L’histoire suivante est inspirée de la biographie de Lalla Fadhma N’Soumer (1830-1863), résistante kabyle ayant lutté contre la colonisation française. Le récit est ici romancé et de nombreux détails, comme les ressentis et sentiments, ont été ajoutés aux éléments historiques. Compte tenu des différentes versions existantes, l’exactitude des faits bibliographique n’est pas assurée.
Chapitre 1 : L’enfance
Mon nom est Fadhma et je suis originaire d’un petit village en Kabylie nommé Ouerdja. J’avais douze ans quand un terrible jour vint bouleverser la plénitude de mon enfance. Le soleil brillait depuis l’aube, les oiseaux chantaient et tous les habitants du village étaient vêtus de leurs plus beaux vêtements. Nous étions à la fin de l’été et c’était un jour de fête au village ; nous célébrions un mariage. Comme il était de coutume, les femmes s’affairaient à la cuisine pour la préparation du festin du soir. Une vieille dame se présenta alors à l’entrée comme parente du marié. Après un signe de tête de ma mère, elle s’approcha de moi et me dit « commençons le rituel, il est temps de te vêtir ». Elle me présenta un taksiwt, une robe brodée aux multiples couleurs assortie d’une foudha à superposer décorée de rayures verticales multicolores et munis de pompons aux extrémités. Elle sortit également une coiffe composée d’un foulard carré et décorée de motifs floraux ainsi que des bijoux argentés de toute splendeur. Après quelques heures de préparation me voilà enfin prête. Une pluie de youyous s’abattit sur moi. Les femmes qui m’encerclaient semblaient si heureuses. Mais comment le pouvaient-elles ? Ne ressentaient-elles pas l’immense tristesse qui me tordait le ventre ? Je n’arrivais pas à m’y résoudre, c’était moi la mariée, je devenais en ce jour une femme, une épouse et une future mère.
Je suis issue d’une fratrie de sept enfants dont mes sœurs aînées étaient déjà toutes mariées. Depuis mon plus jeune âge, on me répétait que de par ma beauté et mon intelligence, il me faudra me marier jeune. Pourtant, je n’en avais pas envie, pas maintenant, pas comme ça. Cela faisait déjà plusieurs années que je recevais des demandes en mariage de toute part. La diversité des hommes qui se succédaient auprès de mon père m’intriguait. Pourquoi jeter son dévolu sur moi ? Comment désirer une femme que l’on ne connaît pas ? Mon aspirant était bien différent de tous ces hommes, il se prénommait Ali*. Il était de nature calme et imposait le respect autour de lui. Il était très apprécié des gens du village de par sa loyauté et sa gentillesse. Je le voyais souvent à l’école coranique que dirigeait mon père. Cachée dans une pièce accolée, j’aimais l’écouter réciter le coran, sa voix grave et mélodieuse m’apaisait. Je fus la première surprise lorsqu’il se présenta à mon père pour lui demander ma main. Ce jour-là, je ne pus m’empêcher de les rejoindre même si ma mère s’y opposa. Quand j’arrivai devant lui, ses yeux bleus s’abaissèrent et à ma grande surprise, il se mit à rougir. C’est ce qui me fit consentir à accepter sa proposition et comme ma mère me le répétait chaque jour, pour accomplir mon devoir de musulmane dans son intégralité, je devais me marier.
Je suis la descendante de Moulay Idriss, dont la lignée remonte jusqu’à Fatima, la fille du Prophète. Issue d’une famille maraboutique où les femmes sont sévèrement contrôlées, le mariage est une étape obligatoire très tôt dans notre famille. Les jeunes filles sont éduquées dès leur plus jeune âge afin qu’elles deviennent de bonnes femmes de maison et des épouses exemplaires. Cependant, je n’ai que très peu ressenti cette pression durant mon enfance. Mon père, Sidi Mohammed Ben Aïssa, était un homme très droit et très respecté dans tout le village. Il jouissait d’une position éminente au sein de sa famille puisqu’il était sollicité par les uns et les autres pour des conseils au vu de sa position au sein de la confrérie Rahmanya. Il reçut une excellente éducation et se retrouva très jeune, de par l’étendu de sa science, à la tête de la zâwiya, l’école coranique du village. Malgré que je sois une fille, il m’emmenait avec lui en journée en me demandant de rester clame et de patienter lorsque les cours avaient lieu. Je profitais alors, cachée dernière la porte, de ses nombreux enseignements. Lorsque l’école se terminait, il me faisait réciter le coran et répondait à toutes mes questions concernant les enseignements de la journée. Ainsi, contrairement à mes sœurs qui n’en n’avaient jamais formulé la volonté, je reçus l’éducation normalement réservée aux hommes. Je passais énormément de temps en compagnie de mon père. Je pense qu’il appréciait mon caractère calme et curieux ainsi que l’attention particulière que je portais à tous ses propos. Il ne parlait que très peu et seulement lorsque, selon lui, c’était nécessaire. Il partageait avec moi de nombreuses réflexions sur l’au-delà, la grandeur d’Allah (سبحانه و تعالى), et sur son admiration de la nature qui nous entourait. Cependant, il n’abordait jamais des sujets tels que le mariage ou les enfants, à tel point qu’il me confortait dans le fait que ces choses n’avaient que peu d’importance comparée à la science et la méditation.
