par exemple des pays comme l’Indonésie, le Brunei Darussalam, la Malaisie, le Pakistan ou encore l’Egypte qui sont des pays musulmans dans lesquels les individus sont fortement attachés à la religion. 
A travers ces voyages, beaucoup essayent de comprendre d’où viennent les enseignements qui réunissent tous ces peuples ; comment expliquer le fait que ces personnes là soient toutes attachées aux mêmes valeurs, quel est le point commun entre tous ces peuples.

Ainsi, à travers les rencontres qu’ils font, ils découvrent l’Islam et sa spiritualité. On peut par exemple citer un étudiant à l’université du nom de @superkokeji sur instagram, qui après son voyage à Brunei Darussalam a été particulièrement touché par la fraternité, la bonté et l’accueil chaleureux des musulmans.

On peut retrouver l’ensemble de son témoignage sur cette vidéo sur la chaîne Takashii from Japan – What it’s like being Japanese-Muslim in Japan ? 

TAKASHii from Japan : https://youtu.be/2GwzziPKnXg?si=tW8uLo7a6yCB9CG3

“Il y avait des étudiants sur le campus qui venaient de Brunei, Indonésie, Malaisie ect. Je leur parlais souvent et je les écoutais parler d’Islam. J’ai visité une mosquée et les Sri-Lankais m’ont dit tout ce dont l’Islam était à propos. J’ai continué à faire ça pendant un an et demi tout en étudiant et réfléchissant profondément à tout ce que je venais d’apprendre. Je savais que je voulais finir par me convertir, ce que j’ai fini par faire”

3. Mosquées japonaises : un lieu d’apprentissage

  • La mosquée Tokyo Camii 

L’échange et le partage sont les meilleurs moyens d’initier les individus à un à un premier pas vers la religion, à travers le comportement de la population, leur sensibilité et leur accueil. C’est l’objectif premier de la plus grande mosquée au Japon, dans le quartier de Shibuya: la mosquée Tokyo Camii. Elle a été érigée en 1938 par des Tatares qui s’étaient réfugiés dans l’Archipel après la révolution russe en 1917.

Construite selon l’architecture ottomane, elle insuffle une nouvelle vie à la ville avec son minaret et son dôme, ses œuvres artistiques, ses prières et ses événements… De plus , le sermon du vendredi est donné en trois langues: turc, anglais et japonais symbolisant ainsi l’ouverture et l’accueil de la mosquée envers une communauté multiculturelle.

En vertu du nom de la mosquée , “Camii” signifiant “lieu de rassemblement et de socialisation”  , Nurullah Ayaz, l’imam de la mosquée Tokyo Camii, dit qu’il aimerait que davantage de Japonais viennent visiter la mosquée, en toute simplicité. Tout le monde est le bienvenu pour discuter, échanger et partager ses idées, le tout dans la bienveillance. En cela, elle constitue un centre culturel important. En effet , on y trouve des cérémonies de mariages , des conférences portant sur l’Islam comme sur la culture japonaise , des projections de film ou encore la lecture de livres classiques du patrimoine islamique.

Voici quelques témoignages de japonais ayant visité cette mosquée : 

  • Okabe Yoshiko, japonaise, aromathérapeuthe : 

“Le Japon d’aujourd’hui est coupé du cosmos et c’est quelque chose qui me préoccupe. Mais il suffit d’entrer dans un endroit sacré comme une mosquée, pour que l’esprit s’apaise. Le cœur (kokoro) devient paisible et il est connecté au cosmos.”

  • Ou encore un témoignage de plusieurs étudiants japonais  : 

« L’Islam est une religion où Dieu n’a pas de forme et où il n’existe pas d’images, contrairement au bouddhisme qui propose toutes sortes de représentations du Bouddha comme celles que l’on voit dans les temples japonais »  “L’Islam est une religion où l’homme dialogue directement avec Dieu. C’est une des choses qui m’a le plus impressionnée au cours de notre visite.”

  • Japan Da’wah Center

“Ces mosquées ne sont considérées que comme des centres de culte pour les étrangers musulmans. Nous voulons changer cette norme en créant une mosquée imprégnée de l’architecture et de la culture japonaises, car ce sera la première au Japon. Nous souhaitons également créer davantage d’opportunités pour que les Japonais participent plus activement aux activités de la mosquée.”

(extrait du site de la mosquée)

On trouve donc également le Japan Da’wah Center à Osaka dans lequel les japonais se convertissent à l’Islam. On y trouve un espace de prière, une pièce dédiée à la Da’wah, une libraire ou encore une cafétéria et des commerces Halal. Ce centre vise particulièrement les nouveaux musulmans japonais ; au fil du temps, il leur est difficile de conserver leur pratique de l’islam, notamment pour les femmes japonaises. Ainsi, ce centre les incite à occuper des rôles importants au sein des mosquées

Musulmans au centre Dawah center – source launch good

En effet, les jeunes convertis peuvent parfois se sentir éloignés de l’Islam en raison de l’omniprésence de la culture japonaise au travail, à l’école ou encore à la maison. De plus, ils font face à une pression sociétale concernant leur religion. Certains rapportent subir du harcèlement, tandis que d’autres sont rejetés par leurs familles ou même perdent leur emploi. Cette situation est d’autant plus marquante si l’on considère le contexte précédemment décrit de la société japonaise. Finalement, afin de déconstruire les idées réçues sur l’Islam, ce centre invite les individus curieux à partager un petit moment afin de découvrir l’Islam, ses valeurs et ses rites. 

