Introduction
Le Ramadan est une période durant laquelle les cœurs se purifient, notamment par le jeûne, la lecture et la méditation sur le Qur’ân et la prière. Pour certains et certaines, tout ou partie du Ramadan ne peut pas être jeûné, et la tendance générale dans ce cas est de se sentir privé des bienfaits du Ramadan, éloigné d’Allah. Cependant, penser cela reviendrait à réduire le Ramadan à une seule adoration, le jeûne. Mais s’il est le mois du jeûne, il ne s’y limite pas. Ainsi, tâchons de ne pas voir une coupure nette entre la période jeûnée et celle non jeûnée, mais une réelle continuité entre ces dernières. Si la prière et le jeûne ne sont pas toujours possibles, nous avons de nombreuses opportunités pour continuer à augmenter sa foi et profiter pleinement du Ramadan.
Voici 10 idées d’action à mettre en place pour garder une stimulation spirituelle malgré l’absence de jeûne, ou à ajouter à une journée afin de passer un Ramadan productif et enrichissant.
Ce rappel ne s’adresse pas uniquement à ceux et celles qui ne peuvent, pour diverses raisons, jeûner, mais à tous les musulmans ! En effet, nous souhaitons tous passer un bon Ramadan, et ainsi toute idée de bonne action est bonne à prendre.

D’après l’un des hadith-s les plus célèbres rapportés par Al Boukhari et Mouslim, « les actions ne valent que par leurs intentions » ( إِنَّمَا الأَعْمَالُ بِالنِّيَّةِ)1.
Si la prière et le jeûne, ainsi que toutes les adorations qui les accompagnent telles que les ablutions ou le sahour (etc) nous rappellent nos intentions vis-à-vis de nos actes, toute récompense est bonne à prendre, même pour des actions qui semblent insignifiantes.
Par exemple, lorsque l’on prépare la table, il peut être bon de penser : “Ô Allah, je prépare cette table pour toi.” On peut aussi vouloir aider sa famille et ses parents, rendre heureux ses proches, les encourager à persévérer dans leur prière…
Tout cela en gardant en tête l’intention de plaire à Allah (ﷻ).
Cela peut aussi se faire par le renouement de liens familiaux ou amicaux, ou le simple fait de prendre des nouvelles des personnes à qui nous n’avons pas parlé depuis longtemps. Surtout que ne pas prier laisse un peu plus de temps dans la journée, et l’on peut essayer d’en profiter pour passer un coup de fil à un parent que l’on appelle jamais.

Il s’agit d’une chose à laquelle on pense parfois moins. Si la lecture du Qur’ân provoque souvent la méditation, il reste important de se renseigner sur les interprétations fiables et scientifiques des versets que l’on récite. Cela peut être par exemple le tafsir de sourates courtes, celles qu’on lit habituellement dans notre prière. Ainsi, lors de la reprise de la prière, la réflexion et le khushu3 seront plus grands qu’avant si l’on comprend à la fois le sens de la sourate tout en ayant des éléments de contexte de celle-ci. Il est toujours intéressant de savoir comment et quand une sourate a été révélée : à la fois la période, et à quelle moment de la Sira elle correspond.
De plus, la polysémie des mots de la langue arabe fait que même pour les arabophones, le tafsir n’est pas toujours facilement saisissable.
De nos jours, de nombreuses sources sont disponibles pour nous rendre la science accessible. En voici certaines :
- Consulter les livres de tafsir, par exemple celui d’Ibn Kathir
- Retrouver des éléments de tafsir sur le site quran.com
- Consulter les vidéos de tafsir sur des courtes sourates ou de courts passages du Qur’ân, par exemple pour débuter, la série de Mohamed Nadhir : Explications de sourate At-Tīn (EXÉGÈSE DES COURTES SOURATES DU CORAN)
- Regarder les Ramadan Series proposées par des instituts de recherches, tels que le Yaqeen Institute. Il n’est pas trop tard pour commencer celle de cette année sur le Qur’ân ! Allah’s Names in the Qur’an | Sh. Mohammad Elshinawy | Juz 1 Qur’an 30 for 30 S7 | Ramadan Series
Prendre en note ce qui vous touche dans les explications du Qur’ân permet de retenir ces détails, aide à retenir les versets appris, et procure une réelle satisfaction ! Cela permet par la suite de comprendre l’importance et la pertinence du Qur’ân dans notre vie de tous les jours, même quand on ne peut pas prier ou jeûner.

