Paroles de convertis – Partie 1 đŸŽ™

Un tĂ©moignage de plusieurs ademiens, qui se confient sur leur conversion et leur expĂ©rience du Ramadan. Cheminement spirituel, rĂ©action de la famille, importance de l’entourage et notamment des amis, cette discussion nous fait dĂ©couvrir Ă  quel point le chemin vers l’Islam peut ĂȘtre plus ou moins compliquĂ©. Tous trois ont une expĂ©rience diffĂ©rente, ce qui reflĂšte ainsi la diversitĂ© des parcours des personnes convertis. Merci Ă  eux pour leur tĂ©moignage !

Ghizlaine :  Salam ! Alors on va commencer ! Est-ce que chacun peut se prĂ©senter, dire son niveau dans les Ă©tudes et depuis quand vous ĂȘtes musulmans, et donc que vous vous ĂȘtes convertis ? 

Enzo : Salam, du coup, moi c’est Enzo, je suis en deuxiĂšme annĂ©e de licence MIDO et je suis converti depuis le ramadan de terminale, du coup, pas le ramadan d’avant, mais encore celui d’avant. Et puis, ça se passe bien dans ma vie [rires]

B* : Salam, moi je suis Ă©tudiant en 3Ăšme annĂ©e Ă  l’universitĂ© Paris Dauphine et je suis converti depuis environ un peu moins de deux ans.

A* : Salam, et moi je suis donc aussi Ă©tudiante Ă  l’universitĂ© Paris Dauphine et je me suis convertie la premiĂšre annĂ©e oĂč je suis arrivĂ©e Ă  Dauphine, juste en arrivant. Je crois que c’Ă©tait vraiment la premiĂšre semaine oĂč je suis arrivĂ©e Ă  l’universitĂ©. Je m’y intĂ©ressais dĂ©jĂ  depuis quelques mois. 

Ghizlaine : Avant de parler vraiment du Ramadan, est-ce que vous pourriez en dire un petit peu plus par rapport Ă  votre conversion ? Les obstacles que vous avez pu rencontrer et la rĂ©action de votre famille notamment. 

Enzo : Du coup, mon pĂšre, il est musulman, mais pas trĂšs pratiquant du tout. Ça a plus Ă©tĂ© avec mes amis grĂące Ă  qui je me suis rapprochĂ© de la religion. Avec des frĂšres, je commençais Ă  aller Ă  la mosquĂ©e pendant le ramadan, tout ça, faire tarawih. Pour expliquer comment ça s’est passĂ©, j’étais invitĂ© Ă  manger pour le ftour chez mon meilleur pote. Une fois qu’on avait fini de manger, il m’a proposĂ© qu’on aille Ă  la mosquĂ©e; j’y suis donc allĂ© avec lui. La premiĂšre fois, on a juste priĂ© les 2 rakats surĂ©rogatoires en arrivant et on est parti. C’était pendant la fin du mois et ils parlaient de plein de projets Ă  la mosquĂ©e, et ils n’ont commencĂ© Ă  prier que trĂšs tard. Puis, mon ami m’a dit qu’on y retournerait, et donc c’est ce qu’on a fait quelques jours plus tard et on a pu faire tarawih en entier. A la base, avant, je faisais juste quelques jours de jeĂ»ne comme ça, histoire un peu de ressembler aux autres. Dans la mĂȘme idĂ©e, j’avais arrĂȘtĂ© de manger du porc depuis longtemps. Mais aprĂšs, je me suis dit que ça n’avait pas de sens. Du coup, j’ai voulu mettre du sens. Et j’ai trouvĂ© du sens. 

B* : Mes parents ne sont pas musulmans mais mon petit frĂšre l’est. À la maison, ça se passe assez normalement. Ma relation avec l’Islam s’est faite au dĂ©but du lycĂ©e car j’ai toujours eu beaucoup d’amis musulmans et j’étais en quĂȘte de recherche spirituelle. Je me suis toujours posĂ© les questions comme “que y-a-t-il aprĂšs la mort” etc. J’ai donc cherchĂ© Ă  me renseigner sur l’Islam en regardant beaucoup de reportages et des livres. AprĂšs quelque temps je me suis rendu compte que c’était la religion de vĂ©ritĂ©.