C’était le troisième et dernier mariage de l’année, bientôt la saison des figues toucherait à sa fin. Les mariages ne sont célébrés qu’en cette période, la majeure partie de l’année étant consacrée à la terre et à sa fécondation. J’aurais souhaité pouvoir repousser ce mariage d’une année supplémentaire. Cependant, j’eus peur de perdre mon prétendant. Si je devais me marier, je ne le voulais qu’avec lui. Mais contrairement aux filles de mon âge qui ne rêvaient que de familles et d’enfants, moi, je rêvais de parcourir et de découvrir le monde. Cette vaste superficie de colline et de forêt qui s’étendait autour de moi à perte de vue m’intriguait. Il m’arrivait souvent de m’y promener durant de longues heures. Lors de mes escapades, je m’imaginais dans la peau d’une cheffe de guerre, chevauchant ma monture, je défendais les miens contre les oppresseurs telle une combattante empreinte de force et de courage. Je m’imaginais comme Kahina, regroupant des tribus et menant au front des milliers d’hommes pour défendre le peuple libre contre les Romains et les Byzantins. Cependant, il me fallait aujourd’hui arrêter de rêver et affronter la réalité. Cette réalité dans laquelle les femmes sont prédestinées à être enfermées pour servir les hommes. Mais aussi cette réalité dans laquelle les jeunes filles doivent quitter leur enfance dès le début de leur puberté afin de s’offrir à leur époux à la fleur de l’âge.
J’entendais maintenant les voix des femmes s’élever et chanter des poèmes anciens. D’autres femmes répétaient après elles, faisant raisonner leurs chants dans tout le village. On me voila le visage avant de me faire sortir de la maison familiale. Mon futur époux devait être le premier à me voir. Je commençais alors à suffoquer. Personne n’avait l’air de se préoccuper de moi jusqu’au moment où j’arrivai auprès du jeune marié. Il retira mon voile et m’aperçut blanche, tremblante et à bout de souffle. Il m’apporta alors de l’eau. Il était si doux et respectueux qu’il m’inspirait toute confiance. La fête atteignit son apogée et se fut enfin le temps de rentrer dans ma nouvelle demeure. Ali m’allongea alors sur un lit et m’apporta des serviettes froides afin de faire tomber la fièvre. Je m’endormis alors, mettant fin au dernier jour de mon enfance.
Chapitre 2 : Le retour
Au matin, lorsque j’entendis le chant du coq, un sursaut me fit tomber du lit. J’étais déboussolée dans un lieu inconnu. Très vite, ma belle-famille arriva auprès de moi. On m’emmena dans la pièce principale où un festin m’attendait. Ali, mon époux, était là parmi nous. Il semblait si heureux, il n’arrêtait pas de rire aux éclats. Il était si beau et attentionné avec moi que toute femme aurait pu envier ma condition. Pourtant, j’observais le monde autour de moi sans réussir à apprécier ce moment. Malgré ma volonté, aucun mot ne sortait de ma bouche. Je me sentais comme étrangère, à une place qui n’était pas la mienne. Et ce sentiment de tristesse qui n’arrivait pas à se dissoudre, me tiraillait de l’intérieur. La journée passa et la nuit se mit à tomber. Il était l’heure d’aller me coucher. Je priai et me rendis dans la chambre dans laquelle je m’étais réveillée le matin. Quelques minutes, plus tard, Ali me rejoignit. Il s’allongea auprès de moi et me dit « Fadma, tu es si belle, je n’arrive pas à croire que tu es auprès de moi. Je rêve de ce jour depuis si longtemps, je suis tombé amoureux de toi la première fois où je t’ai vu. Tu étais si jeune, mais tu parlais avec ton père comme si toute une vie s’était déjà écoulée derrière toi. Depuis ce jour, tu hantes toutes pensées et je ne souhaite que de t’épouser». Il m’embrassa alors le front et me regarda. Il attendait une réaction de ma part, mais encore une fois, il m’était impossible de répondre. Aucun mot ne parvenait à ma bouche. Il se rapprocha alors de moi quand sans comprendre pourquoi des larmes se mirent à couler sur mes joues, immergeant très vite les draps. Il me dit alors « n’aies pas peur, je ne te toucherai pas si tu ne le souhaites pas » puis il m’embrassa tendrement le front avant de s’endormir.
