« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre – sauf ceux d’entre eux qui sont injustes – et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et en ce qu’on a fait descendre vers vous ; notre Dieu et votre Dieu est un, et c’est à Lui que nous nous soumettons”
Coran (29:46)
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Pour cette interview assez spéciale, une étudiante parisienne, intéressée depuis toujours à la religion et en quête de vérité, se confie sur sa foi. Cet article a ainsi pour objet de montrer l’évolution d’un cheminement spirituel et ses questionnements, même s’il est différent du nôtre. Cela dans le but également de nous encourager à mieux comprendre les autres religions, sans jugement. Vivant dans un pays multi-confessionnel, il est intéressant d’en savoir plus sur la pratique de l’autre afin de mieux nous comprendre mutuellement et éviter certains préjugés.
Chrétienne mais entourée d’amis musulmans, elle nous fait part de son cheminement spirituel, son voyage à Jérusalem (en Palestine!) de sa vision de la foi et, enfin, de son rapport à l’Islam. Son regard extérieur sur notre religion et nos pratiques rituelles ont fait naître différentes réflexions. L’interview est ainsi complété de différents encadrés qui ont pour but de nuancer et apporter des précisions sur certains sujets évoqués. Ces réflexions apparaissent ainsi pour nous ici, comme des rappels, sur des points essentiels de notre religion, qui peuvent être questionnés par des personnes extérieures à l’Islam.
Il ressort de cette discussion l’importance de l’image que notre communauté renvoie, et vient questionner le sens que l’on donne à nos obligations quotidiennes, telles que la prière. L’intérêt de cet article est, ainsi ici à la fois, de se confronter à ses interrogations mais également pour nous, d’en apprendre plus sur sa religion, nos points communs et différences.
Comprendre ce qui peut attirer, ou au contraire, éloigner une personne de l’Islam, est un sujet important, qui peut alerter notre communauté à agir sur notre manière de présenter notre religion et ce qu’on en fait paraître aux autres.
Écouter les questionnements de chacun nous enrichissent et nous poussent à avoir le plus de sincérité et de sens possible à notre pratique.
Bonne lecture !
Salut ! Est-ce que tu peux déjà te présenter et nous dire dans quel courant du christianisme tu fais partie ?
Salut, j’ai 22 ans et je suis étudiante à Dauphine. Donc, moi, je suis chrétienne. Je me suis convertie en 2019, dans une église catholique, parce que c’était l’endroit le plus proche de chez moi et de ma culture. Et l’année dernière, j’ai fait comme ma confirmation, mais cette fois-ci dans une église orthodoxe. Pour plusieurs raisons, je me sentais mieux dans l’orthodoxie. Les catholiques et les orthodoxes, sont très proches.
Rapidement, c’est quoi la différence entre orthodoxe et catholique ?
Alors, il y a cinq différences majeures entre les catholiques et les orthodoxes. La première, pour moi, c’est vraiment importante : chez les orthodoxes, les prêtres peuvent se marier et avoir des enfants, alors que chez les catholiques, non. Et ça, ça m’a posé problème quand je suis rentrée dans l’Église catholique, parce que le prêtre, c’est quelqu’un à qui tu te confies, tu parles de tes péchés, de tes actions. C’est super important, comme une manière d’assumer ce que tu as fait. Certes, dans l’islam aussi on demande pardon à Dieu dans la prière, et Dieu voit tout, donc t’as pas besoin de l’exprimer à quelqu’un. Mais dans la confession, ce n’est pas le prêtre qui pardonne, c’est un moyen de mettre des mots, de prendre conscience et de trouver des pistes pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Et honnêtement, la plupart des choses qu’on partage, c’est sur la vie de famille, le couple, les enfants… alors si ton prêtre n’a jamais vécu ça, c’est difficile pour lui de vraiment comprendre. Une autre grosse différence, c’est que chez les catholiques, le pape a toujours raison, il est infaillible sur les questions de foi, alors que chez les orthodoxes, il peut se tromper parce que c’est un homme, même si sa parole reste importante. Après, les autres différences, c’est surtout dans les rites, mais dans le fond, on croit aux mêmes choses. Les catholiques et les orthodoxes pensent pareil sur l’essentiel, et moi, j’espère vraiment qu’un jour ces deux Églises se réuniront comme avant.