Ghizlaine : Mais du coup, c’est ton petit frĂšre qui t’a poussĂ© Ă  te convertir ? Il y a combien de temps ? Et le cheminement de sa conversion Ă©tait similaire Ă  la tienne? 

B* : Non pas du tout, il s’est converti avant moi et Ă  vrai dire, je l’ai appris bien aprĂšs, aprĂšs avoir eu une discussion avec lui il y a Ă  peine 1 an. 

A* : De mon cĂŽtĂ©, c’est vraiment pendant le premier confinement oĂč j’ai eu le temps de rĂ©flĂ©chir. Et je pense que c’est aussi une question que j’avais jamais forcĂ©ment osĂ© me poser parce que je savais qu’au niveau de ma famille, ça allait ĂȘtre trĂšs compliquĂ©. Je connaissais trĂšs bien l’avis de mes parents lĂ -dessus. Sauf que, pour diverses raisons, comme mes voyages, mon entourage familial ou amical, l’islam m’a interpellĂ©. Par exemple, quand j’Ă©tais en voyage dans des pays musulmans, et que la nuit, je me rĂ©veillais et j’entendais l’appel Ă  la priĂšre, et que je voyais autant de gens qui allaient prier si tĂŽt, ça m’a fait me poser des questions. Tu te dis, qu’est-ce qui est assez fort pour faire se lever des gens Ă  4 heures du matin, pour se dĂ©placer et pour aller prier ? Et donc arrivĂ© au premier confinement, je me suis posĂ©e toutes ces questions-lĂ , ça a durĂ© et vient le moment oĂč je me disais quand mĂȘme que j’Ă©tais assez sĂ»re de moi. Ce qui m’a aussi aidĂ©, c’est d’arriver Ă  Dauphine, du sens oĂč j’ai dĂ©mĂ©nagĂ©, c’est-Ă -dire habitĂ© seule et donc une pression familiale en moins. Il y avait aussi le fait d’ĂȘtre libre, de choisir la maniĂšre dont tu te prĂ©sentes, de te prĂ©senter directement comme musulmane et de ne pas avoir Ă  rester collĂ© Ă  l’image que mon entourage d’avant avait, de ne pas devoir justifier mon choix continuellement.    

Ghizlaine : Et du coup, comment a rĂ©agi ton entourage ? Tes amis, ta famille ? 

A* : J’ai l’impression que les gens, soit ils le savent dĂšs le dĂ©part, soit ils ne le savent “jamais” ou alors  tard. Je pense que j’ai des amis proches Ă  moi qui me connaissaient avant que je sois convertie et qui me connaissent maintenant et avec qui on parle trĂšs couramment, et qui pensent que j’ai toujours Ă©tĂ© musulmane. Je pense que c’est dĂ» aussi au fait qu’avant, quand on Ă©tait ensemble, quand on se connaissait au collĂšge ou au lycĂ©e, on Ă©tait jeunes, t’es moins “investi” dans la religion, du moins c’est moins visible qu’en grandissant. 

Ghizlaine : Et du coup, comment as-tu pu acquĂ©rir de nouvelles connaissances sur la religion ? 

A* : Au tout dĂ©but, quand je n’étais pas encore convertie, je me renseignais un peu seule. J’avais des amis musulmans proches mais je ne leur demandais pas parce que je n’avais pas envie d’avoir un biais. Je ne voulais pas me sentir engagĂ©e vis-Ă -vis de quelqu’un, avoir peur de dĂ©cevoir la personne si je ne me convertissais pas, ou de me convertir pour les autres et donc pas pour les bonnes raisons. Puis, j’ai Ă©tĂ© amenĂ©e Ă  reparler Ă  une fille que je connaissais d’il y a un peu longtemps. Elle m’avait parlĂ© de son envie de se voiler et donc j’en ai profitĂ© pour lui poser des questions sur la religion parce que je savais que ça ne m’engageait Ă  rien vis-Ă -vis d’elle. Donc c’est par cette personne lĂ  que je suis passĂ©e en premier lieu, aprĂšs j’ai aussi continuĂ© mes recherches de mon cĂŽtĂ©. ForcĂ©ment au dĂ©but, c’est des recherches trĂšs larges, ce n’est pas forcĂ©ment les bonnes sources, tu prends un peu ce que tu as. Ce qui m’intĂ©ressait de base c’Ă©tait vraiment le cĂŽtĂ© historique, comment est arrivĂ© l’Islam, quand, pourquoi, qui Ă©tait le ProphĂšte etc. Une fois que j’avais un peu plus de connaissances sur le contexte, j’en ai parlĂ© Ă  une ou deux autres personnes que je connaissais un peu plus, qui m’ont transmis des sources et m’ont un peu aiguillĂ©. C’est vrai que je ne savais pas trop Ă  qui me tourner Ă  ce moment-lĂ . 