Les jours et les mois passaient et se ressemblaient. La journée, je m’occupais avec les femmes de la famille de la cuisine et des tâches ménagères en attendant patiemment le soir. Lorsque le soleil se couchait, Ali me rejoignait et nous lisions ensemble le coran ou des textes religieux. Ces moments avec lui étaient agréables même si ma vie me manquait. L’école coranique me manquait, les discussions avec mon père me manquaient, ainsi que mes escapades en nature. Ici, je n’avais plus le droit de me comporter comme une enfant, j’étais une femme et je devais accomplir mes devoirs de femme. Contre toute attente, cette routine pris rapidement fin. Un soir, après notre lecture quotidienne, Ali tenta de nouveau de se rapprocher de moi. Sans surprise, je fondis aussitôt en sanglot. Après quelques minutes d’insistance, il se leva et sortit furieusement de la pièce. J’étais attristée de cette situation, je souhaitais répondre à ses attendes mais mon corps me l’empêchait. Je n’arrivais pas à accomplir mon devoir d’épouse et je ne comprenais pas pourquoi. Soudain, il revenu dans la chambre avec une émotion que je ne lui connaissais pas, ses yeux étaient brillants, son visage renfermé et sa voix tremblante. « Fadhma, je t’aime, tu es ma femme et je veux construire une famille avec toi, tu ne peux pas sans cesse me repousser, je ne suis pas un monstre !» s’écria-t-il. Quand une larme s’écoula de son visage, il me dit « Si tu ne veux pas de moi, je ne te garderai pas mariée de force » me dit-il. C’est à la suite de cette nuit-là qu’il me divorça et me renvoya dans ma famille.
Quelques jours plus tard, je fus de retour chez moi, et comme si mes parents n’étaient pas assez difficiles à affronter, il fallut que ce soit le jour de visite de mes oncles et tantes. Lorsque j’entrai dans la pièce principale de ma maison tous les regards se posèrent sur moi. Pourtant je ne voyais qu’à cet instant celui de mon père. Ses grands yeux marrons étaient d’une douceur considérable et ses traits sur son visage semblaient montrer qu’il était rassuré par ma présence. Il devait toutefois faire preuve d’autorité et de fermeté devant tous. Après m’avoir rappelé que mon comportement était indigne d’une musulmane, que j’étais la honte de toute la famille et qu’il était déçu de moi, il m’enferma dans une petite pièce sans fenêtre, dans laquelle on avait l’habitude d’entreposer les figues. Seule et honteuse, je pleurais durant des heures, je n’arrivais pas à arrêter mes larmes. La nuit devait être tombée, pourtant, je ne pouvais pas m’endormir. Mon être tout entier se retournait contre moi, afin de me faire endurer la souffrance que je méritais. J’implorais alors Allah (سبحانه و تعالى) de plus en fort pour qu’Il atténue mon mal et m’accorde le pardon. Je me mis à prier et pour la première fois je ressentis un bien-être considérable. Je priai alors encore et encore jusqu’à ne plus sentir mes jambes, avant de m’effondrer et de m’endormir.
Au petit matin, on me fit sortir de la pièce, mais plus rien n’était comme avant. Ni le comportement de mes parents envers moi, ni mes devoirs au sein de la maison, ni même mes pensées. Je n’étais plus une petite fille, cette époque était révolue. Je passais mes journées à aider ma mère puis à me promener dans la forêt dès que mes taches étaient achevées. Cette nuit de prière, seule dans cette pièce noire avait bouleversé mon rapport avec Dieu. Au lieu de me concentrer sur les récits et les livres religieux comme dans ma jeunesse, je cherchais des signes divins dans tout ce qui m’entourait. Je les cherchais dans la nature, dans l’univers, mais également à l’intérieur de moi. Je ne voyais plus que ça. Durant mes longues marches, je réfléchissais et je méditais. Je me questionnais sur le but de la vie et sur ma destinée. Le vœu d’Allah (سبحانه و تعالى) pour moi était peut-être, après tout, une vie de dévotion et de méditation plutôt qu’une vie d’épouse.
Je m’interrogeais également sur le comportement des hommes entre eux, sur la place de la femme dans notre société, et surtout sur l’objectif de la conquête des envahisseurs français. Nous étions en 1842, les troupes françaises gagnaient de plus en plus le territoire algérien et de nombreux villages étaient déjà détruits. Ils avaient cependant peur de s’aventurer dans les majestueuses montagnes qui entouraient les villages, l’imposant massif du Djurdjura. Leur esprit de conquête m’indignait et me révoltait. Pourquoi les hommes ressentaient-ils autant ce besoin de domination ? N’en avaient-ils pas assez d’assouvir les femmes à leur désir, ils voulaient également contrôler les peuples qui leur étaient différents. Ils pensaient détenir la vérité absolue, le comportement suprême que tous devaient suivre. Parfois, des excès de colère me surprenaient lorsque que je pensais aux innocents massacrés dans cette quête d’asservissement. Même si j’avais été prête à donner ma vie pour sauver ma patrie, j’étais impuissante face à cette menace qui nous encerclait et gagnait de plus en plus de terrain.
