بسم الله الرحمن الرحيم
L’imam Ibn Al Qayyim (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit :
“La prière de la nuit fait partie des causes les plus profitables pour la préservation de la santé et cela écarte le plus de beaucoup de maladies incurables et cela fait partie des actes les plus énergisants pour le corps, l’âme et le cœur"
Nous vivons une époque à laquelle le temps semble nous passer entre les doigts. Nous sommes constamment en mouvement, happés par les milles et une tâches que nous entreprenons et détournés par ce qui nous entoure. Il devient alors presque impossible de pouvoir “saisir” le temps qui passe, altérer notre routine pour pouvoir en retirer un peu plus. Les jours se répètent et les projets de changement ne semblent jamais réellement amorcés.
En tant que musulmans, trouver plus de temps à consacrer à l’étude notre religion, à la recherche de la connaissance ou même à l’accomplissement d’actions pour nous rapprocher d’Allah n’est pas toujours évident.
En tant qu’étudiant, nous vivons au carrefour des examens et partiels en espérant faire plus, faire mieux. Ce mois béni de Ramadan est le moment de faire preuve de façon générale de plus de discipline. En effet, jeûner, prier à l’heure, se lever pour suhur, prier tarawih, délaisser les péchés – tout cela requiert de la discipline et le but est d’augmenter notre taqwa et de rechercher l’agrément divin. À l’arrivée de ce mois, nous sommes nombreux à nous fixer de nouveaux objectifs à atteindre, il est plus facile de se réformer et d’œuvrer plus et mieux pendant le mois de Ramadan.
Une des adorations les plus méritoires constitue la prière de nuit. Plusieurs termes sont utilisés lorsque l’on fait référence à cette dernière, parmi ceux-là : tarawih, tahajjud, qiyam-al-layl… Le terme qiyam-al-layl renvoie globalement à la prière de nuit et veut littéralement dire “se tenir (debout) la nuit”. Elle peut être faite après ‘isha jusqu’à fajr. Les autres termes cités renvoient plus spécifiquement à différents “types” de prières de nuit. Tarawih correspond aux prières surérogatoires durant les nuits du Ramadan après ‘Isha. Tahajjud renvoie aux unités de prières surérogatoires faites après s’être endormi et s’être levé avant fajr (notamment durant le dernier tiers de la nuit). Le mois de Ramadan nous est venu et un peu partout les musulmans s’engagent dans la prière de tarawih après ‘Isha. Il devient alors, le temps d’un mois, plus commun pour les musulmans d’accomplir des prières surérogatoires après la prière du ‘isha. Or la prière de nuit peut aussi devenir un acte d’adoration dans lequel on s’engagerait en dehors du Ramadan. Il se pourrait même que cela devienne une habitude tant les bienfaits qui en découleront nous sembleront chers.
Une pratique prophétique qui est aussi celle des pieux et des croyants vertueux
La prière de nuit est une pratique prophétique. En effet, plusieurs narrations nous décrivent que le Prophète Muhammad (ﷺ) s’engageait régulièrement à prier la nuit pour plaire à Allah. Le prophète (ﷺ) a dit :
« Ô les gens, répandez la salutation (de l’Islam), nourrissez les nécessiteux et respectez les liens de parenté et priez la nuit, alors que les gens sont endormis, vous entrerez au Paradis en paix »
Rapporté par Ahmed et At-Tirmidhi et Authentifié par Al-Albani

Le prophète priait de longues heures de la nuit et, en une occasion particulière le Compagnon Al-Mughirah bin Shu’bah avait vu le Prophète (ﷺ) se tenir (dans la prière la nuit) jusqu’à ce que ses pieds ne gonflent. Il dit alors : “Allah a pardonné tes péchés passés et futurs”. Le Prophète (ﷺ) répondit alors :
“ أَفَلاَ أَكُونُ عَبْدًا شَكُورًا ”
“Ne devrais-je pas être un serviteur reconnaissant ? 1
D’une manière similaire, la nuit avant la bataille de Badr, ‘Ali (qu’Allah l’agrée) raconte qu’il ne pouvais voir aucun d’entre eux qui ne dormait pas, à part le Messager d’Allah (ﷺ) qui resta à prier sous un arbre et à pleurer jusqu’au matin. Le Prophète connaissait la force de la prière de nuit et implora l’aide et le secours d’Allah à travers cela. Les deux exemples que je viens de rapporter vous sont déjà peut-être connus ou familiers. Si ce n’est pas le cas, vous vous dites peut-être que cela n’est pas surprenant venant du Messager d’Allah, car comme l’a dit Aïsha (qu’Allah l’agrée), “le comportement du Prophète (ﷺ) était le Qur’an”.