Al-Baqarah 2:186
وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِى عَنِّى فَإِنِّى قَرِيبٌۖ أُجِيبُ دَعۡوَةَ ٱلدَّاعِ إِذَا دَعَانِۖ فَلۡيَسۡتَجِيبُواْ لِى وَلۡيُؤۡمِنُواْ بِى لَعَلَّهُمۡ يَرۡشُدُونَ
Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi.. alors Je suis tout proche: Je réponds à l’appel de celui qui Me prie quand il Me prie. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés.
Allah nous invite à prendre du temps pour Lui parler, l’invoquer.
Prendre le temps de Lui demander de nous faciliter est une chose, mais il peut être apaisant de Lui dire que nous souhaitons mieux Le connaître, Lui et Ses attributs.
Au-delà de nous aider à réussir nos projets pour ici et pour l’au-delà, l’invocation est une adoration, plus, « La meilleure adoration est l’invocation » selon le Prophète (ﷺ)2.
Allah nous invite à l’invoquer et à lui parler :
Ghafir 40:60
وَقَالَ رَبُّكُمُ ٱدۡعُونِىٓ أَسۡتَجِبۡ لَكُمْۚ إِنَّ ٱلَّذِينَ يَسۡتَكۡبِرُونَ عَنۡ عِبَادَتِى سَيَدۡخُلُونَ جَهَنَّمَ دَاخِرِينَ
Et votre Seigneur dit: «Appelez-Moi, Je vous répondrai. Ceux qui, par orgueil, se refusent à M’adorer entreront bientôt dans l’Enfer, humiliés».
Il peut être compliqué de trouver quoi dire, pour quoi invoquer. Si vous n’avez pas d’idées d’invocation pour vous, alors vous pouvez toujours invoquer pour les autres !
Sinon, une habitude que j’ai récemment prise et que je vous conseille de faire si vous êtes parfois en manque d’inspiration, est de dédier un carnet entier à vos invocations. Sans forcément noter la date, écrivez vos voeux les plus chers, votre reconnaissance, ou notez des invocations tirées du Qur’ân, des Rabbana, les invocations du matin et du soir. Au fur et à mesure, vous verrez qu’Allah accordera par Sa volonté une réponse à toutes vos inquiétudes et demandes. Cela pourra, je l’espère, vous motiver à continuer à invoquer.

Il peut être apaisant de prendre un temps pour se poser, réfléchir et compter, ou du moins essayer de percevoir, tous les bienfaits qu’Allah nous a attribués et continue de nous attribuer tous les jours.
Allah est Ar-Ra’uf ٱلْرَّؤُفُ, le Clément, le Compatissant. Remercions le quotidiennement pour ce qu’Il nous accorde : notre état physique et mental, nos talents et nos savoirs, la connaissance, notre famille, nos amis, nos biens matériels, notre sécurité, (etc).
Exprimer sa gratitude passe par la langue mais aussi par le coeur. Dire Alhamdulillah en pleine conscience est important afin de réellement montrer à Allah que l’on essaye d’être reconnaissant, à la hauteur de ce qu’Il nous a attribué.
Cela peut aussi passer par le fait de remercier les gens : ses parents ou ses amis par exemple. Le prophète (ﷺ) a dit : « Celui qui ne remercie pas les gens n’a pas remercié Allah »3.
Ainsi, remercions nos parents, nos frères et soeurs et chaque personne pour tous leurs sacrifices ou même leurs petits gestes qui ont contribué à nous faciliter.

Il peut être pertinent de porter un regard critique sur soi-même. Même si cela peut faire mal à l’égo, il est temps de se demander :
- qu’est-ce qui me fait désobéir à Allah ?
- pourquoi ne parviens-je pas à obéir parfaitement à mon Créateur ?
Il ne s’agit pas ensuite de se morfondre dans la culpabilité, mais d’agir afin de changer ses mauvaises habitudes. Attention à ne pas vouloir aller trop vite : ce qui compte, c’est de progresser, et ce, non pas uniquement sur le Ramadan mais sur le long terme. Face à nos désobéissances, la grandeur d’Allah est bien supérieure, et il nous est donc possible de travailler sur nous-même.