Les années passèrent jusqu’à ce qu’une nouvelle tragédie vienne toucher la plénitude de ma vie. Mon père, gravement malade, succomba d’une maladie en quelques jours. Je perdis mon enseignant, mon protecteur et mon repère en une journée. Et si mon malheur n’était pas encore à son apogée, mon frère aîné Mohand me vendit à mon cousin Yahia comme une vulgaire marchandise. Il avait déjà demandé ma main à mon père quelques années auparavant, mais celui-ci avait refusé. Cet homme me regardait depuis ma plus tendre enfance, s’immisçant dans ma pudeur. Ses pupilles étaient d’un noir profond et le blanc de ses yeux étaient parsemé de vaisseaux sanguins. Son orgueil et son narcissisme le rendaient détestable auprès de nombreuses personnes et son tempérament agressif était connu de tous.
Aussitôt le mariage établi, il tenta de le consommer avec violence « donne-moi mon dû » s’écriait-il, « Tu es à moi, que tu le veuilles ou non». Afin de me protéger, je me mettais à hurler et à courir aux quatre coins de la pièce à chaque fois qu’il m’approchait. Mon artifice marchait si bien, qu’au bout de quelques jours, il prit peur de moi, me croyant possédée par un djinn. Il me jeta alors dans l’écurie des chevaux et me lançait du pain rassi une fois par jour.
Quelques semaines plus tard, ré-essayant une nouvelle fois de consommer le mariage, il entra dans l’étable. Il sortit sa ceinture avec lequel il me fouetta et me mit à terre. Je me débattais comme un animal pris au piège quand je réussis à lui glisser des mains pour courir à travers champs et forêts. Il me suivit quelques mètres puis cria « Je ne te courrai pas après mais je ne te divorcerai pas non plus, si je ne peux pas t’avoir personne ne le pourra, tu resteras à jamais une femme suspendue ». Je continuais à courir et à courir à travers les champs et les forêts, je sentais le vent sur ma peau et l’odeur de la rosée m’embaumer. Je me sentais merveilleusement bien, j’étais libre et une nouvelle fois de retour.
Chapitre 3 : La résistance
Nous étions en mai 1847, la colonisation de l’Algérie était déjà bien avancée. À la suite du débarquement des Français de 1830, la conquête accompagnée d’une occupation se propageait petit à petit. Les envahisseurs s’installaient et aménageaient les territoires conquis. Pour contrôler le pays et ses ressources, des Européens de toute part étaient appelés afin de peupler l’Algérie. Une présence pérenne et la construction d’une société occidentale leur été nécessaire. Il fallait ancrer une population aussi nombreuse que possible afin de conserver cette conquête sans être obligé d’y conserver une perpétuelle présence militaire. « L’Algérie ne pouvait être conquise que par l’épée et par la charrue », déclarait le général Bugeaud. Telle était sa stratégie. Les colons prenaient le contrôle des terres, des richesses et imposaient leurs lois à l’ensemble des arabo-berbères. Les troupes composées de cent milles hommes continuaient à sillonner tout le pays. Toutes les plaines étaient maintenant occupées. Malgré qu’il soit encerclé, l’imposant massif du Djurdjura continuait à les effrayer et restait inconquis.
C’était également l’année de mon 17ème anniversaire et après m’être enfin échappée des chaînes de mon mari, je marchais d’un pas décidé en direction du village de Soumer. Je traversais des forêts et des torrents, parcourais de longs sentiers bordés de chênes verts et d’oliviers. J’apercevais enfin au loin des maisons perchées sur la hauteur de vastes montagnes. À l’entrée du village, je demandais à un passant où se situait l’école coranique dirigée par mon frère Mohand Tayeb, envoyé ici par mon père afin qu’il devienne cheikh du village. Il me sourit chaleureusement et m’indiqua la route à suivre. Lorsque je vis alors mon frère un sentiment d’euphorie traversa tout mon corps et je me mis à toutes les sciences religieuses. Son intelligence et son humilité faisaient de lui un homme et un frère exemplaire.
Très vite, je me sentis épanouie dans mon nouvel environnement. Mon statut me prodiguait une relation inouïe avec chacun des villageois. Leur gentillesse et leur bienveillance étaient remarquables. Je n’aurais pas pu, avant de le vivre, imaginer être entourée par autant de bonté. Et puis, plus j’aidais et je donnais de ma personne, plus j’en recevais en retour. Un amour inestimable envers ce village naquit dans mon cœur. Chaque matin, je me levais avec la joie de faire partie de ce monde et l’espoir de pouvoir y contribuer du mieux que possible. En parallèle, le poids de la responsabilité se mit à grandir en moi. Je devais être à la hauteur des attentes de tous et utiliser ma place privilégiée afin de défendre les intérêts des plus faibles et lutter contre les injustices qui me révoltaient depuis toute petite. Je conseillais et aidais les femmes ainsi que les hommes et je les sensibilisais autant que possible au mouvement anticolonialiste de Mohammed El-Hachemi, un marabout qui participait à l’insurrection de Boumaza.
