« Chacun porte en soi un univers entier. » – Anatole France
Salam aleykoum ! J’espère que tu vas bien. Est-ce que, déjà, tu peux te présenter ? Dire ton travail, tes études, tout ça.
OK, bien sûr. Aleykoum salam, du coup. Moi, je m’appelle Baderedin, mais vous pouvez m’appeler Bader. J’ai fait toute ma scolarité à Dauphine. Mais ce fut une longue scolarité, puisque j’ai redoublé ma L1 et ma L2. Mais malgré tout, j’ai réussi à partir en 3e année au Canada, donc à l’Université du Québec à Montréal. Et je suis passé par le M1 Finance, donc actuellement, je suis en année de césure. J’ai fait mon 1er stage de césure au sein d’une boîte crypto, qui s’appelle Kyln, qui est une des plus grosses start-up françaises.
Et là, je réalise mon 2e stage au sein d’un accélérateur Slash VC qui accompagne des boîtes françaises dans l’écosystème Web3. Donc, mon poste, c’est VC analyst Web3.
C’est quoi Web3, déjà ?
Web3, c’est tout ce qui gravite autour de l’écosystème crypto dans son ensemble. C’est vraiment pour dire que c’est un écosystème global de ce qui gravite autour de la crypto.
Du coup, est-ce que tu peux expliquer c’est quoi la crypto pour des gens qui n’y connaissent rien du tout ?
Oui, bien sûr. Écoute, la cryptomonnaie, c’est une façon de s’échanger des titres au même titre que l’action d’une boîte. Et simplement, ça s’appuie sur une technologie blockchain. Et donc, l’idée, c’est que vraiment une crypto soit associée à une blockchain. Donc, les cryptomonnaies, c’est des tokens qui sont rattachés à des projets pour faire vraiment dans le global. Après, bien évidemment, il y a des spécificités, mais pour comprendre le principe, c’est vraiment un token qui est rattaché à un projet au même titre qu’une action est rattachée à une entreprise.
Donc, la devise de la crypto, c’est token, c’est ça ? Non ?
Ah, non. C’est en gros l’idée que le token est rattaché à un projet qui lui-même est rattaché à une blockchain. Donc, c’est comme si, par exemple, tu avais une action de Total et donc la blockchain, c’est Total, et le projet qu’il y a derrière c’est de vendre de l’essence. Et la blockchain, c’est quoi ? C’est l’infrastructure sur laquelle tout ça est construit et c’est simplement que des informations se suivent les unes à la suite des autres.
Et comment c’est possible que même les amateurs peuvent gagner de l’argent de la crypto ? Genre, c’est accessible à tout le monde ?
Ça, au niveau de l’investissement, c’est vraiment deux choses différentes. Là, je te parlais vraiment de la partie comment ça fonctionne. Après, sur la partie investissement, c’est comme n’importe quel investissement. Tu peux le faire sur des plateformes centralisées qu’on appelle Centralized Exchange. Et si tu veux t’échanger du Bitcoin, de l’Ethereum, du XRP ou peu importe la crypto-monnaie, tu vas sur ces plateformes d’échange-là.
Ah, parce que t’as plusieurs types de crypto ? C’est pas une même monnaie ?
Ouais, y a pas une seule crypto, c’est vraiment un ensemble de cryptos. Et l’idée, c’est que si tu veux acheter des cryptos en particulier, il faut vraiment que t’ailles sur des plateformes centralisées, typiquement Binance. Même si, encore une fois, je ne vais pas rentrer trop dans les détails, tu peux le faire aussi de façon décentralisée. Mais pour des raisons de simplification, on va juste rester sur la partie centralisée.
Mais du coup, l’investissement en crypto, c’est quoi ?
Ouais, c’est ça. C’est comme, toi, t’as de l’argent sur ton compte en banque, typiquement, et tu peux ouvrir ce qu’on appelle un PEA, donc c’est un plan épargne en action. Et ça, ça te permet d’investir dans des boîtes, par exemple du CAC40, typiquement Total, AXA, Orange ou des boîtes cotées en bourse. Simplement, là, au lieu de mettre ton argent sur ton PEA et d’investir sur des boîtes du K40, tu vas plutôt investir sur des crypto-monnaies. Et du coup, tu vas transférer tes fonds à Binance et tes 1 000 €, tu vas les transformer dans une crypto.
Au lieu de les transformer en actions, tu vas les transformer en crypto. Donc si, par exemple, la valeur de la crypto, c’est 3 000 et que t’as 3 000, du coup, tu vas avoir une quantité de cette crypto. Alors que, par exemple, si l’action Totale, c’est 50 et que toi, t’as 100 €, tu vas donc avoir deux actions totales. Là, au lieu d’avoir deux actions totales, tu vas avoir une crypto en particulier.