Puis, bien que j’avais quand mĂȘme des amis musulmans, on Ă©tait encore un peu jeunes et je ne m’en rendais pas compte avant d’ĂȘtre convertie, mais il y a des personnes qui Ă©taient musulmanes – c’est pas mĂ©chant ce que je veux dire – mais dans leur maniĂšre d’ĂȘtre je ne l’aurais pas devinĂ©. Je le savais parce qu’on se parle et qu’on va dire qu’ils font le ramadan.  Mais c’est une fois convertie que je me suis fait la remarque que vu la place que prend l’Islam dans une vie, c’était Ă©tonnant que je n’en ai pas plus que ça perçu la manifestation dans leur maniĂšre de vivre/de se comporter.  

Ghizlaine : Donc lĂ , en cette pĂ©riode de Ramadan, comment faites-vous pour profiter de ce mois ? Sachant que dans votre famille, vous n’ĂȘtes pas entourĂ© de personnes musulmanes. Je ne sais pas si vous arrivez quand mĂȘme Ă  profiter un peu de ce mois ou comment vous le vivez Ă  la maison ? MĂȘme le soir, vous mangez seul ou vous ĂȘtes ensemble ?

Enzo : Le matin, du coup, mon pĂšre est en tĂ©lĂ©travail. Donc  quand je vais manger, il est lĂ , sur son ordinateur. Et puis aprĂšs, sinon, comment je le vis ? Moi, je vais beaucoup Ă  la mosquĂ©e avec un autre frĂšre Ă  moi. Avec lui, j’ai commencĂ© Ă  y aller justement. Du coup, les soirs, j’essaie d’y aller le plus souvent.

B* : L’heure de coupure du jeĂ»ne arrive souvent vers 19/20h donc je coupe souvent avec ma famille ou tout seul sinon. Le matin, je me rĂ©veille avec mon frĂšre et on mange tranquillement. Sinon, j’ai des amis proches Ă  moi, on essaye d’aller Ă  la mosquĂ©e le plus souvent possible pour faire tarawih le soir.

Enzo : Et sinon par rapport Ă  la rĂ©action de ma famille proche, genre, ça va. Ils ont Ă©tĂ© trĂšs comprĂ©hensibles. AprĂšs, il y a plus genre certaines choses de la religion oĂč je cache un peu avec la famille plus Ă©loignĂ©e, genre les grands-parents, tout ça. La priĂšre par exemple. 

A*: Personnellement, je ne sais pas si ma famille est au courant que c’est le ramadan en ce moment, ou en tout cas on n’en parle pas. Pendant ce mois je ne vais pas trĂšs souvent chez mes parents parce que je me sens quand mĂȘme moins libre dans ma pratique quand j’y suis. Ca peut aussi ĂȘtre compliquĂ© pour mon entourage qui n’est pas encore au courant. Par exemple, pour l’anecdote, ma grand-mĂšre qui ne sait mĂȘme pas que je suis musulmane fĂȘte son anniversaire au restaurant ce week-end. Je suis trĂšs proche d’elle, elle est ĂągĂ©e et je ne lui ai jamais dit que j’étais musulmane et que je jeĂ»ne, de peur de crĂ©er des tensions inutiles. J’ai paniquĂ© et j’ai acceptĂ© l’invitation, je n’ai pas encore dĂ©terminĂ© comment j’allais gĂ©rer la situation ahahah. C’est des situations qui peuvent ĂȘtre compliquĂ©es, quand on jeĂ»ne mais qu’une partie de notre cercle proche n’est pas au courant. Mais sinon, de mon cĂŽtĂ© j’ai pas de problĂšmes Ă  passer le Ramadan “seule”, ça ne me dĂ©range pas du tout en gĂ©nĂ©ral. Puis, ça dĂ©pend des annĂ©es, mais je vois aussi souvent des amies pour rompre le jeĂ»ne ou aller Ă  la mosquĂ©e. Donc franchement al hamdoulillah pour tout ! 