Les mois passèrent quand un matin un coursier arriva au village. Un épais manteau de neige recouvrait les montagnes et peu de gens étaient hors de leur demeure. Cependant, moins d’une heure après que l’homme ait traversé le village en annonçant la déclaration d’un message d’une plus haute importance, la grande place fut remplie. Les troupes légionnaires françaises avaient pénétré les chaînes montagneuses, elles avançaient doucement dans l’espoir de conquérir l’ensemble du Djurdjura. Nous devions maintenant tous nous mobiliser pour défendre nos terres. L’air de l’insouciance et de la sérénité touchait à sa fin, nous entrions malgré nous en guerre. Cette annonce me dépita et je ne réussis pas à contrôler mes larmes de colère. Tout le monde se mit à paniquer et un bruit sourd de chuchotement couvrit presque la voix du coursier. Il nous informa que Mohamed Lamjad ben Abdelmalek le chef des Babors, plus communément connu sous le nom de cherif Boubaghla, initiait un mouvement de révolte et que nous pouvions nous joindre à lui. Certains hommes commencèrent à proposer des alternatives pacifiques. « Nous ne sommes pas assez nombreux pour pouvoir les combattre », certains dirent. « Nous ne savons pas nous battre » d’autres répliquèrent. Prise par mes émotions, je ne puis m’empêcher d’intervenir. « Mes frères, mes soeurs, n’ayez crainte, croyez en vous, accordez votre confiance en Allah Le Tout-puissant ! Nous pouvons les combattre et nous devons défendre nos terres. Les Français nous envahissent pour nous asservir, ils veulent nous contraindre à leurs lois et effacer toutes traces de nos ancêtres et de notre religion. Il est de notre devoir de combattre dans le sentier d’Allah et si nous mourrons, nous mourrons en martyre ». À ma grande surprise, tous acquiescèrent et ils se mirent à proclamer en cœur « Dieu est grand ! Dieu est grand ! Dieu est grand ! ».
Les jours qui suivirent, les femmes avaient la charge de récolter les denrées utiles pour les insurgés et les hommes d’apprendre à manipuler les armes. Mon frère me demanda d’accompagner les coursiers afin de rencontrer le Cherif Boubaghla et de mettre en place notre stratégie de défense. Après un long voyage, nous arrivions à la Kalâa des Beni Abbès, siège du mouvement d’insurrection. L’impressionnante citadelle était naturellement protégée par des précipices à 360°, mais également par de hautes remparts. Une tension pesait dans toute la ville, ici les troupes se tenaient prêtes au combat. Boubaghla fut tout d’abord surpris qu’une femme s’adresse directement à lui, mais honoré que nous lui venions en aide, il nous indiqua qu’il avait besoin de financement, de nourriture, d’armes et surtout de milliers de combattants.

À mon retour à Soumer, on m’invita à l’assemblée Tajmaât, l’autorité politique du village, normalement réservée aux hommes et on me demanda un bilan de l’offensive mise en place. « Nous avons besoin d’aide pour rallier tous les villages et venir à bout des envahisseurs, nous devons les motiver et les mener avec nous au combat » dis-je alors. « Fadhma, tu seras notre porte-parole» répliqua un des membres du conseil. «Tu as su motiver tout notre village, tu pourras en faire de même ailleurs ». Tous acquiescèrent et dès le lendemain, je commençais mes nouvelles fonctions. Je contactais les Turcs afin qu’ils nous fournissent en armes, j’envoyais des émissaires dans tous les arcs, et appelais les chefs de tribu, les hommes, mais également les femmes au djihad. Nous avions besoin que tous combattent, nous n’avions pas assez d’hommes. À la surprise de tous les femmes acceptèrent. « Couvrez-vous de cendres pour cacher votre beauté et partez combattre pour votre honneur », leur demandais-je. Nous formions alors des moudjhahidin, des combattants pour la foi, dans tous les villages environnants. La région tout entière s’unissait pour la même cause, nous étions décidés à nous battre et à ne pas plier devant l’oppresseur.
