السلام عليكم ورحمة الله وبركاته
La solitude, physique ou mentale, est inhérente à l’Homme. Que ce soit dans les études, dans la vie quotidienne et inéluctablement dans la tombe, elle constitue un passage inévitable dans la vie du musulman. Perçue à première vue comme un bienfait, elle peut s’avérer être un fléau contre lequel le musulman doit se prémunir. Pourtant, le Coran et la Sunnah ne font pas mention explicite de la solitude et le croyant éprouvé peut vite se retrouver désemparé sans savoir comment agir.
I. De l’individualisme à l’isolement de soi
À travers les âges, la solitude a toujours marqué la vie des hommes. À la Préhistoire, époque où le groupe était condition de survie, être seul signifiait souvent la mort. Cet instinct est donc intrinsèque à la nature humaine.
Toutefois, ce phénomène connaît un essor fulgurant et prend de nouvelles formes dans nos générations actuelles pourtant si connectées. Certains le qualifient d’épidémie . Selon la Fondation de France (2024), environ 1 Français sur 4 âgé de plus de 15 ans affirme se sentir régulièrement seul, et 35 % des 25-39 ans déclarent se sentir souvent seuls.

Soutenue par la culture du « self-made man » et du développement personnel, la primauté du «je» tend à faire sombrer de plus en plus de monde dans ses abysses, légitimant le repli sur soi. Pire encore, il peut pousser le croyant à placer son nafs au-dessus de tout, y compris de notre Créateur, tout en délaissant la ummah. Renouveler ses intentions devient alors primordial.
II. La solitude comme échappatoire spirituel

2 conditions font de l’isolement de soi un bienfait :
- L’intention
Premièrement, cet acte doit être dévoué à Allah : on s’éloigne des créatures pour mieux se rapprocher du Créateur. Les compagnons du Prophète ﷺ et de nombreux savants avaient régulièrement recours à ce qu’on appelle les retraites spirituelles. Durant le Ramadan notamment, la pratique de l’Itikaf (retrait spirituel dans la mosquée) permettait de s’extraire des mondanités afin d’approfondir sa relation avec Allah.
Le tasbih (glorification de Dieu) fait également partie des différents emplois bénéfiques que l’on peut faire de nos moments de solitude.
Enfin, L’imam Boukhari, qu’Allah lui fasse miséricorde, a intitulé l’un des chapitres de son recueil de hadiths authentiques : « La solitude permet au croyant de se soulager de la mauvaise compagnie. »
- Le choix
Poursuivons avec le deuxième critère qui fait de cette solitude un bienfait : le fait qu’elle soit choisie. L’adoption ponctuelle de la solitude aide à restaurer un certain équilibre. Cependant, si elle est imposée au musulman, cela peut le plonger dans un mal-être profond. C’est ici que réside le point crucial qui fait de la solitude une épreuve.
La solitude physique, choisie et passagère, est bénéfique. Quant au sentiment de solitude (sensation de décalage), il est omniprésent et ronge le cœur. Il est inscrit dans l’esprit comme dans le marbre et hante le cœur du croyant à longueur de journée.
Paradoxalement, les personnes les plus entourées peuvent en être éprouvées. Elles ont beau être accompagnées physiquement, cela ne fera pas disparaître cette sensation et ne fera qu’accentuer leur impression d’être incompris par le monde.
Le croyant peut alors penser qu’il n’y a plus d’échappatoire.
III. Solitude intérieure : gouffre sans fin.
Même sans en être une, la solitude intérieure peut souiller le cœur de différentes maladies et ouvrir la voie à de nouveaux péchés.
Conséquences de la solitude :
- Perte de l’estime de soi (karama)
L’estime de soi est considérée comme inhérente à l’être humain en tant que Bani Adam (enfant d‘Adam). En la perdant, le musulman est alors plus assujetti à tomber dans de graves péchés comme la drogue ou la fornication. Sans oublier que les tentations liées aux péchés cachés sont particulièrement plus difficiles à modérer sans témoin ni guide.
2. Rumination négative
Les moments seuls, s’ils ne sont pas dédiés à l’introspection, peuvent être dédiés à la rumination anxieuse, le ressassement et le pessimisme. Dans le pire des cas, cela peut mener aux idées suicidaires, à la dépression profonde et au désespoir profond (al-ya’s min rawhi Allah).
3. Scission totale avec l’entourage
En ayant l’impression d’être incompris de tous, y compris de la part de son entourage, la personne pourra en venir à rompre les liens familiaux et commettre, par conséquent, un péché grave.
4. Anxiété sociale
Quand l’individu tend à s’isoler, la compagnie ne devient qu’un lointain souvenir. Il perd peu à peu son ancrage social et sa peur des autres s’agrandit. Cela le tourmente à chaque interaction sociale et le rend moins enclin à exprimer sa fraternité. L‘anxiété sociale reste évidemment un sujet beaucoup plus vaste et la solitude n‘est que l‘une des nombreuses causes qui peuvent l‘expliquer.
5. Division avec la ummah
C‘est la conséquence élargie de l‘anxiété sociale et de la scission avec l‘entourage. Elle a plus d’ampleur que les autres car elle touche au collectif et non à l’individu isolé.
IV. Être seul sans le ressentir : éviter les dérives de la solitude
- Changer ses habitudes
Il faut veiller à cultiver une solitude équilibrée, faire de cette solitude une force. Investir dans la communauté tout en aménageant des espaces de recueillement personnel s’avère être une bonne solution.