Ghizlaine : Est-ce que vous avez un meilleur ramadan ? Ou pouvez-vous raconter votre premier ramadan ? 

Enzo : Moi, personnellement, c’est le premier. Parce que c’est pendant ce ramadan-lĂ  que je me suis converti. ForcĂ©ment, ça a Ă©tĂ© marquant. Et je pense que c’est suffisant que ça soit marquant. A ce moment-lĂ , j’avais dĂ©jĂ  appris Ă  prier et j’étais presque convaincu de devenir musulman. Il ne me restait qu’à prononcer la chahada. Avant ce ramadan, j’ai eu une pĂ©riode oĂč j’écoutais beaucoup de Coran, et ça m’apaisait Ă©normĂ©ment. Alors venir en Ă©couter en « live Â» Ă  la mosquĂ©e, c’était juste incroyable. Pendant ces nuits, c’était les premiĂšres fois oĂč j’allais Ă  la mosquĂ©e, et j’avais des a priori. J’avais peur d’ĂȘtre rejetĂ© parce que je n’avais pas une « tĂȘte de musulman Â», mais ça a Ă©tĂ© tout le contraire. Toutes les personnes avec lesquelles je croisais le regard me souriaient.  Voir toutes ces personnes rĂ©unies pour l’adoration d’Allah (sans aucune distinction entre chacun) m’a vraiment fait comprendre que c’était lĂ  ma place.

B*: Moi, pareil. Le premier ramadan, c’Ă©tait marquant car je m’étais converti dans mes souvenirs un peu avant ce ramadan. C’était la premiĂšre fois que je jeĂ»nais aussi longtemps d’affilĂ©e. Je crois que c’Ă©tait lĂ  que j’avais commencĂ© Ă  apprĂ©hender tout ça, les rĂšgles du jeĂ»ne mais aussi c’était le moment oĂč j’ai commencĂ© Ă  apprendre Ă  prier. C’était vraiment un mois oĂč je me sentais proche d’Allah car j’ai appris mes premiĂšres sourates, mais aussi d’aller Ă  la mosquĂ©e. Tu te rends compte que tout le monde est poussĂ© par sa foi pendant ce mois, avec une ambiance trĂšs particuliĂšre. C’est grĂące Ă  ce ramadan que j’ai rĂ©ussi Ă  me rendre compte de l’importance d’adorer Allah assidĂ»ment.

A*: Moi, mon premier ramadan Ă©tait assez particulier. J’Ă©tais en pĂ©riode d’examen comme tout le monde Ă  Dauphine ahah et j’ai eu le covid le premier jour. A l’Ă©poque c’Ă©tait un peu le dĂ©but, c’Ă©tait la consigne 10 jours ou 2 semaines d’isolement donc finalement quasiment la moitiĂ© du ramadan je l’ai passĂ© confinĂ©e. Mais al hamdoullilah j’étais quand mĂȘme entourĂ©e et je parlais Ă  d’autres personnes. Et la 3Ăšme semaine, j’ai pu la passer chez une amie. Donc bien sĂ»r j’en ai un bon souvenir et le premier ramadan est toujours spĂ©cial, mais ce n’est pas celui qui m’a marquĂ© le plus.  Il y a un peu cette Ă©motion particuliĂšre chaque annĂ©e et je pense pas qu’elle soit plus forte pendant le premier ramadan, mais plutĂŽt qu’elles sont diffĂ©rentes chaque annĂ©e. Parce que le premier ramadan c’est Ă©mouvant, mais d’un cĂŽtĂ©, c’est ton premier donc tu es un peu en mode ok. VoilĂ  tu apprends, tu saisis pas forcĂ©ment aussi tous les bienfaits et Ă  quel point ce mois est bĂ©ni.  Tu ne te rends pas compte de l’ “ampleur” de ce mois alors que les autres annĂ©es du coup t’es moins dans la dĂ©couverte. Plus les annĂ©es passent, plus tu te rends compte Ă  quel point il est important et tu le vis de maniĂšre peut-ĂȘtre plus intense. Donc je dirais que ce n’est pas une Ă©motion plus forte mais diffĂ©rente.