Et en France, c’est plus catholique, non ?
Ouais, c’est vraiment catholique et c’est la raison pour laquelle, moi, quand j’ai eu besoin de me tourner vers Dieu, le premier endroit où je suis allée, c’est dans une église catholique.
Mais du coup, comment t’as appris tout ça ? Enfin, toutes ces différences entre catholique, orthodoxe… ?
Depuis la fin du collège, début lycée je m’intéresse beaucoup aux religions, j’aime bien apprendre surtout sur ce sujet. Je pense que tout le monde devrait s’intéresser aux différentes religions, apprendre les ressemblances et les différences.
Et ça, c’est vraiment toute seule ?
Ouais, ça m’a toujours intéressée. Pour moi ça a été logique d’aller dans une église, mais limite, en fait, je connaissais rien, tu vois. Ma mère, comme mon père ont été baptisés. Ils sont allés à l’église par tradition, et ils ont préféré nous laisser le choix. Mais ils se sont quand même mariés à l’église et avec ma mère on fait les trucs de base, par exemple, en décembre on fait une crèche, en janvier on fait les Rois Mages et pour Noël et Pâques, on va à l’église. J’ai toujours été baignée dans ça, mais je ne connaissais rien du tout.
Donc tu es partie dans une église et tu as dit que tu voulais prendre des cours ?
Ouais, voilà. Le problème, c’est qu’à mon âge, je ne pouvais ni être avec les cours des enfants ni des adultes donc j’avais un cours que pour moi le samedi après midi, c’était un peu gênant. Mais à cette période, j’avais vraiment besoin de quelque chose, tu vois, d’une religion. Mais, comme je t’ai dit, ça aurait pu être n’importe quelle religion. J’avais juste besoin de combler quelque chose.
J’allais grave à l’église toujours toute seule mais je me posais souvent des questions.
Donc, je me disais, est-ce que j’ai vraiment ma place dans l’église catholique ?
Comment ta famille a réagi à ton attrait pour la religion ?
Quand je leur ai dit, ils ne l’ont pas très bien pris parce qu’ils se sont demandés, comment une scientifique peut vouloir être à fond dans une religion… Mais en soit j’ai pas vraiment demandé l’avis de quiconque, et ils ont compris qu’à cette époque j’avais vraiment besoin de ça.
Quel est le déclic qui t’a fait croire en Dieu ?
Une période un peu compliquée où j’avais vraiment besoin de quelqu’un ou quelque chose pour m’apaiser et en parler tu vois. Donc je me suis tournée vers la religion et comme je t’ai dit la première porte qui était à côté de chez moi c’était une église, et en plus, ce qui est bien dans l’église c’est que tu peux y rentrer comme ça sans te poser de question.
Et c’est là que tu as commencé à prier ? Parce qu’avant tu ne croyais pas en Dieu ?
Si, j’y ai toujours cru je pense, enfin ça me ferait trop bizarre de me dire que je croyais pas en Dieu. Je pense que juste je ne me posais pas la question.
Comment as-tu donc changer de courant ? Et à quel moment ?