C’est possible d’être très riche en investissant ?
Ça dépend à quel point tu rentres tôt sur le marché et sur quelle crypto tu rentres.
Toi, t’as investi ?
Moi, j’ai investi, mais pas très tôt et pas énormément. Et surtout, moi, j’ai jamais été motivé par l’argent quand j’investis. C’est un point important, je pense, parce qu’il y en a énormément qui se lancent, notamment en investissant dans des même coins et qui font énormément d’argent, c’est très bien pour eux. Mais pour moi, l’investissement, c’est quelque chose que je fais pour soutenir un projet, surtout. Et c’est ça qui m’a aussi amené, en partie, à faire du VC. C’est vraiment de pouvoir soutenir des projets, tu vois. VC, c’est Venture Capital, en gros, c’est du capital risk. Et c’est vraiment soutenir des projets quand ils viennent de naître, tu vois.
Mais… Du coup, c’est quoi les projets que t’as financé, par exemple ?
Là, pour ma part, moi, je suis vraiment sur la verticale Web 3. Donc, les projets qu’on accompagne, c’est vraiment plutôt des projets sur la verticale Web 3. Mais sinon, chez Fifty Partners, il y a 4 verticales. Donc, la verticale Web 3, la verticale Impact, la verticale Tech et la verticale Santé. Du coup, il y a 4 verticales, mais moi, je m’occupe particulièrement de la verticale Web 3. Mais il y a des sujets d’impact aussi qui sont accompagnés par les personnes qui travaillent sur la verticale Impact.
Mais, par exemple, il n’y a pas eu quelque chose de spécial quand Trump a été élu ?
Ouais, si, parce qu’en gros, Trump, il est pro-crypto. Donc lui, de manière générale, ce qu’il pense sur les marchés, c’est qu’il est de ceux qui pensent que les marchés ne doivent pas être réglementés.
Donc, lui, pourquoi les cryptos ont énormément gagné de la valeur après son élection, c’est parce que, déjà, il a enlevé à celui qui était à la tête de la SEC. En gros, la SEC, c’est la Security Exchange Commission, et c’est eux qui s’occupent de la régulation des marchés financiers dans son ensemble. Et lui, c’était quelqu’un qui était particulièrement hostile aux cryptos.
Donc, en fait, à partir du moment où tu vires ce mec, qui s’appelle Gary Gensler, eh bien, tu ouvres la porte à l’écosystème crypto et à l’innovation aux États-Unis, de manière générale, sur cette verticale-là. Et ce qui a fait aussi que le prix du bitcoin prenne énormément de valeur, c’est que, ce qu’il avait dit, encore une fois, les politiques donnent beaucoup de promesses, mais il y en a très peu qui les tiennent, mais c’était qu’il allait construire une réserve stratégique en bitcoin. Donc, c’est-à-dire que le gouvernement des États-Unis d’Amérique détiendrait du bitcoin en trésorerie, comme il pourrait détenir du dollar actuellement.
Et donc à Dauphine tu fais parti de Kryptosphère qui est une association autour de la crypto c’est ça ? Vous faites quoi par exemple ?
Bah, de notre côté, ce qu’on fait chez Kryptosphere, quand moi, j’ai intégré l’asso, c’était en septembre 2022. Et l’idée, c’était de démocratiser la crypto auprès des gens qui ne s’y connaissent pas, donc aux Dauphinois, typiquement. Du coup, on rédigeait pas mal de publications sur Instagram. On faisait également des événements en interne où on se voyait et puis on sortait ensemble. Et il y avait aussi la mise en place d’un hackathon, la deuxième année, du coup, en 2023.
Et c’était l’occasion de réunir des gens pour qu’ils puissent construire un projet durant un week-end. Et on a eu la chance de gagner avec Hamza, Abde, Adel et puis Armand, que vous ne devez pas connaître. Mais du coup, voilà, c’était notre premier hackathon ensemble et puis on a fini à la deuxième place et c’était vraiment très cool.
Et du coup, c’était quoi ? Enfin, comment ça se passe, du coup, le projet ?
Le projet, en gros, on te propose des thématiques sur lesquelles travailler et t’as un week-end pour travailler sur ces thématiques-là. On a travaillé pendant un week-end sur un projet et après, à la fin, tu dois faire une présentation sur ce qu’on appelle un MVP, Minimum Viable Product. Et typiquement, c’était un site Internet et un blurb de smart contract, juste pour montrer que c’est possible de le faire.
Et toi, t’avais fait quoi, spécifiquement, dans le projet ?