Ghizlaine : Et du coup pour toi, quel a Ă©tĂ© ton meilleur ramadan ? 

A* : Je pense que c’est le 2Ăšme, dĂ» moins c’était le plus marquant . Cette annĂ©e-lĂ  j’avais intĂ©grĂ© l’ADEM au 2Ăšme semestre donc quelques mois avant le ramadan. Ca m’a vraiment permis de rencontrer de trĂšs bonnes personnes, d’avoir un bon entourage musulman et de me “donner un cadre”. MĂȘme si je ne le passais pas en famille, je mangeais beaucoup avec d’autres personnes, on allait Ă  la mosquĂ©e etc. Parce que, hormis les convertis, beaucoup de personnes le passent seules pour diverses raisons. Ce ramadan il a marquĂ© une rĂ©elle diffĂ©rence avec le premier. Le premier, je jeĂ»nais, je priais, lisais le Coran etc. mais je n’ai pas ressenti cette “connexion spirituelle” que j’ai pu ressentir au deuxiĂšme. Je sais pas trop comment l’expliquer mais je sais pas, mon deuxiĂšme ramadan m’a Ă©mu. En fait, honnĂȘtement, chaque Ramadan a toujours ce truc spĂ©cial, mais diffĂ©remment. 

Ghizlaine : Et du coup, quelle a Ă©tĂ© la rĂ©action de ta famille pendant ton premier ramadan ? 

A* : À ce moment-lĂ , je ne parlais plus vraiment Ă  ma famille. Enfin si, je parlais Ă  ma mĂšre. Je n’ai pas prĂ©cisĂ©, mais je me suis convertie en septembre et mes parents l’ont appris en dĂ©cembre. Suite Ă  ça, avec mon pĂšre et ma sƓur, ça a Ă©tĂ© compliquĂ© pendant un temps. Ce qui fait qu’Ă  la pĂ©riode du ramadan, on recommençait Ă  avoir quelques contacts trĂšs lĂ©gers avec mon pĂšre, mais c’Ă©tait plus des contacts de nĂ©cessitĂ© pour des choses prĂ©cises. Globalement, on ne parlait pas de la religion et par exemple, je me rappelle que j’avais dĂ» “mentir” Ă  mes parents pour aller fĂȘter l’AĂŻd chez une copine, en disant que j’étais partie Ă  un anniversaire ou quelque chose du genre. J’Ă©tais assez reconnaissante de retrouver un contact avec ma famille un peu plus normal. Je le gardais pour moi et mĂȘme si ce n’est pas forcĂ©ment la bonne solution, je faisais en sorte qu’Ă  leurs yeux ma pratique soit la plus invisible possible. Mais n’habitant plus avec eux, ça n’était pas vraiment problĂ©matique au quotidien. 

Ghizlaine : Et est-ce que ta conversion a beaucoup changĂ© tes liens avec ta famille ? 

A* : Oui et non. Au moment oĂč ma famille l’a appris, oui, Ă©normĂ©ment. Nos relations ont changĂ© mais plus particuliĂšrement, leur vision de moi. C’est simple, tout le monde chez moi dĂ©teste la religion. Mes parents nous ont toujours Ă©levĂ© dans l’optique d’ĂȘtre trĂšs indĂ©pendants, autonomes, bien dans les Ă©tudes,… et surtout loin de la religion. Pour eux, ma conversion reprĂ©sentait tout l’inverse :  la rĂ©gression, la soumission, etc. Et je pense que leur rĂ©action a Ă©tĂ© Ă  la hauteur de leur choc. Je passe les dĂ©tails, mais leurs mots ont Ă©tĂ© assez forts et j’ai senti l’immense dĂ©ception dans leurs yeux, notamment ceux de mon pĂšre. Il a une idĂ©e trĂšs fermĂ©e sur la religion, particuliĂšrement l’Islam, due Ă  ses expĂ©riences personnelles assez fortes. Ça s’est passĂ© au dĂ©but de la pĂ©riode des rĂ©visions pour les partiels du S1. Ils m’ont mĂȘme interdit de retourner Ă  Paris parce que je pense qu’ils avaient peur que je finisse en Syrie, que j’aille retourner dans une secte ou je ne sais quoi, donc je me suis un peu retrouvĂ©e coincĂ©e avec eux pendant trois semaines dans une trĂšs bonne ambiance [rires]. 