Il y a 3 ans, j’ai rencontré quelqu’un. C’était la première fois que je rencontrais quelqu’un vraiment dans la religion et comme moi. Ça m’a fait comme un truc en mode, enfin un jeune qui est comme moi et qui croit aux mêmes choses que moi. Il était orthodoxe, et à ce moment-là, je n’étais pas orthodoxe moi, mais je me posais 10 000 questions sur l’orthodoxie. Donc, on a grave parlé de religion et même lui, il était dans le même cas que moi, d’être entouré que de musulmans et d’être seul. Même si lui, toute sa famille est dans l’orthodoxie. Et un an après on est allés à l’église ensemble. C’était tellement bien. J’étais enfin plus seule. Pendant deux ans, on y allait tout le temps. J’étais trop bien, avec que des jeunes, que des gens comme moi et tout. Mais depuis septembre, j’ai commencé à m’éloigner un peu. Tu vois, dans ta foi, t’as des périodes…
Comment se passent tes relations avec tes amis musulmans ?
Très bien, c’est sympa de pouvoir discuter de ça. Franchement, des fois je me suis prise des réflexions de personnes qui ne connaissent rien au christianisme. Et bon, ok, on ne va pas forcément être d’accord sur tout, mais c’est justement pour ça que c’est important de discuter, d’être ouvert, d’essayer de comprendre l’autre sans chercher à lui faire changer d’avis à tout prix. Pour moi, si t’es pas prêt à discuter, c’est peut-être que t’as toi-même des doutes sur ta foi. Et puis convaincre, ce n’est même pas le but ! Le but, c’est juste d’échanger, de parler des différences, c’est tout.
Et parfois on me sort des trucs du genre : « Ouais, mais ce qui est écrit dans la Bible, c’est faux. » Mais t’as même pas lu la Bible ! Tu ne sais même pas ce qu’il y a dedans ! Comment tu peux dire ça sans avoir pris le temps de t’y intéresser un minimum ?
Après, heureusement, dans l’ensemble tout se passe bien. Et pour moi, c’est super important de pouvoir parler de ces sujets-là avec mes amis. Si t’es pas ouvert à la conversation, franchement, je ne pense pas qu’on puisse construire une vraie amitié.
Tu as de la place au doute ?
Moi, tout le temps, je me remets en question. Je trouve ça super important, en fait, de réfléchir à sa foi, à sa religion. Se poser des questions, chercher à comprendre pourquoi telle chose est écrite ou pourquoi on doit faire telle ou telle chose, pour moi, ça ne veut pas dire que tu remets tout en cause ou que t’y crois pas. Au contraire, ça veut dire que t’as envie de comprendre vraiment, d’apprendre en profondeur, pas juste de suivre sans réfléchir.
Du coup, je suis souvent en train de me dire : « Est-ce que c’est vraiment ça ? » Et à chaque fois, je reviens au même point : l’endroit où je me sens le mieux, c’est dans une église. Je le sais. Même si je suis pas bien, que j’ai envie de pleurer, je rentre dans une église et je vais pas pleurer. Je vais juste me sentir… apaisée.
Est-ce que tu as une pratique quotidienne ?
Avant de dormir, je prie. Et dès qu’il se passe un truc, je remercie et j’essaye d’être toujours reconnaissante. Je vais aussi très souvent dans des lieux de culte, et j’essaye de lire des livres pour m’instruire à propos de la religion. J’essaye aussi dans mes actes d’être raccord avec ma religion même si des fois c’est compliqué.
Est-ce que tu as déjà voyagé dans un lieu saint de ta religion ?
Ouais, je suis allée à Jérusalem. On a dormi côté Palestine sur le Mont des Oliviers. C’est l’endroit où Jésus a été arrêté pour aller se faire crucifier. C’était incroyable. Juste déjà d’être dans un endroit où il y a les trois religions. Et c’est là où je me suis vraiment dit que c’est tellement triste que les religions se séparent.
Parce que c’est tellement beau d’être dans un endroit où il y a tout type de religion. Il y a des chrétiens, des musulmans, des juifs.

Comment as-tu ressenti le conflit israélo-palestinien là-bas ?