Mais au-delà de l’exemple du prophète, on sait que prier la nuit était aussi l’habitude de ses Compagnons. Après tout, il s’agit de la meilleure des générations, et le fait qu’ils, eux aussi, priaient la nuit n’est pas anodin.
En voici deux exemples :
Abu Sa’id al-Khudri a raconté que Usaid b. Hudayr priait une nuit et récitait le Qur’an dans son enclos, puis son cheval se mit à sauter. Il a de nouveau récité et son cheval a encore sauté. Il a de nouveau récité et il a sauté une nouvelle fois. Usaid a eu peur qu’il ne piétine son fils Yahya. Il se tenait donc près de son cheval et a alors vu comme une verrière au-dessus de sa tête avec ce qui semblait être des lampes dedans, se levant dans le ciel jusqu’à ce qu’elle ne disparaisse. Il se rendit auprès du Messager d’Allah (ﷺ) le lendemain et dit : “Messager d’Allah, j’ai récité le Qur’an pendant la nuit (en prière) dans mon enclos et mon cheval a commencé à sauter”. Sur cela le Messager d’Allah (ﷺ) a dit : “Tu aurais dû continuer à réciter, Ibn Hudayr”. Ibn Hudayr a dit : “J’ai récité, il a sauté (comme avant)”. Sur cela, le Messager d’Allah (ﷺ) dit encore : “Tu aurais dû continuer à réciter, Ibn Hudayr”. Ibn Hudayr a dit une nouvelle fois : “J’ai récité et il a de nouveau sauté (comme avant)”. Le Messager d’Allah (ﷺ) a encore dit : “tu aurais dû continuer à réciter, Ibu Hudayr”. Ibn Hudayr a ensuite dit : “J’ai fini (la récitation) car Yahya était proche du cheval et j’ai eu peur qu’il ne le piétine. J’ai vu quelque chose comme une verrière avec ce qui semblait être des lampes se levant dans le ciel jusqu’à ce qu’elles aient disparues”. Sur cela le Messager d’Allah (ﷺ) a dit :
“Ce sont les anges qui t’ont écouté, et si tu avais continué à réciter, les gens les auraient vus le matin et ils ne se seraient pas cachés d’eux”.
Il y aussi l’exemple de Tamîm b. Aws qui était un Compagnon converti du christianisme. Il est venu à Médine en l’an 9 après la hijrah. Tamim était un homme qui était connu pour son adoration et lisait régulièrement le Qur’an en sept nuits dans son entièreté. Il priait aussi de longues heures la nuit. Une fois, il dormit toute la nuit et manqua la prière nocturne, puis, en guise de repentance, il pria toute la nuit de chaque nuit pendant une année entière. Cette histoire est incroyable car elle montre l’attachement qu’avaient les compagnons du Prophète à la prière de nuit. Ils savaient les bienfaits qu’elle avait à offrir, ne voulaient pas s’en priver et culpabilisaient à l’idée d’en manquer l’opportunité.
La prière de nuit était si appréciable et précieuse pour nos pieux prédécesseurs. Je vous partage deux des paroles pleines de sagesses, qu’ils ont prononcées à propose de la prière de nuit :
Thabit Al Bunani a dit :
« Je ne trouve rien de plus déléctable que la prière de nuit »2
Abu Sulaman a dit :
» Les adeptes de la prière de nuit éprouvent dans la prière, plus de délectations que les adeptes des passions, en leurs passions ; et si ce n’était pour la prière de nuit, je n’aurais pas aimer demeurer en ce bas monde. »3
La prière nocturne était aussi plus que commune chez les générations qui suivirent. Par exemple, il était dit de l’imam As-Shaf’i (qu’Allah lui fasse miséricorde) qu’il dormait un tiers de la nuit, s’instruisait un autre tiers et priait le tiers restant.