La rĂ©action de ma sƓur a aussi Ă©tĂ© extrĂȘmement dure, si ce n’est plus que celle de mes parents. On est trĂšs diffĂ©rentes et on a une perception de la vie trĂšs diffĂ©rente et par extension de la religion.  

Mais aprĂšs environ 6 mois assez durs, on s’est tous reparlĂ©s et on a fait comme si de rien Ă©tait, on n’a plus vraiment reparlĂ© de religion. Al hamdoullilah, nos relations sont globalement comme avant, je m’entends bien avec ma famille, bien qu’au niveau de la religion ça reste un peu compliquĂ©. 

C’est que cet Ă©tĂ©, donc aprĂšs quasiment 3 ans de conversion, que j’ai osĂ© lancer le sujet avec mon pĂšre car je sentais qu’il y avait Ă©normĂ©ment de non-dits. On n’a pas tout Ă©voquĂ©, et il nous faudrait sĂ»rement encore beaucoup de discussions, mais je pense que cette premiĂšre approche, bien que courte, Ă©tait nĂ©cessaire autant pour lui que pour moi. 

Ghizlaine : Mais du fait que ça a provoquĂ© tant de changements dans ta famille, est-ce que ça tu as remis en question parfois ton choix de conversion? Par rapport Ă  tout ce que ça a provoquĂ© chez toi ? 

A* : ForcĂ©ment parfois tu te poses des questions, mais aprĂšs tu reviens vite. “Si je l’avais pas dit” et “si je ne m’Ă©tais jamais intĂ©ressĂ©e”, et “si aujourd’hui je n’Ă©tais pas musulmane est ce que ma relation serait diffĂ©rente avec mes parents” ? Et au final, peut-ĂȘtre pas, parce qu’avec du recul, je me dis que plus on est proche de la religion, plus on est bon avec sa famille. Peut-ĂȘtre que je serais allĂ©e vers une voie qui n’aurait pas Ă©tĂ© bĂ©nĂ©fique pour nos relations. Je ne sais pas en fait, on ne saura jamais. Mais oui, il y a forcĂ©ment des moments oĂč tu dis “et si” ? Ou tu dis ça aurait Ă©tĂ© plus simple. MĂȘme si je ne peux pas revenir en arriĂšre, et dans tous les cas je n’ai pas d’intĂ©rĂȘt Ă  vouloir revenir en arriĂšre,  parfois tu dis quand mĂȘme, “ça serait plus simple”. AprĂšs, je pense que s’il y a quelque chose que j’ai vraiment rĂ©ussi Ă  mieux comprendre avec le temps, c’est de s’en remettre Ă  Dieu. Le sens de tawakkul, il a vraiment pris une nouvelle dimension l’annĂ©e derniĂšre, et je pense aussi que le fait d’ĂȘtre loin de tout, ça m’a permis de beaucoup plus rĂ©flĂ©chir Ă  ça. J’ai vraiment vu des changements sur ma façon de voir les choses et ma façon de vivre, d’apprĂ©hender les Ă©preuves etc.

Ghizlaine : Merci Ă  vous tous pour votre partage ! Un point commun Ă  vous tous, a Ă©tĂ© le rĂŽle central de vos amis dans votre connaissance et pratique de l’Islam. Ca m’a fait pensĂ© Ă  une phrase de Yusuf Islam qui a dit “heureusement que j’ai connu l’Islam avant les musulmans” ? Qu’en pensez-vous ? AprĂšs vous ĂȘtre converti et avoir maintenant plus de connaissances sur la religion, pensez-vous que la communautĂ© musulmane reflĂšte assez bien les valeurs de l’Islam ? 