C’est vraiment au moment où on est sortis de Jérusalem, en allant vers la mer Rouge, que j’ai senti la vraie différence entre les juifs et les Palestiniens. Parce que notre taxi, c’était un Palestinien, mais il avait un statut un peu particulier vu qu’il vivait à Jérusalem. Dès que tu sors de Jérusalem, tu vois direct que ce n’est plus pareil : tu ne peux pas emprunter les mêmes routes, il y a plein d’endroits qui te sont interdits si t’es Palestinien et même les plaques d’immatriculation des voitures indiquent que tu es Palestinien, donc ça se voit tout de suite.
Quand t’es avec un Palestinien, tu te fais beaucoup plus contrôler, il y a plein de barrages sur la route. Mais bon, tant qu’on était à Jérusalem, ça allait, même du côté chrétien, il n’y avait pas de souci particulier.
Le seul truc un peu compliqué, c’était pour aller au Mont du Temple, à la mosquée Al-Aqsa. Il y a plein d’entrées, mais elles sont toutes réservées aux musulmans. Et il y a une seule entrée pour les non-musulmans, qui est contrôlée par les Israéliens. Le problème, c’est que tu ne sais jamais à quelle heure elle ouvre. En gros, tu as un petit créneau de 30 minutes pour entrer, mais tu ne sais pas quand ce créneau va tomber. Et certains jours, c’est carrément fermé. Ça a du changer sûrement depuis…
Tu as vu la mosquée Al Aqsa ?
Oui, mais je n’ai pas pu rentrer à l’intérieur. Le mur et la mosquée sont juste à côté. L’église est un peu plus loin, mais les trois, sont quand même très proches. Ce qui est magnifique, je te jure, c’est de voir ces trois religions. C’est incroyable. Même d’être sur les traces de ta religion. Pour toutes les religions, c’est des traces importantes. C’était vraiment trop beau.

Y a-t-il des passages de la Bible qui t’ont particulièrement marquée ?
Déjà, moi, un truc qui me touche beaucoup, c’est que Jésus a prêché seulement pendant trois ans. Juste trois ans. Et dans une zone toute petite, vraiment sur très peu de kilomètres. Et pourtant, son message s’est diffusé partout dans le monde, à une échelle incroyable. Je trouve ça très beau.
Une des histoires que j’aime le plus, c’est celle où Jésus parle à une grande assemblée, et les gens avaient très faim. Il n’y avait que sept poissons et trois pains, et pourtant, il a réussi à les partager, à les multiplier, et tout le monde a pu manger. C’est une image tellement forte de partage et de foi.
Et puis il y a une autre histoire, qui me fait beaucoup réfléchir : celle de la femme adultère. Elle allait être lapidée sur une place publique, et Jésus est intervenu. Et là, il a dit cette phrase très connue : “Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre.” Franchement, pour moi, c’est une des phrases les plus puissantes. Elle t’apprend à ne pas juger les autres, à avoir de l’humilité. Parce qu’au fond, on a tous fait des erreurs.
Est-ce que dans ta vie, tu arrives à mettre en pratique ces conseils ?
J’espère vraiment que, quand les gens me décrivent, ils disent que je suis quelqu’un qui aide, qui est gentille, qui pense aux autres. Parce que c’est ça que ma religion m’apprend : à aimer l’autre. Quand tu fais quelque chose, tu le fais pour Dieu, mais tu le fais avec ton cœur, de façon sincère. Il y a un passage dans la Bible qui dit justement qu’il ne faut jamais attendre quelque chose en retour quand tu fais le bien. Et ça, pour moi, c’est super important.
Si je fais quelque chose pour quelqu’un, tu peux être sûr que ce sera toujours avec le cœur. Il ne faut rien attendre des autres. Si quelqu’un te rend quelque chose, tant mieux, tu remercies Dieu. Et si on ne te rend rien, ce n’est pas grave, tu remercies Dieu quand même.