Ce qui est intéressant c’est que pour beaucoup, ne serait-ce que l’idée de ne pas adorer leur Seigneur la nuit était insupportable. Il est dit de Tawus, un homme de la génération des Tabi’in, que lorsqu’il s’allongeait dans son lit, il s’agitait comme un grain dans une poêle, puis il se levait et priait jusqu’au matin. Il disait : » Le rappel de l’Enfer a fait voler en éclat le sommeil des adorateurs « 4. Dans la même lignée que cette petite anecdote, Ad-Dahhak a dit : » J’ai connu des gens qui étaient gênés devant Allah de s’être trop assoupis au début de la nuit « 5.
As-Sajdah – versets 15-17 🌙
إِنَّمَا يُؤۡمِنُ بِـَٔايَٰتِنَا ٱلَّذِينَ إِذَا ذُكِّرُواْ بِهَا خَرُّواْ سُجَّدًا وَسَبَّحُواْ بِحَمۡدِ رَبِّهِمۡ وَهُمۡ لَا يَسۡتَكۡبِرُونَ۩6
Seuls croient en Nos versets ceux qui, lorsqu’on les leur rappelle, tombent prosternés et, par des louanges à leur Seigneur, célèbrent Sa gloire et ne s’enflent pas d’orgueil
تَتَجَافَىٰ جُنُوبُهُمۡ عَنِ ٱلۡمَضَاجِعِ يَدۡعُونَ رَبَّهُمۡ خَوۡفًا وَطَمَعًا وَمِمَّا رَزَقۡنَٰهُمۡ يُنفِقُونَ
Ils s’arrachent de leurs lits pour invoquer leur Seigneur, par crainte et espoir; et ils font largesse de ce que Nous leur attribuons
فَلَا تَعۡلَمُ نَفۡسٌ مَّآ أُخۡفِىَ لَهُم مِّن قُرَّةِ أَعۡيُنٍ جَزَآءًۢ بِمَا كَانُواْ يَعۡمَلُونَ
Aucun être ne sait ce qu’on a réservé pour eux comme réjouissance pour les yeux,
Une habitude que l’on gagnerait à adopter
Si l’on revenait dans notre contexte à nous et que nous réfléchissions à la prière de nuit et son application dans notre Oumma alors un constat simple pourrait être fait : les habitudes sont bien différentes. Nombreux sont ceux qui ont du mal à se lever pour fajr ou même à effectuer les prières de la journée en leur temps et avec concentration, alors pourquoi même songer à prier la nuit. Voilà ce que l’on pourrait être amener à penser. Or si je vous disais que les deux ne sont pas antagoniste, seriez-vous surpris ?
Bien qu’il soit difficile et éprouvant de se lever la nuit et prier, les bénéfices retirés nous sont garantis et faciles à observer. En effet, pour rejoindre ce qui était dit dans l’article sur les bienfaits du matin, lorsque l’on se lève tôt et qu’on profite des premiers moments du matin, on se sent mieux et un en retire souvent un grand sens d’accomplissement qui nous motive tout au long de la journée. ‘Uthman Ibn ‘Ata Al Kurasani a dit :
« On disait que la prière de nuit était la source de vie du corps , la lumière du cœur, la clarté de la vue, et la force des membres. Si l’homme prie la nuit, il se lève joyeux et ressent la joie en son cœur, alors que s’il dort sans réciter sa partie quotidienne, il se lève triste, le cœur brisé, comme s’il avait perdu quelque chose, et il a certes perdu ce qui lui est le plus utile »7

En plus de se sens d’accomplissement et de cette joie qui est décrite, la prière de nuit est le meilleur moment pour se rapprocher d’Allah. Vous l’avez certainement vous même constaté, c’est la nuit que notre coeur est le plus honnête. Lorsqu’il est tard nos émotions sont plus présentes et on les laisse plus volontiers se faire savoir. Dans le calme de la nuit, on se retrouve alors seul(e) sur son tapis avec Allah. Les soucis auxquels on peut être confronté(e) lorsque l’on prie la journée comme le manque de temps, la sensation d’avoir mille choses à faire, le bruit ou les personnes qui nous entourent, ne sont plus réalité. C’est le moment de parler à Allah, de l’adorer, sans distraction, sans ostentation. On y retrouve alors un attachement à la prière qui était peut-être perdu ou jamais trouvé car on y retrouve l’essence même : le lien avec notre Seigneur, une connexion direct entre le Créateur des mondes et nous, sans rien tout autour.