Moi, dans le projet, j’avais donné les idées, j’avais fait aussi la budgétisation avec Hamza, enfin les prévisions financières, et j’avais donné l’idée et les lignes directrices un peu du projet.
Mais en fait, quand tu dis projet, c’est quelque chose de concret ?
Ah non, ce n’est pas tangible, du coup. C’est comme les start-up en soi, ce n’est pas tangible dans le sens où ce qu’elles font, ça n’a pas de lien direct. Enfin, si, par exemple, tu parles d’investissement financier, ce n’est pas tangible en soi, tu vois, ce n’est pas comme un métier, comme architecte ou quoi.
Nous, en l’occurrence, notre projet, ça se rapprochait quand même de la réalité puisque l’idée, c’était de tokeniser, donc de mettre sur de la blockchain, et puis de fractionner, ça sur des panneaux solaires. Parce qu’aujourd’hui, un panneau solaire, c’est hyper méga cher à acheter, et en plus, quand t’es dans des grandes villes, c’est compliqué un peu de voir le soleil et puis de faire de l’énergie verte. L’idée était de tokeniser des panneaux solaires en les divisant sous forme de NFT. Ainsi, ces NFT pouvaient être redistribués, permettant aux individus d’acheter une part du panneau solaire et de percevoir un certain rendement.
En tout cas, on avait fait le calcul avec Hamza qui était plutôt rentable à l’époque. Ça a l’air compliqué. Mais du coup, c’était juste ça l’idée, c’était tokeniser un panneau solaire pour le redistribuer sous forme de NFT et rendre l’investissement dans le NFT puissant.
NFT – Non-Fungible Token : Les NFT s’appuient sur la technologie blockchain. En plus de diverses cryptomonnaies, certaines blockchains peuvent émettre des jetons non fongibles. Contrairement aux cryptomonnaies comme le Bitcoin, ils ne sont pas interchangeables entre eux car chacun possède des caractéristiques uniques.
Et ceux qui ont gagné le premier prix, ils avaient quoi de plus ?
Alors, ce qu’ils avaient de plus, c’était qu’ils étaient très techniques. Déjà, dans un premier temps, contrairement à nous, parce que nous, il n’y avait personne qui faisait du dev à temps plein, et encore moins sur la blockchain. Abde et Adel, ils étaient très très bons, mais du coup, ils savaient faire des langages de programmation traditionnels, alors que pour être sur la blockchain, c’est un langage de programmation spécifique, notamment sur Ethereum, le langage de programmation s’appelle Solidity. Et voilà, sur ce point-là.
Ok ! Très bien merci pour ces infos concernant la crypto. Est-ce que tu peux nous raconter ton expérience avec le Master Finance à Dauphine ? Et également si tu aurais des conseils à donner ?
Écoute, le Master Finance, il s’articule de deux façons. La première, c’est que les semestres sont répartis de telle sorte à que tu fasses de la finance de marché et de la finance d’entreprise. Donc, au premier semestre, il y a ce qu’on appelle les matières fondamentales, qui sont donc au nombre de trois sur chaque semestre et qui sont orientées marché.
Après, tu peux prendre des options fléchées et des options libres. Ensuite, même chose au deuxième semestre, t’as trois matières fondamentales qui, cette fois-ci, sont un peu plus orientées corpo. Et donc, c’est de cette façon-là que s’articule le Master Finance.
Et honnêtement, c’est un master très difficile. Je pense que c’est l’un des masters les plus difficiles de Dauphine. Et il faut juste avoir les reins solides. Mais si t’es passionné par ce milieu-là, en vrai, ça peut que être intéressant. Et ouais, c’est un master quand même qui demande énormément de travail.
Et comment se passe la suite ?
J’aimerais bien m’orienter sur un M2. Donc Impact et Technologies. Anciennement appelé Master 224, Banque et Finances. Et qui s’oriente justement sur des thématiques blockchain. Et moi, ce sera un Master plutôt orienté finance d’entreprise. Parce qu’il y a cette grosse distinction-là en finance. C’est la finance d’entreprise et la finance de marché.
Et tu peux juste dire c’est quoi la différence ?
Oui, bien sûr, la finance de marché, c’est plus des gens qui traitent de près ou de loin avec des titres financiers ou en tout cas, interagissent avec les marchés financiers. Donc que ce soit pour le compte de clients, que ce soit pour le compte de tiers, ça, c’est plutôt de la finance de marché.
La finance d’entreprise, c’est vraiment tout ce qui est lié aux problématiques d’une entreprise. Donc ça peut être pour une startup, par exemple, la levée de fonds ou ça peut être de la budgétisation. Par exemple, c’est typiquement savoir une équipe, combien elle dépense, combien on a besoin de budgéter pour que la boîte puisse survivre. Et dans les grands groupes, c’est typiquement le département finance.
