Notre foi ne s’hérite pas mais se cultive  

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Peut-être ne vous souvenez-vous pas du moment où vous avez appris la Fatiha, la Chahada ou encore votre première prière, réalisée en imitant vos parents.

Pour les reconvertis, ces paroles et ces actes d’une importance capitale en islam, sont appris délibérément tout en saisissant pleinement leur sens et leur portée. En revanche, pour de nombreux musulmans de naissance, ces paroles et actes sont intériorisés dès le plus jeune âge, tout comme le sont la parole ou la marche.

Lorsque l’on naît dans une famille musulmane, Allah nous choisit et nous facilite le chemin vers Lui. Notre famille est généralement moins hostile à la pratique de l’islam que dans le cas des reconvertis. On acquiert les codes sociaux qui nous permettent d’intégrer plus facilement notre Ummah. Ces codes incluent des comportements, des normes et des valeurs partagés qui facilitent la communication, l’entente et la solidarité au sein de la communauté musulmane. Ils jouent un rôle essentiel en nous aidant à nous sentir à notre place dans la communauté et à renforcer nos liens avec les autres croyants. On apprend également dès le plus jeune âge les fondamentaux religieux tels que la langue arabe, le Coran ou même la sîra du Prophète (ﷺ). Cet environnement et ces acquis sont propices pour que le jeune musulman puisse, une fois adulte, trouver le chemin de l’islam.

Pourtant, certains natifs musulmans s’égarent du droit chemin, perdent foi en Allah et en Son Messager. En réalité, bon nombre de musulmans de naissance font, à l’instar des musulmans reconvertis, le choix de suivre l’islam lorsque l’autorité parentale ne s’exerce plus. Lorsqu’on s’éloigne du cercle familial en grandissant, on teste notre foi et nos acquis religieux en fonction de nos fréquentations et des épreuves que l’on vit, et on supporte la responsabilité de l’entretien de notre foi.  

Les fréquentations : facteurs de raffermissement de la foi ou d’éloignement  

Les musulmans de naissance grandissent dans un environnement relativement religieux. On apprend dès le plus jeune âge quelques fondements souvent indispensables à une foi minimale, comme l’existence et l’unicité de Dieu. On voit certains membres de notre famille pratiquer, prier et jeûner. Également, l’accessibilité des ressources d’apprentissage facilite énormément la recherche de foi. Cette sphère religieuse est cruciale pour l’enfant qui apprend par mimétisme.  

« À l’âge de six ans, alors que je passais la nuit chez mes cousines, je les ai observées prier. Cela m’a interpellée : pourquoi, en tant que musulmane, je ne faisais pas de même ? À mon retour chez moi, j’ai pris la décision d’apprendre à prier en consultant un livre. »  

Mais en grandissant, il est possible que l’influence familiale s’estompe. On se retrouve alors confronté à des divergences entre les pratiques religieuses de sa famille et celles de ses amis ou de ses professeurs, ce qui peut amener à une remise en question. Ce décalage peut susciter des interrogations et encourager une réflexion plus profonde sur la foi. En France, la mixité culturelle et les interactions sociales conduisent souvent à nouer des amitiés avec des personnes ayant des croyances ou des modes de vie différents de ceux de notre famille.  

« Je ne suis jamais allée à l’école arabe. À la maison, je voyais les membres de ma famille prier et écouter du Coran, mais on ne parlait pas énormément de religion. Au collège, mes fréquentations n’étaient pas de confession musulmane. J’étais la seule à faire le Ramadan. Au lieu d’être une période joviale pour moi, c’était un moment où je me sentais exclue de mon groupe d’amis. J’avais hâte que le Ramadan se termine. Si j’avais reçu plus d’enseignement sur les bienfaits du Ramadan, je n’aurais peut-être pas eu cette vision de ce mois si sacré. »  

Certaines fréquentations agissent à l’encontre de ce que nous a enseigné notre famille, commettant parfois des actes interdits par Allah. Toutefois, l’impact de ces influences varie en fonction de la solidité de la foi personnelle et de la capacité à discerner entre le bien et le mal. Parmi les raisons des baisses de foi chez les musulmans, les fréquentations jouent un rôle crucial. Le rappel d’Allah se fait plus rare, et la régularité des actes d’adoration laisse place aux passions. À l’inverse, des fréquentations qui permettent de conserver les valeurs de l’islam et le rappel d’Allah ne peuvent être que bénéfiques et renforcent la foi. 

Lorsque l’on grandit en tant que musulman, croiser le chemin d’autres musulmans ayant une éducation plus rigoureuse que la nôtre peut être un véritable déclic pour la pratique de la prière, l’apprentissage du Coran, le port du voile, le jeûne, l’aumône et bien plus encore. À l’âge adulte, les fréquentations ne doivent plus être le fruit du hasard, mais doivent résulter d’un tri régulier entre les personnes qui nous rappellent Allah et celles qui contribuent à Son oubli.  


La gestion des épreuves  

Allah éprouve ceux qu’Il aime. Dès le plus jeune âge, nous intégrons, en fonction de l’éducation reçue, que les difficultés de la vie ne sont pas une fatalité.

Ce verset résonne profondément dans le cœur de nombreux musulmans. Les détracteurs de Dieu utilisent souvent les épreuves et les malheurs comme argument : pourquoi est-ce que votre Dieu vous rendrait triste s’Il existe ? Cette question soulève une incompréhension courante concernant le rôle des épreuves en islam. On perçoit en tant que croyants les épreuves non comme des punitions, mais comme des opportunités de se rapprocher d’Allah et de renforcer notre foi. Car il est important de se rappeler qu’Allah n’éprouve que ceux qu’Il aime.  