« Ainsi nous avons fait de vous une communauté de juste milieu » s.2 – v.143
Voici quelques pratiques qui peuvent aider à éviter la solitude négative et à entretenir cette wassatiya (juste équilibre) conciliant spiritualité individuelle et engagement communautaire:
- Revaloriser sa vision de la ummah : il faut garder à l’esprit que le perfectionnement de notre foi passe par les autres.
Selon un hadith rapporté par Sahih Muslim :« Allah vient en aide au serviteur tant que celui-ci vient en aide à son frère. (…) Celui qui s’occupe des besoins de son frère, Allah s’occupera de ses besoins. »
- Consacrer chaque jour quelques minutes à une prière ou une lecture spirituelle individuelle. Transformer les instants de solitude en moments de rapprochement avec le Divin et de perfectionnement de la foi.
- Prévoir des rencontres régulières avec des membres de la communauté, même brèves, pour entretenir le lien social.
- Essayer de sortir de la rumination anxieuse et du ressassement durant les moments de solitude. Profiter de ces moments pour structurer ses pensées, réfléchir à ses objectifs spirituels et dresser le bilan de son avancement personnel.
- Éviter la consommation excessive de réseaux sociaux qui entretient souvent une illusion de lien parasocial et accentue la solitude psychologique.
- Solliciter, si besoin, de l’aide ou un accompagnement personnalisé.

Enfin, la pratique de la prière, seul ou en groupe, représente un fil conducteur qui relie l’intime à l’universel. Ce double mouvement nourrit la résilience de chacun face aux petites et grandes épreuves, y compris lorsque la solitude se présente sous son aspect douloureux.
- Changer sa vision des choses
L’approche islamique offre une perspective plus profonde et intemporelle. Le sentiment profond de solitude n’est pas un état passager ou une simple condition sociale à éviter. Il est consubstantiel à la nature humaine. Allah, Le Tout-Puissant et Sage, a inscrit en nous ce sentiment de solitude et d’incompréhension pour une raison : il ne peut être comblé que par Lui. Ce sentiment est l’un des éléments qui nous met en quête d’Allah Le Sublime.

Ce fut le cas du prophète Younous (عليه السلام) qui a été avalé par une baleine. Allah Le Majestueux l’a isolé loin des créatures pour qu’il n’ait pas d’autre refuge qu’auprès du Créateur. La solitude s’avère alors être une première étape spirituelle plutôt qu’une finalité.
Sans guidance, certains tentent de combler ce vide par l’auto-adoration ou la maximisation de soi, ce qui peut mener à la folie. D’autres, à force de ruminer, se déconnectent de la réalité et s’enferment dans leurs pensées. Il est donc crucial pour le musulman de prendre conscience de cet aspect afin de pouvoir progresser dans ce cheminement et de ne pas rester statique, croyant faire face à une impasse.
- Le rôle de chacun dans la lutte contre ce préjudice
Les personnes non-concernées peuvent elles aussi contribuer à améliorer la situation de la ummah et alléger le cœur des concernées. Cela peut passer par des petites actions du quotidien. Adresser ne serait-ce qu’un sourire ou une parole à son prochain peut illuminer sa journée et atténuer sa souffrance.
Rappelons que le Prophète ﷺ a affirmé dans un hadith rapporté par At-Tirmidhi que « sourire à son frère est une aumône ».
S‘efforcer d’intégrer les personnes qui paraissent en retrait dans les conversations mondaines et en groupe. Cela peut réduire leur sentiment de rejet et faire naître en eux un sentiment d’appartenance. Rappelons le fait que nous sommes la meilleure des communautés et qu‘on se doit de traiter les autres avec Rahmâ (compassion) loin de tout jugements et fermeture.

La solitude vivifie, l’isolement tue. Force est de constater que ce sujet, au centre des enjeux sociétaux actuels, est très complexe. La solitude revêt à la fois le maillon de la plus grande des bénédictions et celui du pire des fardeaux. Le musulman doit savoir l’appréhender en utilisant les bons outils et en adoptant les bonnes habitudes. Avant tout, il doit voir cela comme une invitation du divin et non comme un délaissement de Celui-ci.
93 : 3 – Ton Seigneur ne t’a ni abandonné, ni détesté.
مَا وَدَّعَكَ رَبُّكَ وَمَا قَلَىٰ
Baraka الله fikoum pour votre lecture, qu‘ الله nous facilite et nous emplisse de sa miséricorde !
Anonyme I ~
Sources :
Cours du Cheikh Hatim :
https://youtu.be/77Pz-EzJ4X4?si=y_25MPt6Kr-aQHkG
Articles:
https://albayyinah.fr/smartblog/84_la-solitude-en-islam.html
« https://www.ajib.fr/la-solitude-une-epidemie-moderne-ou-une-quete-spirituelle/
https://www.inshallah.com/blog/pratique-de-lislam/lexces-dans-la-pratique/

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