Comme plusieurs hadiths le mentionnent, c’est dans le dernier tiers de la nuit, qu’Allah descends au dernier ciel et pardonne Ses serviteurs qui Lui demandent pardon. Al Hasan ibn Ziyad rapporte : « Al Fudayl Ibn Iyad me pris par la main et dit « Ô Hasan ! Allah descend au ciel de ce bas-monde et dit : Ment celui qui prétend M’aimer, mais dort lorsque la nuit le couvre ».
On se plaint souvent du manque de temps pour adorer Allah et de ne pas pouvoir faire plus quand nos journées sont déjà bien chargées. Or, il y a dans la nuit ou dans les premières du matin des moments précieux que nous pouvons utiliser pour nous rapprocher d’Allah et pour vivre notre foi pleinement. Bien sûr, il reste essentiel de garder un temps suffisant pour se reposer car Allah a aussi créer la nuit comme miséricorde pour que nous nous y reposions mais se lever ne serait-ce que 20 minutes avant fajr pour prier deux unités de prières, invoquer notre Seigneur ou lire de Qur’an ne pourrait que nous faire le plus grand bien. Il peut être effrayant ou démotivant de sacrifier de son sommeil mais cette parole d’Al Fudayl Ibn Iyad témoigne de la façon dont ce petit sacrifice est vite oublié et remplacé par une satisfaction bien particulière :
« Je commence la prière au début de la nuit, et sa longueur m’effraie, je débute alors la lecture du Qur’an et je parviens au matin sans avoir satisfait mon désir « .8
Profitons des derniers jours du ramadan, durant lequel nous nous levons pour suhur pour nous lever quelques minutes plus tôt et prier. Aussi, de notre jeunesse et de notre énergie pour prendre cette habitude, ne serait-ce qu’en commençant par le faire une fois de temps en temps.
Abu Ishaq a dit :
« Ô jeunes ! profitez de votre jeunesse ! Peu de nuits passent sans que je ne récite 1000 versets. »9
Aussi, prendre le temps pour ce moment peut être une façon de réduire le stress et l’anxiété auxquels nous faisons face car après ce temps d’adoration, nous ressortons « les pieds sur terre », plus conscients de la réalité de notre existence et de notre but final et donc plus résilient. Notre conscience de la présence divine et de la sagesse d’Allah dans le décret des moindres choses qui surviennent dans nos vies font sens à nouveau.
Une université américaine avait conduit une étude sur les effets de la méditation dans les temps qui précédent l’aube ou les premiers moments du matin, et avait conclu que pratiquer la méditation à ces moments avait des effets plus que bénéfiques sur la gestion du stress et l’anxiété. Je vous laisse vous demander quelles auraient été les conclusions d’une telle étude sur des croyants qui prient dans ces moments là.
Pour conclure je voulais partager avec vous une anecdote qui a beaucoup joué dans mon rapport à la prière de nuit et qui peut-être vous intéressera.
Un jour, ma famille était réunie pendant plusieurs jours alors que ma grand-mère était gravement malade. Nous faisions évidemment tous des du’a pour qu’Allah lui accorde la guérison. Puis je repensai à cette parole de l’imam Ash-Shafi’i :
« La du’a faite à Tahajjud est comme une flèche qui ne manque pas sa cible. »
Alors, je me rappelle avoir pensé : « là voilà notre solution ». La nuit venue, je mis mon réveil mais je ne parvenu pas à me lever. Alors toute la journée qui suivit, en plus de demander à Allah de guérir ma grand-mère, je lui demandais de me permettre de me réveiller la nuit suivante pour pouvoir prier et demander la guérison de ma grand-mère dans mon sujood. La nuit arriva et par la permission d’Allah, je pû me réveiller. J’ai alors fait quelques rakaats et prié pour que ma grand-mère se remette. Le lendemain, ma grand-mère allait beaucoup mieux alors que cela faisait des jours qu’elle souffrait. C’est là que j’ai compris que notre Seigneur avait placé, dans ces moments de la nuit, un bien précieux que l’on se doit d’user.
Qu’Allah nous compte parmi Ses serviteurs qui s’exhortent et sacrifient une portion de leur sommeil pour l’invoquer et prier . Qu’Allah nous compte parmi ceux dont Il est satisfait et nous facilite la prière de nuit.
Anonyme

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