Le Kaizen : un pont entre l’Islam et la sagesse japonaise

Le terme “Kaizen” est d’origine japonaise et désigne l’amélioration continue. Bien qu’il soit utilisé plutôt en entreprise pour améliorer la productivité au travail, il est important de revenir à son sens originel. En fait, cette démarche repose sur des petites améliorations faites au quotidien.

En cela, il s’inscrit parfaitement dans la tradition prophétique suivante : 

“[…] Ô vous les gens ! Vous devez pratiquer comme acte ce dont vous êtes capables (1) car certes Allah ne se lasse pas (2) tant que vous ne vous lassez pas et certes les actes les plus aimés par Allah sont ceux qui sont fait avec assiduité même s’ils sont peu nombreux  [..]” 

  1.  Les actes que vous pouvez faire avec assiduité.
  2. Il ne cesse de vous récompenser.

L’aspiration au Kaizen désigne donc un état d’esprit dans lequel le musulman aspire sans cesse à se rapprocher d’Allah par le biais des actes d’adorations. En effet, le musulman doit être vigilant quant au fait de préserver une constance et une droiture quant à son cheminement vers Allah.

Conclusion: Japon et Islam, quel avenir ?

Même si les conversions sont en hausse dans le pays, il faut garder à l’esprit que la majorité des musulmans japonais sont issus de l’immigration. On estime que parmi les 250 000 musulmans au Japon, il y a environ 50 000 japonais musulmans. Par ailleurs, on estime que le nombre de conversions au Japan Dawah Center s’élève seulement à 75 musulmans japonais. On comprend donc que la croissance de l’Islam est assez lente en réalité. De plus, il est crucial de ne pas surestimer le nombre de conversions à l’Islam en prenant en compte une distinction au sein de la nouvelle génération de musulmans japonais. Il convient ainsi de différencier les Japonais qui se convertissent à l’Islam de ceux qui sont nés dans une famille musulmane. En faisant cette distinction, on constate que seulement 10 % sont des Japonais convertis, ce qui permet d’avoir une vision plus précise de la composition de la communauté musulmane au Japon.

En fait, il faut comprendre que l’histoire reliant l’Islam au Japon ne date que d’environ 150 ans comme nous avons pu le voir dans la première partie.  En regardant dans l’histoire islamique, on s’aperçoit que l’Islam a  eu besoin d’au moins 400 ans avant que l’Islam y soit largement diffusé. 

Néanmoins, il faut garder à l’esprit que le Japon se trouve dans une phase d’identification et de traduction. La première phase, celle de l’identification, concerne la génération de personnes qui embrassent l’islam et acquièrent une identité musulmane. Ces personnes peuvent pratiquer l’islam, mais n’ont pas de connaissances approfondies des classiques islamiques, de la grammaire arabe classique, du fiqh, du tasawwuf, etc.  Les japonais musulmans mettent du temps à s’imprégner de cette identité: il est nécessaire de comprendre en profondeur les concepts des ad’iya (invocations), adhkars (évocations), Salat, Zakat.

Afin d’intégrer pleinement les enseignements de l’Islam, il est nécessaire de rompre avec certaines caractéristiques de la société japonaise, qui prône l’individualisme et qui souvent manque de pardon et de solidarité. En effet, l’Islam accorde une place fondamentale à la générosité, aux liens familiaux et à la spiritualité. En revanche, il faut souligner quelques aspects tout aussi intéressant de la société japonaise, avec aussi des trésors de sagesse qui pourraient tout à fait résonner avec l’Islam. Un thème à développer dans un prochain article pourquoi pas ! 

Quant à l’étape de la traduction, les prédicateurs japonais les plus reconnus tentent de traduire les ouvrages islamiques les plus classiques afin de véhiculer le patrimoine islamique. On note par exemple plusieurs traductions du Coran, un tafsir (Tafsir Al-Jalalayn) traduit par une femme musulmane japonaise (1), des livres concernant la spiritualité comme Futuwah: Traité de chevalerie soufie, Condensé de la Revivification de l’Imam Al Ghazali, What is Tasawwuf : The Way of Practice in Islam. En revanche, les livres traduits concernant l‘Aqida (la croyance) sont encore assez simplistes. 

(1) https://traversingtradition.com/2022/10/05/khawla-nakata-kaori-the-first-japanese-female-muslim-scholar/

En conclusion, on comprend qu’il y a tout de même une croissance de conversions à l’Islam. Un élément fondamental et le point commun de ces conversions est la rencontre avec l’autre. Que ce soit à travers un voyage, un lieu, une rencontre virtuelle, le premier contact avec l’Islam se fait à la suite d’une rencontre avec une personne. Ainsi, il est bon de rappeler que nous sommes tous des messagers de notre religion, et que notre comportement influencera l’image que les personnes auront de la foi, de la pratique et de l’Islam. D’où l’importance de veiller à son bon comportement ; d’être agréable, souriant, et apaisé.  

Pour finir, voici une citation de l’imam Al Ghazali résumant parfaitement cette idée : 

« Certains musulmans font une mauvaise exposition de leur religion, si bien qu’ils la rendent repoussante, puis ils blâment les gens qui n’en veulent pas (…)” 

Imam Al Ghazali

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