Tout ce que Jésus a fait, c’était pour les autres. Sa mort sur la croix, par exemple, c’est un acte d’amour immense. Les protestants la voient souvent comme un moment très traumatisant, mais pour nous, catholiques et orthodoxes, c’est un symbole fort : Jésus a souffert pour nous, pour notre bien. Sa mort, c’est ce qui a ouvert les portes du paradis.
Et je pense que cette idée-là, de donner sans attendre, de faire le bien juste par amour, devrait être au cœur de toutes les religions. Parce qu’au fond, aimer et aider les autres, c’est ça, la base.
Réflexion : Agir avec amour et sincérité est aussi une valeur essentielle de l’Islam. « Les actes ne valent que par leurs intentions » comme le rappelle ce hadith, et donc la valeur d’une bonne action dépend de son intention sous-jacente. Celle-ci doit avoir Dieu pour moteur, et la volonté sincère d’aider son prochain.
Comment se passe le carême ?
Le carême, ce n’est jamais une obligation. Encore une fois, comme dans tout ce qu’on fait dans la foi, il faut que ça vienne du cœur, que ce soit pour Dieu ou pour les autres. Si tu ne comprends pas pourquoi tu le fais, si tu n’en saisis pas le sens, ou si à ce moment-là tu ne te sens pas connecté à ta foi, alors forcément, tu ne vas pas le vivre pleinement. Et ce n’est pas le but.
Le carême, comme tous les jeûnes d’ailleurs, ce n’est pas juste se priver de nourriture. C’est un moment pour se recentrer sur sa foi, pour en faire plus spirituellement, pour se rapprocher de Dieu. C’est ça l’essentiel, pas juste arrêter de manger telle ou telle chose. Donc oui, c’est important de le faire, mais surtout si tu comprends pourquoi tu le fais.
Après, je pense aussi que si tu te dis “je suis pas trop dans ma foi en ce moment donc je ne le fais pas”, ça peut te faire glisser doucement, t’éloigner encore plus. Du coup, il faut trouver un juste milieu : peut-être ne pas tout faire parfaitement, mais essayer, faire un pas, même petit, pour rester connecté.
Est-ce que ta vision de l’Islam est influencée par les musulmans que tu cotoies ?
Je sais pertinemment que l’islam qui est montré en France, c’est pas le plus beau malheureusement. Mais tu vois, moi le problème c’est que j’habite en France. Donc c’est compliqué de réussir à voir ce que c’est vraiment l’islam. Et je n’aime pas trop me dire que mes amis représentent cette religion, car l’homme n’est pas parfait et c’est pas ouf de juger une religion sur des actes d’humains. Et justement, c’est aussi l’une des raisons pour laquelle je me renseigne beaucoup, parce que j’ai pas envie de baser mon avis et ma vie sur quelque chose qui est montré en France.
Qu’est-ce qui te questionne dans notre pratique ?
Je trouve que parfois les musulmans en France, ont une pratique un peu trop… mécanique.
“je fais ça, parce que c’est obligé”. Du coup, tu ne réfléchis même pas à la raison pour laquelle tu le fais. Ça, je trouve ça vraiment bête. J’ai des amis, je leur demande pourquoi tu fais ça, et ils me répondent “c’est obligé”. Non mais, ok, je sais que c’est obligé. Mais tout ce qui est obligé, il y a une raison.
Pour moi, il y a toujours une raison derrière chaque chose. Et si tu cherches même pas à comprendre cette raison, je trouve ça vraiment bizarre. Parfois, on me dit : “Oui, mais dans le Coran, même si tu ne comprends pas, tu dois le faire.” Ok, je respecte, mais moi, je pense que c’est important d’essayer de comprendre dans son cœur. C’est ça qui te permet ensuite de vraiment donner du sens à ce que tu fais. La foi, elle passe aussi par l’intelligence du cœur.