A* : J’ai dĂ©jĂ  parlĂ© de ce sujet lĂ  avec plusieurs personnes musulmanes de naissance qui me disaient que pour elles aussi c’Ă©tait compliquĂ©. Quand tu es nĂ© dans une famille musulmane et que tu es musulman traditionnellement, c’est nĂ©cessaire d’un jour avoir ce dĂ©clic de se dire “ok mais pourquoi je crois ? Pourquoi suis-je musulmane? Est-ce que je crois vraiment? Ou est-ce que c’est une tradition? Pourquoi je fais les choses? Est-ce que je le fais parce que mes parents l’ont toujours fait? Ou est-ce que je le fais parce que je veux satisfaire Allah?” Je connais des personnes qui ont eu ce “dĂ©clic” vers 20 ans, et c’est plutĂŽt lĂ  qu’elles ont commencĂ©, on va dire, Ă  faire des actes par eux-mĂȘmes, pas juste par habitude. Et donc je pense qu’il y a aussi cette dĂ©marche de conversion pour tous, d’un point de vue diffĂ©rent. Mais aprĂšs, oui, les convertis, on va dire que comme on apprend sans forcĂ©ment ce bagage traditionnel, ce processus de transmission, qui vient interfĂ©rer, on Ă©vite parfois de tomber dans des traditions souvent associĂ©es Ă  tord Ă  l’Islam. AprĂšs nous, les difficultĂ©s sont ailleurs, comme trouver les bonnes sources au dĂ©part et ne pas croire et Ă©couter tout ce qu’on trouve sur internet concernant l’Islam. 

Et pour est-ce que la communautĂ© musulmane reflĂšte assez bien les valeurs de l’Islam, c’est dur d’en juger. Il est Ă©vident que de maniĂšre globale, on a tous beaucoup de travail pour que la communautĂ© musulmane rayonne plus fortement au sein de la sociĂ©tĂ©. Mais dĂ©pendamment de mon entourage, ma vision de la communautĂ© musulmane a aussi Ă©voluĂ©e, et l’ADEM y a contribuĂ© trĂšs positivement Ă  mon arrivĂ©e. 

Enzo : Je pense que j’ai eu la chance de cĂŽtoyer des musulmans qui m’ont fait aimer l’Islam par leur bon comportement. Pour autant, mĂȘme si je connaissais de “moins bons musulmans”, je ne me disais pas que c’était l’Islam la raison. Pour rejoindre ce  qu’a dit A*, pratiquer la religion par tradition n’est vraiment pas une bonne chose car mettre l’intention dans ce qu’on fait et comprendre pourquoi on le fait est hyper important. Je pense que le fait de connaĂźtre des musulmans qui avait une pratique saine et pour Allah m’a permis d’en faire de mĂȘme. 

Je pense que la communautĂ© musulmane actuelle reflĂšte les valeurs de l’Islam en tout cas Ă  l’échelle de ce que je vis. Je pense que c’est quelque chose dont on s’aperçoit seulement si l’on fait partie de cette communautĂ©. Par exemple, Ă  travers les projets de l’Adem pour aider les autres, on en prend connaissance. D’un autre cĂŽtĂ©, les seuls choses dont on entends parler dans les mĂ©dias vis Ă  vis de notre communautĂ©, ce sera pour la plupart des choses qui ne font pas honneur aux valeurs de l’Islam. Mais donc en voyant les deux cĂŽtĂ©s on se rend bien compte que les mĂ©dias cherchent Ă  manipuler l’opinion publique et qu’en rĂ©alitĂ© il y’a Ă©normĂ©ment de bien qui se dĂ©gage de la communautĂ© musulmane en conformitĂ© avec les valeurs de l’Islam.

B* : Je pense qu’il est important, pour rejoindre ce qu’ils ont dit, d’avoir toujours en esprit la question “Pourquoi suis-je musulman?”. Bien sĂ»r, avoir des amis musulmans m’a aidĂ© Ă  cheminer vers ma foi mais c’est vraiment en cherchant, comparant les diffĂ©rentes religions que je me suis rendu compte que c’était bien l’Islam la religion de vĂ©ritĂ©. C’est un travail que doivent faire les musulmans de naissance pour pouvoir mettre la plus pure intention quand ils pratiquent et adorent Allah. Enfin, il faut se rendre compte que l’Islam est une religion parfaite mais pas ses pratiquants. C’est normal car en tant qu ’humain, nous faisons tous des pĂ©chĂ©s. Alors oui, je pense que toute la communautĂ© musulmane a un effort Ă  faire pour toujours reflĂ©ter au mieux les valeurs prĂŽnĂ©es par l’Islam. NĂ©anmoins, je pense que quand tu regardes dans l’ensemble, dans nos mosquĂ©es, les associations musulmanes, etc. notre communautĂ© fait preuve d’un bon comportement la plupart du temps et essaye toujours de faire de son mieux Al hamdulillah.