Je voyageais de village en village afin de motiver et d’informer les troupes de la stratégie à adopter. Je rejoignais également très souvent le chérif Boubaghla afin de réfléchir ensemble sur les actions à mener. Cet homme me fascinait de plus en plus, il était d’une intelligence et d’un savoir inégalable. Il connaissait l’histoire, les guerres, les rois et les conquérants de chaque pays. Depuis son plus jeune âge, il lisait et s’instruisait afin d’être un chef de tribu à la hauteur de toutes attentes. Au-delà de ça, il possédait des qualités humaines qui le rendait aimé de tous. Réfléchi, bienveillant, réactif et d’une répartie incroyable, il était admiré et écouté. J’aimais le regarder lors de ses discours et je n’arrivais pas à détourner mon regard du sien lorsque ses yeux brillants se posaient sur moi. La nuit, je rêvais de lui, nous voyant combattre ensemble entourés de milliers de mules. Je commençais même parfois à m’interrogeait sur les sentiments amoureux que je pouvais ressentir envers lui. Heureusement pour moi, mes pensées revenaient très vite se focaliser sur les combats auxquels nous devions faire face.
Nous entrions dans l’été 1854 et les soldats français, commandés par le capitaine Charles Wolff, se rapprochaient de plus en plus. Le général Randon avait installé ses troupes, dans la vallée du haut Sébaou, une vallée qui donnera par la suite son nom à cette bataille. Il était maintenant temps de nous positionner devant eux. La pression montait de plus en plus en vue de ma première offensive. Mon ventre était serré et je n’arrivais que très peu à dormir et à manger. Boubaghla me supplia de ne pas prendre les armes. « Plus que d’un combattant, nous avons besoin de quelqu’un qui prenne en charge la stratégie militaire, c’est ton rôle Fadhma, l’ensemble des tribus compte sur toi ». Attristée, j’acceptais, mais je décidais que je serai tout de même présente sur le champ de bataille.
Le grand jour arriva, et dès l’aube, je priais Allah (سبحانه و تعالى) de nous accompagner dans cette guerre. Je mis mes plus beaux foulards colorés, tous les colliers et bracelets que je possédais , avant de souligner mes yeux de khôl. Au lever du soleil, sur le champs de bataille les Imseblen, dits les volontaires de la mort, venus de nombreux villages tels que Aït Itsouregh, Illilten, Aït Iraten, Illoulen u Malou, étaient positionnés. Ils avaient pris place, suite à mes instructions, à Tazrouk près de Aïn El Hammam. Je parcourais les rangs afin de les motiver et de les inspirer au mieux. Cependant, malgré moi, j’avais peur. J’avais peur que ma stratégie ne fonctionne pas, j’avais peur de la défaite, et surtout, j’avais peur de voir tous ces hommes et femmes mourir devant mes yeux. Je savais que nous n’avions que très peu d’hommes et de moyens comparés à nos adversaires. Nous affrontions huit mille soldats, entraînés et aguerris, munis des armements les plus modernes. Le combat n’était en rien équitable, nous ne pouvions que compter sur l’aide d’Allah (سبحانه و تعالى). Toutefois, je sentais le regard de Boubaghla tentant de me rassurer et une force incroyable s’éprit de moi lorsque les combattants se mirent à crier en échos « Les balles sont devant nous et Fadhma est derrière nous !». Le combat dura deux mois durant lesquels la tension était à son comble. Chaque jour, nous dénombrions des morts et chaque jour, je priais Allah (سبحانه و تعالى) afin qu’il nous vienne en aide. Au-delà de toute espérance, un beau jour, les forces françaises sonnèrent la retraite. Ils étaient en forte perte et décidaient de se retirer. Nous avions pris le contrôle des combats et en étions enfin venus à bout. Grâce à Allah (سبحانه و تعالى), nous avions gagné cette bataille !

Le retour aux villages se fit dans des cris de joie. Boubaghla décida de m’accompagner à Soumer, où nous arrivions sous une pluie d’applaudissements et de youyou. Le repas fut copieux ce soir-là, nous sacrifions un coq et dressions une immense table sur la place du village. Le bonheur pouvait se lire sur chacun des visages. C’est durant ces festivités que Boubaghla demanda ma main. D’abord surprise et enjouée, je décidais ensuite de quitter l’euphorie générale afin de me retirer au calme. Je priais istikhara, une prière de consultation, afin de savoir quel était mon devoir. À la fin de la nuit, je décidais de refuser ce mariage. D’après les lois de l’Islam, j’étais toujours mariée à mon cousin. Et puis, je devais me concentrer sur nos combats à venir. Nous avions gagné une bataille, mais pas la guerre. Afin de rester axée sur nos objectifs, je devais combattre mes sentiments et faire preuve de résistance.