Cela peut passer par le dhikr4. En effet, dire Subhanallah est une forme d’aumône, et il en est de même pour Alhamdulillah, La ilaha illa Allah…
Mais aussi par le fait de nourrir des personnes dans le besoin à l’occasion de maraudes ou en donnant à des cagnottes fiables.
Le Prophète (ﷺ) était le plus généreux parmi les hommes, et le moment ou il était le plus généreux était pendant le mois de Ramadan, quand Jibril venait réciter avec lui le Qur’ân le soir.5
Ainsi, que l’on puisse prier ou non, que l’on puisse jeûner ou non, on peut toujours, à hauteur de nos moyens, être généreux, et cela pourra In Sha Allah permettre de vous purifier.

Pour rappel,
« Celui qui nourrit un jeûneur pour la rupture du jeûne aura la même récompense que lui sans que cela n’enlève rien à la récompense du jeûneur ».6

Apprendre les invocations spécifiques à une période ou encore à un moment de la journée permettent d’inclure Allah et Son rappel dans votre routine, et vous aidera à l’évoquer.
Quelques exemples :
- les duuas du Ramadan : celle de la rupture du jeûne, celle après avoir rompu le jeûne, celle à adresser à la personne qui nous accueille durant le jeûne.
- les duuas du voyageur : avant et pendant le voyage, lors de la dernière nuit du voyage…
- les duas de la mosquée : en y allant, en entrant, en sortant…
- les rabbana du Qur’ân (avec leur tafsir et contexte de révélations !)
- les duuas liées à la météo

Si ce n’est pas pour des raisons médicales, la personne qui a mangé et se sent en forme peut venir en aide à celle qui jeûne, et pour qui la journée est parfois plus difficile.
Un jour, les compagnons étaient en voyage avec le Prophète (ﷺ), et certains d’entre eux jeûnaient. C’était un jour particulièrement chaud, et ils se sont arrêtés pour se reposer. Ceux qui jeûnaient se sont effondrés sur le sol, mais ceux qui ne jeûnaient pas se levèrent pour monter les tentes et abreuver les animaux. Le prophète a dit : “Ceux qui ne jeûnaient pas aujourd’hui ont eu (toute) la récompense.”7
Ainsi, ne voyons pas le fait de ne pas pouvoir jeûner comme une privation de la récompense d’Allah !
Nous pouvons recevoir les récompenses, notamment en aidant un jeûneur.

Pour certaines, ne pas jeûner ne concerne qu’une courte période du Ramadan. Viendra donc un moment de reprise, et il peut être bon, pour faciliter cette dernière, de conserver un bon rythme.
Cela passe notamment par le fait de continuer à organiser sa journée autour de la prière : quand la prière entre dans son temps, faire du dhikr afin de profiter de ce moment où les cœurs se rapprochent d’Allah en l’évoquant, de faire de même.
Ainsi, on l’aura compris : ne pas jeûner ne signifie pas mettre en pause sa pratique de l’Islam, et encore moins être privé.e des bienfaits et des récompenses du Ramadan. Ainsi, qu’Allah vous facilite dans la réalisation des bonnes oeuvres durant l’entièreté de ce mois !
Anonyme
- Sahih Muslim n°1907 et Sahih Bukhari n°6689 ↩︎
- Rapporté par Al Hakim et authentifié par Cheikh Albani dans la Silsila Sahiha n°1579 ↩︎
- Rapporté par Abou Daoud dans ses Sounan n°4811 et authentifié par Cheikh Albani dans sa correction de Sounan Abi Daoud ↩︎
- Riyad as-Salihin 1140 ↩︎
- Sahih al-Bukhari 3554 ↩︎
- Rapporté par Tirmidhi dans ses Sounan n°807 qui l’a authentifié et authentifié également par Cheikh Albani dans Sahih Targhib n°1078 ↩︎
- Sahih al-Bukhari 2890 ↩︎

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