Ghizlaine : Pour finir, est-ce que chacun pourrait citer un verset ou hadith qu’il aime particuliùrement ?

Enzo :

ÙˆÙŽÙ„ÙŽÙ„Ù’ŰĄÙŽŰ§ŰźÙŰ±ÙŽŰ©Ù ŰźÙŽÙŠÙ’Ű±ÙŒÛ­ لَّكَ مِنَ Ù±Ù„Ù’ŰŁÙÙˆÙ„ÙŽÙ‰Ù°
 La vie derniĂšre t’est, certes, meilleure que la vie prĂ©sente.
Ad Duha 93:4 

B* :

Un verset qui m’a marquĂ© au dĂ©but de ma conversion jusqu’à aujourd’hui :

ÙˆÙŽÙˆÙŽŰŹÙŽŰŻÙŽÙƒÙŽ Ű¶ÙŽŰąÙ„Ù‹Ù‘Û­Ű§ ÙÙŽÙ‡ÙŽŰŻÙŽÙ‰Ù°
Ne t’a-t-Il pas trouvĂ© Ă©garĂ© ? Alors Il t’a guidĂ©
Ad Duha 93:7.

A* :

Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى ŰźÙŽÙ„Ù’Ù‚Ù Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽÙ°ÙˆÙŽÙ°ŰȘِ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ÙˆÙŽÙ±ŰźÙ’ŰȘِلَٰفِ ٱلَّيْلِ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ù‡ÙŽŰ§Ű±Ù وَٱلْفُلْكِ ٱلَّŰȘِى ŰȘÙŽŰŹÙ’Ű±ÙÙ‰ فِى Ù±Ù„Ù’ŰšÙŽŰ­Ù’Ű±Ù ŰšÙÙ…ÙŽŰ§ يَنفَŰčُ Ù±Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ű§ŰłÙŽ ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰą ŰŁÙŽÙ†ŰČَلَ ٱللَّهُ مِنَ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰąŰĄÙ مِن Ù…ÙŽÙ‘ŰąŰĄÙÛą ÙÙŽŰŁÙŽŰ­Ù’ÙŠÙŽŰ§ ŰšÙÙ‡Ù Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶ÙŽ ŰšÙŽŰčÙ’ŰŻÙŽ مَوْŰȘÙÙ‡ÙŽŰ§ ÙˆÙŽŰšÙŽŰ«ÙŽÙ‘ ÙÙÙŠÙ‡ÙŽŰ§ مِن كُلِّ ŰŻÙŽŰąŰšÙŽÙ‘Ű©ÙÛą وَŰȘÙŽŰ”Ù’Ű±ÙÙŠÙÙ Ù±Ù„Ű±ÙÙ‘ÙŠÙŽÙ°Ű­Ù ÙˆÙŽÙ±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ű­ÙŽŰ§ŰšÙ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŰłÙŽŰźÙŽÙ‘Ű±Ù ŰšÙŽÙŠÙ’Ù†ÙŽ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰąŰĄÙ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù Ù„ÙŽŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽÙ°ŰȘÙÛą Ù„ÙÙ‘Ù‚ÙŽÙˆÙ’Ù…ÙÛą يَŰčْقِلُونَ

Certes dans la crĂ©ation des cieux et de la terre, dans l’alternance de la nuit et du jour, dans le navire qui vogue en mer chargĂ© de choses profitables aux gens, dans l’eau qu’Allah fait descendre du ciel, par laquelle Il rend la vie Ă  la terre une fois morte et y rĂ©pand des bĂȘtes de toute espĂšce, dans la variation des vents, et dans les nuages soumis entre le ciel et la terre, en tout cela il y a des signes, pour un peuple qui raisonne.

Al Baqara 2:164

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