Grâce à l’apprentissage de la prière, de l’utilité et de l’usage des duaas, en grandissant dans une famille musulmane, on gère les épreuves différemment.  

« Arrivé au lycée, dans un environnement où il y avait très peu de musulmans, j’ai découvert ce que les gens faisaient, toutes les passions dans lesquelles ils tombaient, et ça a été un choc. Mais cet environnement ne m’a pas fait douter, il m’a plutôt confronté à tout ce que j’avais déjà appris. Cette confrontation m’a permis de redécouvrir l’islam. Je me suis vraiment rendu compte de la chance que représentait le fait d’être musulman. J’ai alors commencé à apprendre la religion non seulement sous l’angle de la théorie, mais aussi en me concentrant sur le bon comportement, la jurisprudence, et tout ce qui va au-delà des simples connaissances. Cela m’a poussé à chercher plus profondément l’islam. Et je dirai que ces épreuves m’ont fait choisir l’islam sans aucun doute. Là où les non-croyants que je fréquentais cherchaient à satisfaire leurs passions, l’islam m’a offert un cadre qui m’a permis de mieux vivre. »  

Les épreuves jouent un rôle essentiel dans la vie du croyant. Elles sont une occasion de renforcer la foi et de se rapprocher d’Allah. Elles permettent aussi de reconnaître nos limites humaines et de nous tourner vers Lui avec humilité et dévotion.  

« Pendant ma première année d’études supérieures, j’ai assez mal vécu mon déménagement seule. L’environnement était très différent, et j’ai eu beaucoup de mal à trouver mes repères. En ajoutant à cela la difficulté des cours et les mauvaises notes, alors même que je travaillais, c’était une période extrêmement difficile pour moi. J’avais l’impression de n’avoir plus rien, à part Allah. J’ai alors tout fait pour me rapprocher de Lui. C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de me voiler. »  

Lorsque notre situation difficile s’améliore, nous attribuons souvent cette amélioration à Allah, parce qu’on nous a appris cela, ou parce qu’on a ressenti l’amour d’Allah malgré la difficulté. En réalité, tout ce qu’Allah fait est un miracle, et notre perception de ces événements reflète notre gratitude et notre foi.  


L’importance de la régularité : ne jamais prendre sa foi pour acquise  

La religion ne s’hérite pas, elle s’entretient. Nous devons sans cesse chercher à améliorer notre foi et privilégier des moments réguliers d’introspection profonds et sincères. Il est essentiel de réfléchir aux enseignements reçus dans notre jeunesse, de ne jamais prendre notre foi pour acquise et de travailler constamment pour approfondir notre compréhension des multiples dimensions de notre belle religion. La foi n’est pas un acquis figé, mais un cheminement constant.

« Durant chaque 27ème nuit du mois de Ramadan, ma mère avait pour habitude de laisser toutes les lumières de la maison allumées. J’ai adopté cette pratique sans vraiment en comprendre le sens. Plus tard, lorsque j’ai appris l’importance de cette nuit en islam, notamment celle de l’invocation de Dieu, j’ai compris que beaucoup de choses qui m’avaient été transmises méritaient d’être approfondies. Je devais en saisir pleinement le sens. J ’ai pris conscience de la nécessité de réfléchir aux habitudes religieuses qui nous ont été transmises et à questionner ma compréhension des pratiques de ma foi. »


Dans notre quête spirituelle, il est primordial de chercher sans relâche la science et la connaissance. Cependant, il est tout aussi crucial d’éviter l’arrogance du savoir. Acquérir des connaissances religieuses ne doit jamais nous conduire à mépriser les autres ou à penser que nous sommes au-dessus d’eux. Au contraire, chaque nouvelle compréhension devrait renforcer notre humilité et notre gratitude envers Allah, car la quête de la vérité est un processus infini. Chaque réponse trouvée ouvre la voie à de nouvelles questions, et c’est cette dynamique qui nous permet d’évoluer et de raffermir notre foi.  

L’entretien de la foi repose sur de « petits » actes qui nous rappellent Allah. Le dhikr, ou le rappel constant de Dieu, en est un exemple parmi tant d’autres. De même, la contemplation de la nature, qui reflète la grandeur et la perfection de la création divine, nourrit également notre spiritualité et renforce notre lien avec Allah. Ces pratiques simples mais profondes contribuent à maintenir notre cœur éveillé à la présence d’Allah dans chaque aspect de notre vie.  


Conclusion

Cultiver sa foi est le travail d’une vie, et notre piété ne doit jamais être prise pour acquise. En tant que musulmans natifs, nous bénéficions d’une opportunité unique : celle d’avoir grandi dans un environnement imprégné des valeurs et pratiques de l’islam. Cette chance nous a permis d’être préservés de certains péchés majeurs. Nous devons être conscients de cette faveur divine et nous en montrer reconnaissant. Cette prise de conscience doit nous pousser à cultiver notre foi avec soin et à en faire une priorité dans notre vie quotidienne. 

Il est de notre devoir de nous montrer bienveillants envers nos frères et sœurs reconvertis, qui décident d’embrasser l’islam, et de les intégrer du mieux que nous pouvons à notre belle communauté afin qu’ils et elles voient leur long cheminement de la foi facilité. 

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