Chapitre 4 : La fin
Un vent glacial soufflait sur les majestueuses montagnes et la neige recouvrait toutes les habitations. Malgré le froid, l’ensemble des combattants était en place, nous étions tous parés à un nouvel assaut. Le général Randon venait de franchir deux points difficiles : Techkirat et Thiri Bouirane. Afin de décupler le courage des moudjhahidin, j’avais demandé à toutes les femmes qui ne pouvaient pas combattre, de se tenir debout sur une crête proche du champ de bataille et d’encourager leurs pères, leurs maris et leurs enfants. Combattre pour l’amour, pour l’amour d’Allah (سبحانه و تعالى) et pour l’amour de notre peuple, telle était notre force. Cette force se décuplait chez moi à chaque fois que je voyais, sur le front, la force autant physique que mentale de chacun des combattants. Toutefois, j’étais épuisée par les combats, la fatigue m’avait eue. Je souhaitais avec ardeur chaque jour que la guerre prenne fin. Je voulais retrouver ma vie au village et la sérénité qui en résultait. Je n’aspirais plus qu’à une vie d’épouse et de mère. Je comprenais enfin ce qui animait les femmes dans le mariage, c’était l’amour, l’amour inconditionnel qui au-delà de toute apparence vous transperce et vous apaise. Seulement, il était de mon devoir de ne rien laisser paraître. Je devais sembler forte et montrer l’exemple. Sur le champ de bataille aucun de ces sentiments ne devaient être perçu. Je parcourais les rangs chargés d’énergie avec autant d’exhortation qu’aux premiers jours, et aucun signe n’aurait pu me trahir si cette effroyable journée du 26 décembre 1854 n’était pas arrivée…
J’étais sur ma monture, lorsque que des cris survinrent au loin. Je vis un attroupement anormal, avant de me rendre compte que Boubaghla, mon bien aimé, était au sol. Il venait d’être blessé par balle. Mon cœur se serra dans ma poitrine et durant quelques minutes je crus mourir. A mon tour, je m’effondrai. Les minutes qui suivirent restèrent à jamais indescriptibles. Je quittai la vie pour un autre monde. Seule cette sensation de tension absolue dans mon corps, accompagnée d’une multitude d’images défilant à grande vitesse devant mes yeux, restait dans mes souvenirs. Quand je repris mes esprits de longues heures plus tard, j’étais allongée et mon frère Tahar se tenait à mon chevet. Il m’annonça que Boubaghla avait été décapité par l’ennemi et que sa tête, accrochée au bout d’un pic, avait été promenée et exposée dans plusieurs villages afin de nous dissuader de continuer les combats. Mes larmes ne cessaient de couler encore et encore. Je n’arrivais ni à me lever ni à parler. J’étais paralysée par la souffrance. S’il existait bien une douleur supérieure à celle de la mort, ce fut celle-là. Il me fallut plusieurs jours pour sécher mes larmes et daigner sortir de ma chambre. Je devais une ultime fois me montrer forte. Mon peuple comptait sur moi et en mémoire de Boubaghla, je devais continuer cette guerre. Je me promis alors que contre tout, je libérerai nos terres.
Après quelques mois de combat, nous étions une nouvelle fois victorieux, nous avions infligé des pertes inouïes aux alentours d’Illiti, Tahlijt Nath, Bourja, Taourit Moussa et Tizi Bouabir. court d’hommes, les français demandèrent un cessez-le-feu et une trêve des combats. Nous étions à bout de souffle et démunis en armement. Je n’eus pas d’autre choix que d’accepter. Nous devions cultiver nos champs pour nous réapprovisionner et nous ravitailler en armes. Durant trois ans, pas un jour ne passa sans que je prépare les combats à venir. Pourtant je n’avais pas vu venir cette attaque surprise des français, cet été 1857. Nous n’étions pas prêts à relancer l’assaut, pourtant nous retournions nous battre avec autant de courage et de ferveur qu’au premier jour. Nous étions 7000 femmes et hommes au front face à 35000 soldats aguerris. Le combat tourna rapidement en notre défaveur. Nous fûmes obligés de nous replier au bout de quelques jours.
De retour à Takhlicht Nath, un village caché au fond du ravin de Tirourda qui le rendait invisible du haut des montagnes pour les étrangers qui n’en connaissaient pas l’existence, je passai toutes mes nuits à implorer d’Allah ( سبحانه و تعالى) pour qu’il nous vienne en aide. Comment pouvions-nous continuer la guerre ? Compte tenu du déséquilibre en nombre, envoyer les hommes aux combats serait les envoyer à la mort. Aucune stratégie ne pouvait nous sauver. Nous n’avions donc plus d’autre choix que de négocier. C’est alors que je décidai d’envoyer des hommes auprès du général français, pour trouver un arrangement et nous sortir de cette impasse. Dans la nuit du 10 au 11 Juillet, Si Tayed, un grand diplomate, se rendit au sein du campement ennemi et s’entretint avec le général français. Nous demandions le redéploiement de leurs troupes en dehors des villages et des hameaux d’habitation, l’exonération des taxes, la non poursuite et la non sanction de nos chefs de résistance et la non poursuite et la protection des biens et des personnes. Ce dernier fut mine d’accepter et demanda le dépôt immédiat de nos armes.