Réflexion : L’obligation des 5 prières de l’Islam ne signifie pas qu’il n’y a pas de sens. Pour accomplir ce rituel quotidiennement et sereinement, il est nécessaire de se questionner sur le sens. Prier seulement physiquement, sans son cœur et sans son âme, vide la prière de son essence. Or, on ne peut prier avec son cœur que lorsque l’on ressent, que l’on comprend la raison pour laquelle il faut prier. En se demandant pourquoi Dieu a décidé que la prière serait un acte obligatoire, on prie alors d’une manière lucide, connectée, et en pleine conscience du cadeau que Dieu nous offre avec une prière 5 fois par jour, de revenir à Lui. D’ailleurs, l’étymologie du mot “salat” vient de sila, en arabe, qui veut dire lien. La prière, c’est ainsi faire vivre le lien qu’on a avec Dieu.
Et puis souvent, j’entends des gens dire qu’ils font des choses juste pour avoir des hassanats, des récompenses. Alors bien sûr, quand tu fais quelque chose de bien, Dieu va te bénir d’une manière ou d’une autre, c’est sûr. Mais si tu fais le bien seulement pour ça, je trouve que c’est un peu à côté du vrai sens. Ce que j’aime trop dans ma religion, c’est que si, au moment où tu fais une bonne action, tu te dis dans ta tête : “Ah, là je vais avoir une récompense”, bah c’est comme si ton action perdait tout son sens. Par exemple, si je donne à manger à quelqu’un dans la rue et que dans ma tête je pense direct : “Super, j’ai gagné des points”, bah non, c’est pas ça le but. Le but, c’était juste d’aider, sincèrement. Pas de recevoir. Pas du tout.
Réflexion : « Et fais le bien comme Dieu a fait le bien pour toi” Coran (28; 77) L’injonction à faire du bien est présente à de multiples reprises dans le Coran. Cette quête du bien, qui se manifeste de multiples façons, est récompensée par des hasanets. Cependant, en lisant le Coran ou en étudiant la vie du Prophète, on réalise que le fait d’agir correctement est en réalité rarement justifié par le fait de simplement gagner des hasanets. Par exemple, à travers ce verset ci-dessus, on voit notamment que Dieu nous invite à bien agir, par reconnaissance envers ce qu’Il nous a donné, et non pour gagner quelque chose en retour. Parce que Dieu nous a comblés, on se doit alors, en retour, de donner aux autres. Cependant, dans le Coran, Dieu parle aux Hommes, c’est-à-dire à des humains complexes, tiraillés entre la spiritualité et le monde matériel. Cet équilibre, entre le cœur et la raison, permet au Coran de nous parler véritablement, et de s’aligner avec les réflexes que l’être humain ressent.
Es-tu déjà allé dans une mosquée et qu’en as-tu pensé ?
Oui mais des fois c’est un peu compliqué. J’y suis allée avec plusieurs copines et je me suis rendue compte que même si devoir porter une certaine tenue en tant que femme, ça complique le fait d’y entrer mais ça permet aussi d’éviter certains abus que j’ai pu voir dans des églises.
Il y a d’autres choses qui te freinent aussi ?
Le fait que tout soit en arabe, tu vois, ça aussi c’est un truc qui me bloque un peu. Prier dans une langue qui n’est pas la tienne, c’est pas évident. Et du coup, dans un chemin de conversion, je trouve que ça rend les choses encore plus compliquées. Parce que je sais que, pour réciter la prière correctement, il faut vraiment bien prononcer, bien dire les mots. Et ça, c’est pas simple.