On a parlé de crypto-monnaie et du Master finance, est-ce que tu peux expliquer un peu ton rapport à l’argent ? Est-ce que dans ta famille, il y a des gens qui étaient déjà un peu dans le milieu financier ou tout ça ?
OK. Ben, écoute, moi, de mon côté, je pense que de tout temps, j’ai été intéressé par l’argent. En tout cas, j’ai toujours été très proche de l’argent. Est-ce que dans ma famille, il y a des gens qui sont financiers ? Pas du tout. Ce qui pourrait se rapprocher le plus, c’est peut-être mes oncles. Du côté de ma mère, qui sont actuaires. Sinon, mon rapport à l’argent, je pense que je suis assez proche de mon argent et j’ai toujours voulu en faire, parce que j’ai vécu dans une famille qui n’était pas aisée. Donc j’ai toujours voulu me dire que… Je sais pas, j’ai voulu me sortir de ça, tu vois.
Et ça a commencé avec quoi ?
J’ai commencé peut-être à l’âge de mes 18 ans, typiquement, quand je suis devenu adulte, on va dire. Ouais, à 18 ans, quand je suis devenu adulte, je me suis dit qu’il fallait… J’ai commencé à travailler à 16 ans, par contre. Et c’était des travaux… Ben, très peu reconnaissants, on va dire.
Sinon, par rapport à tes voyages, combien de pays as-tu fait pour l’instant ?
Je pense… 12, je dirais.
Peux-tu citer les 12 ?
Je vais essayer, je vais essayer. Canada, Etats-Unis, Angleterre, Espagne, Belgique, Algérie, Maroc, Tunisie, Qatar, Iles canaries, Bulgarie, Italie.
Il y a une citation qui dit que : “Le véritable voyage ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages, mais à avoir de nouveaux yeux”. Est-ce que chaque voyage t’a apporté quelque chose de nouveau?
Oui.
(Merci Bader pour cette réponse courte et efficace à cette question que je pensais la plus complexe d’entre toutes)
Et c’était quoi, ton voyage préféré ?

Franchement, je pense que celui qui m’a le plus marqué, et en plus, c’était l’un des plus enrichissants, spirituellement, c’était peut-être le Qatar. Je dirais, de loin, même.
Et est-ce que tu peux donner des raisons précises ?

Bah écoute, c’est que j’ai été vraiment épanoui, déjà, d’être dans un pays musulman, ça n’a aucune comparaison possible avec un autre pays. Je sais pas, le fait de se sentir en sécurité, le temps, les personnes, l’amabilité des gens… Je sais pas, j’ai trop trop trop kiffé le Qatar. C’était l’un des meilleurs pays que j’ai fait de ma vie.
D’ailleurs, ton rapport à la religion, c’est comment ? Tu as vécu dans une famille très religieuse, ou c’est toi-même qui a fait ton propre cheminement ?
Non, pas du tout. Ça, c’est plus… Moi, de mon côté, qui m’ai formé par moi-même, parce que ma famille, ils ne sont pas religieux, en fait.
Peux-tu nous dire le voyage que tu voudrais faire prochainement ?
Un pays que j’aime beaucoup, enfin, une région du monde que j’aime beaucoup, c’est l’Asie. Et du coup, j’ai toujours été bercé par tout ce qui est animés, mangas, la culture japonaise. Donc ouais… Si je dois aller dans une région du monde, ce sera celle-ci avant tout.
Dernière question, est-ce que tu te considères comme quelqu’un d’heureux ? Sur une échelle de 1 à 10?
Je dirais 8.
Et c’est quoi qui te rend heureux dans la vie ?
Je sais pas, tout, en vrai. Le fait que mes parents soient en bonne santé, le fait que j’ai un travail que j’aime, que je sois avec une bonne équipe. C’est ça aussi, tu vois. Et que je mange à ma faim. Ouais, c’est comme ça que je suis heureux.
Merci pour cette interview ! Pour conclure, peux-tu nous donner un verset ou hadith qui t’inspire particulièrement ou auquel tu penses souvent ?
Depuis que je suis jeune, j’aime beaucoup écouter Sourate Ar Rahman, notamment parce qu’il y est très souvent répété le verset « Lequel donc des bienfaits de ton Seigneur renieras-tu »?
Dans les 78 versets de la sourate Ar Rahman, le verset « Lequel donc des bienfaits de ton Seigneur renieras-tu » est répété 31 fois.
فَبِأَىِّ ءَالَآءِ رَبِّكُمَا تُكَذِّبَانِ
Coran Ar Rahman (18:55)

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