Seule dans le noir, dans l’angoisse de l’attente, je ressentais un mauvais présage cette nuit-là. Nous étions un soir de pleine lune et la pénombre illuminait les reliefs montagneux. Ce fut vers 3h du matin, que je vis nos hommes revenir. Ils nous informèrent alors du traité passé. Rassurée et tourmentée à la fois, j’allai me reposer dans ma chambre. Moins d’une heure plus tard les troupes françaises envahissaient le village. Ils avaient réussi à passer les barrages suite aux dépôts des armes que nous avions effectué. Je fus prise prisonnière et emmenée aux camps des troupes françaises.
Après avoir traversée le vaste campement, je fus trainée dans la tente du général Randon. Il avait l’air impatient de me voir. Lorsque j’entrais, un large sourire se dessina sur son visage. C’était le sourire de sa victoire mais surtout le sourire de sa traîtrise. « Qu’avez-vous à vous battre pour un pays si inclément ? » me fit-il traduire par son interprète personnel. La tête haute et le regardant droit dans les yeux je lui répondis : « Ces montagnes nous ont appris ce que l’on apprend nulle part ailleurs, l’honneur ! ». Sans aucun autre mot de sa part à mon égard, il ordonna qu’on me mette en captivité.

Je fus alors déportée vers un camp militaire dans les Issers avant d’être incarcérée en surveillance rapprochée à Tablat (Beni Slimane). Les conditions de détention étaient effroyables. J’étais battue chaque jour par des soldats en charge de ma détention. Je ne mangeais et ne buvais que très rarement. Leur seul but était de me garder en vie afin de prolonger un maximum mes souffrances. Pourtant, ces traitements ne me faisaient rien. Je n’éprouvais aucune douleur. Je réussissais à sortir de mon corps afin de ne plus rien ressentir. La tristesse me submergeait toutefois lorsque je pensais à mon peuple qui fut contraint de cesser la résistance le jour de mon emprisonnement. J’entendais dire que l’armée française occupait maintenant tous les villages. Ils avaient saisi en butin de guerre de nombreux biens, des bijoux, des armes mais également des ouvrages scientifiques et religieux dont plusieurs provenaient de ma bibliothèque personnelle. C’était leur vengeance. Ils voulaient maintenant montrer qu’ils étaient les vainqueurs. Ils voulaient montrer la suprématie de la France. Mais surtout, ils voulaient nous faire payer la résistance dont nous avions fait preuve.
Après 6 ans d’emprisonnement, je n’arrivais plus à discerner le temps passé dans cette cellule. Je ne différenciais plus les heures des minutes, ni les jours des nuits. Les mêmes pensées revenaient chaque fois me hanter. Je repensais à ma vie passée, aux êtres que j’avais aimés et à ceux que j’avais détestés. Je pensais également à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants obligés de vivre dans cette société soumise aux français. Les mêmes scènes ressurgissaient à chaque fois dans ma tête. J’assistais encore et encore aux combats et à la mort de tous ces combattants. Je priais alors pour eux et pour tous les êtres qui m’étaient chers. Seules mes prières me laissaient encore en vie. Je ne cessais d’implorer Allah (سبحانه و تعالى) à chaque seconde. Je demandais qu’Il me libère de ce monde, qu’Il me libère de mon corps, qu’Il me libère afin que je puisse rejoindre l’au-delà. Et c’est ainsi que mes invocations furent acceptées…
Lalla Fadhma N’Soumer fut retrouvée morte dans sa cellule en 1863.
.إِنَّا لِلَّٰهِ وَإِنَّا إِلَيْهِ رَاجِعُونَ
« Certes nous sommes à Allah, et c’est à Lui que nous retournerons » [156; Al-Baqara]
De nombreux récits racontent aujourd’hui l’histoire de cette héroïne. Elle reste à jamais gravée dans les souvenirs, comme le symbole de résistance contre la colonisation française en Algérie.

« Pourquoi les hommes ont-ils toujours besoin de maintenir les femmes enfermées, je suis si fatiguée, Tahar me manque, les montagnes me manquent. Si mon chemin s’arrête ici c’est que c’était écrit, c’est la fin d’une bataille pas celle de la guerre. Un jour les français retourneront de l’autre côté de la mer et un jour aussi la Kabylie sera libre. Ma vie a été courte mais je suis restée fidèle à ce que je suis. Aucun homme tel qu’il soit n’aura eu le pouvoir sur mon corps ni sur mon esprit, même morte je serai pour toujours une insoumise. »
[extrait du texte de Sarah Mordy]

Références et faits historiques :
Touati, Samia. (2018). Lalla Fatma N’Soumer (1830-1863): Spirituality, Resistance and Womanly Leadership in Colonial Algeria.
Societies. 8. 126. 10.3390/soc8040126.
*Les noms réels de chaque ont été respecté mis à part celui d’Ali qui a été inventé pour l’écriture de cette histoire.
C.B

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