Réflexion : Il est vrai que la langue peut parfois représenter une barrière, surtout lorsque l’on est en cheminement. Cependant, en Islam, la langue arabe a une dimension particulière, car c’est dans cette langue que le Coran a été révélé. Cet aspect n’est donc pas pensé comme un obstacle mais comme une source de connexion spirituelle. L’apprentissage de l’arabe fait partie de la préservation de la religion, étant donné que le texte en arabe du Quran n’a pas changé depuis 1400 ans. L’Islam est une religion de miséricorde, alors il est dit que celui qui récite le texte avec difficulté aura plus de récompenses que celui qui est arabisant de naissance. Comme le dit cet parole du Prophète SAW : « Celui qui récite le Coran et y trouve de grandes difficultés sera doublement récompensé« . L’effort fourni pour apprendre, lire ou prier en arabe est non seulement reconnu, mais valorisé. En islam, la compréhension est également beaucoup encouragée, et de nombreuses traductions et tafsîr permettent aux croyants non arabophones de comprendre le sens de leurs prières et du Coran.
Mais bon, déjà rien que ça, c’est un frein. Ensuite, je trouve — mais ça, je pense que c’est plutôt une image que certains musulmans renvoient — que c’est parfois un peu dur d’accès ou fermé. Et c’est pour ça, justement, qu’en ce moment je lis le Coran. Parce que je veux me faire mon propre avis, comprendre par moi-même ce qui est dit dedans, et pas juste rester sur ce que certains renvoient ou sur des idées reçues. Et dans tous les cas c’est sympa de se renseigner.
Réflexion : « Nulle contrainte en religion. » (Coran, 2:256). Ce verset nous rappelle que la religion n’a pas vocation à être « contraignante », ou difficile. Au contraire, l’Islam s’adresse à tous. « Et ne vous asseyez pas sur tout chemin, menaçant, empêchant du sentier d’Allah celui qui croit en Lui, et cherchant à le rendre tortueux. »
(Coran, 7:86)
Qu’est-ce que tu retiens de ta lecture du Coran pour l’instant ?
Franchement c’est un peu compliqué, je pense qu’il ne faut pas qu’une lecture pour bien comprendre, surtout que je lis une traduction donc bon. Je n’ai pas vraiment de personne à qui demander des explications donc j’essaye de comprendre seule ou je me dis qu’il me faut plusieurs lectures avant de bien comprendre. J’ai une amie qui m’a offert un livre aussi pour m’expliquer c’est sympa ça me montre une version un peu plus expliquée, mais bon je préfère lire le livre sacré d’abord bien en profondeur pour ensuite entamer d’autres lectures. Mais j’apprends quand même des choses, des choses qui sont importantes aux yeux de mes amis et donc dans tous les cas ça m’intéresse et m’intrigue. Un verset qui m’a profondément marquée et touchée, est notamment celui qui dit :
“Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent: « Nous sommes chrétiens. » C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil.”
(Sourate 5-82)
Tu penses que tes fréquentations de musulmans t’ont finalement plus éloigné de l’islam ?
Je crois qu’il y a des paroles qui marquent, et je pense que c’est très important que certaines personnes s’en rendent compte que les mots ont un impact et que ça peut vraiment éloigné. Et ça a été le cas pour plein de paroles. Mais il faut réussir à s’en détacher et ne pas lier la religion à ses fréquentations mais c’est dur.
Conclusion :
En découvrant son cheminement spirituel, on ressent la sincérité et la quête de sens qu’elle met dans sa pratique. Il est intéressant de voir que malgré nos différentes religions, l’amour des autres, la volonté de faire du bien, d’être reconnaissant pour nos bienfaits quotidiens nous rapprochent et nous rappellent ainsi le profond respect à entretenir avec les Gens du Livre.
Concernant l’Islam, ses observations doivent nous interpeller et nous questionner dans notre manière de présenter notre religion, qui parfois au lieu d’attirer à notre communauté, peuvent mettre à l’écart. Cet article nous rappelle ainsi aussi qu’il est de notre devoir de montrer la beauté de notre religion et de notre foi dans nos actes et nos comportements, au quotidien.
Certains musulmans font une mauvaise exposition de leur religion, si bien qu’ils la rendent repoussante, puis ils blâment les gens qui n’en veulent pas.
– Imam Al Ghazali

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